À Dallas, tout le monde sent la tension autour d'Arber Xhekaj.
En quittant l’hôtel, quelques heures avant le match contre les Stars, Arber Xhekaj n’a rien laissé au hasard. Le visage fermé d’abord, dur, presque hostile, comme un joueur qui sait exactement dans quel climat il évolue, comme quelqu’un qui comprend que chaque image prise, peut rajouter de l'huile sur le feu de sa relation avec Martin St-Louis.
Puis. Le regard se détend, un sourire apparaît, assumé, presque moqueur, comme si Xhekaj décidait lui-même du moment où il reprend le contrôle du récit.
Quand Cole Caufield le fait rire, ce n’est pas une fuite, ce n’est pas une distraction : c’est un point final posé volontairement à une séquence déjà virale. (voir la photo au bas de l'article).
Il sait que la veille, les images de lui riant sur le banc en fin de match, alors que son équipe perdait, ont circulé partout. Il sait que Reddit, X, Instagram se sont enflammés.
now arber is included in the spill sesh https://t.co/EGdxRIM3Fc pic.twitter.com/jU6AZfyLZI
— mel (@habbybbgs) January 3, 2026
Les réseaux sociaux ont explosé instantanément, comme ils explosent toujours quand une image confirme ce que tout le monde pressentait déjà, et très vite le débat a glissé vers le jugement facile : certains l’ont traité d' «égoïste », d’autres ont parlé d’un joueur détaché parce qu'il ne jouait que 7 minutes, presque provocateur, en soulignant qu’il qu’il a échangé des sourires avec Jakub Dobes tout au long du match, puis qu’il a même éclaté de rire avec Jacob Fowler au moment précis où le Canadien retirait son gardien pour envoyer un sixième attaquant, une scène devenue virale parce qu’elle résumait à elle seule le malaise ambiant.
Xhekaj sait que les débats ont explosé sur sa relation avec Martin St-Louis, sur son avenir, sur son engagement, sur son attitude. Et précisément pour ça, ce sourire n’est pas innocent : c’est un message.
Depuis plusieurs jours, tout converge vers ce moment. Le temps de glace honteux. Les double-shifts évidents des autres défenseurs pour ne pas le faire jouer. Les matchs où il est utilisé comme un figurant pendant que les piliers mangent des minutes.
Les décisions répétées qui crient une chose sans jamais la dire officiellement : la confiance n’est plus là. À Dallas, Xhekaj n’est pas naïf. Il sait que son rôle n’est plus négociable. Il sait que peu importe ce qu’il fait, se battre, bloquer des tirs, simplifier son jeu, la perception de son coach est figée.
Et quand un joueur comprend que son entraîneur ne le verra plus jamais autrement que comme un problème à gérer, quelque chose se brise définitivement.
C’est ce qui rend la scène de l’hôtel si lourde de sens. Parce que Xhekaj n’essaie plus de convaincre. Il n’essaie plus de jouer au soldat modèle. Il n’essaie plus de donner l’image de celui qui attend patiemment une autre chance.
Il est passé à autre chose mentalement. Ce que l’on voit à Dallas, ce n’est pas un joueur distrait ou détaché : c’est un joueur lucide sur le fait que son avenir ne se joue plus ici.
Lucide sur le fait que d’autres organisations regardent, évaluent, projettent. Lucide sur sa valeur réelle dans une ligue qui manque cruellement de défenseurs capables d’imposer un ton physique dès l’échauffement.
Dans ce contexte, son attitude devient cohérente. Pourquoi se refermer, pourquoi jouer le jeu de l’hypocrisie, quand tout indique que la décision est déjà prise ailleurs?
À Dallas, Xhekaj n’est pas en train de perdre le contrôle. Il l’a déjà repris. Il accepte que le public le soutienne massivement. Il accepte que les partisans comprennent ce qui se passe.
Il accepte même que la fracture avec son entraîneur soit désormais visible, assumée, impossible à camoufler derrière des réponses de conférence de presse.
Et c’est là que le malaise change de camp. Parce que pendant que Xhekaj avance, sourire compris, le Canadien, lui, reste figé dans une posture ambiguë.
Trop important pour être laissé partir gratuitement. Trop marginalisé pour être réellement intégré. Trop populaire pour être sacrifié sans conséquence. Pas assez utilisé pour justifier un nouveau contrat au rabais.
À Dallas, ce n’est pas seulement un match qui s’en vient. C’est une vitrine silencieuse pour les autres équipes de la ligue. Une démonstration que, malgré tout, Xhekaj reste lui-même. Qu’il ne se laissera pas écraser psychologiquement. Qu’il n’acceptera pas d’être redéfini par un rôle qu’il n’a jamais choisi.
Ce visage sérieux, puis ce rire assumé devant les caméras, ce n’est pas de l’arrogance. C’est une ligne tracée. Une façon de dire que peu importe comment cette histoire se terminera à Montréal, elle ne se conclura pas dans la honte ou la soumission.
À Dallas, Arber Xhekaj n’a pas parlé. Mais il a été parfaitement compris.
