On pensait que Mike Matheson allait fondre en larmes devant les journalistes.
Après les événements d'hier soir, le défenseur du Canadien semblait vivre des moments difficiles, et sa sortie médiatique a rapidement pris des allures de séance de soutien psychologique.
Mais le plus gênant dans cette histoire, ce n’est même pas ce que Matheson a raconté. C’est la manière dont certaines questions lui ont permis de poursuivre dans cette direction de faire pitié, au point où on avait presque l’impression d’assister à une intervention pour remonter le moral d’un joueur plutôt qu’à une véritable entrevue sportive.
On lui a notamment demandé comment il se sentait après avoir pris une pénalité coûteuse, qui avait contribué à placer son équipe dans une situation difficile.
Jusque-là, rien d’anormal. Un journaliste doit poser des questions sur les erreurs qui influencent le résultat d’un match.
Mais la discussion a ensuite pris une tournure honteuse, alors que l’entrevue s’est déplacée vers la difficulté de tourner la page après une mauvaise performance, les émotions ressenties par les joueurs et la pression de devoir constamment répondre aux attentes.
Matheson a expliqué qu’il n’était pas facile de vivre avec une mauvaise performance lorsqu’on investit autant d’énergie dans son travail.
Il a aussi parlé de l’importance de remettre les choses en perspective, de retenir les éléments positifs et de revenir le lendemain avec une meilleure attitude. Jusque-là, on comprend le discours. Les joueurs sont humains, les défaites font mal et personne ne s’attend à ce qu’un athlète soit insensible à la critique.
Mais quand on couvre une équipe professionnelle qui vient d’accorder 17 buts en quatre matchs et qui accumule les problèmes défensifs, on pourrait peut-être s’attendre à ce que les questions restent davantage centrées sur le hockey.
Le Canadien n’a pas besoin d’une campagne de sensibilisation pour protéger les émotions de Mike Matheson. Il a besoin que Mike Matheson joue mieux.
Le défenseur gagne des millions de dollars, occupe une place importante dans l’organisation et vient de signer une prolongation de contrat majeure.
Il est parfaitement normal qu’il ressente de la pression. C’est aussi le prix à payer lorsqu’on occupe un rôle important dans un marché comme Montréal.
Les partisans ne lui demandent pas d’être parfait, mais ils sont en droit de s’interroger lorsqu’une pénalité coûte cher à son équipe et que les mêmes problèmes semblent revenir.
Ce qui rend cette séquence encore plus malaisante, c’est le passage où Matheson raconte qu’en vieillissant, et depuis qu’il est devenu père, il arrive davantage à prendre du recul après une mauvaise performance.
Il explique avoir entendu le célèbre joueur de basketball, Shaquille O'Neal parler de la pression dans le hockey et rappeler qu’un parent qui ne sait pas s’il pourra mettre de la nourriture sur la table vit une pression autrement plus importante que celle d’un athlète qui doit gagner un match.
Le propos n’est pas absurde. Il est même sain de rappeler que le hockey reste du sport et que les difficultés professionnelles ne représentent pas les problèmes les plus graves de la vie. Mais il faut faire attention à ne pas utiliser cette perspective pour esquiver les questions légitimes sur les performances d’un joueur professionnel.
Personne ne prétend que Matheson doit vivre chaque défaite comme une catastrophe personnelle. Personne ne lui demande de ramener ses erreurs à la maison et de laisser le hockey détruire sa vie familiale. On lui demande simplement d’assumer son rôle et de répondre aux attentes qui viennent avec son salaire et ses responsabilités.
Pendant ce temps, le Canadien continue de chercher des solutions. Les unités spéciales éprouvent des difficultés, les buts s’accumulent dans le mauvais filet et Martin St-Louis doit répondre aux questions sur les décisions prises derrière le banc.
Entendre Matheson expliquer comment il tente de tourner la page est totalement déconnecté des préoccupations immédiates des partisans.
On se croirait au festival de la pitié.
Et que dire de l’approche du journaliste de TVA Sports, Anthony AMrtineau? On aurait presque cru qu’il cherchait à rassurer le défenseur en lui expliquant que lui aussi, lorsqu’il pratiquait des sports à un niveau amateur, pouvait avoir du mal à décrocher après une mauvaise performance.
Est-ce une blague?
Certains diront que le parallèle est humain, mais il faudrait savoir la différence entre un amateur et un défenseur de la LNH payé 6 M$ par année pour les 5 prochaines années, qui est le chouchou du coach et qui joue un rôle important dans une équipe aux ambitions élevées.
Quand on vous disait que les journalistes étaient des fefans, on ne vous mentait pas. Il est possible de faire preuve d’empathie sans transformer une entrevue en opération de compassion.
Sérieusement.
On a l’impression que chaque question cherche à atténuer la responsabilité d’un joueur plutôt qu’à comprendre ses difficultés, le public finit par se demander si certaines vedettes de l’équipe sont protégés par les médias.
La réalité est que le Canadien de Montréal en entier est immunisé par les journalistes qui font de l'info-pub sportive au lieu de vraiment nous renseigner.
Le rôle d’un journaliste n’est pas de devenir le psychologue d’un joueur, encore moins de lui fournir une occasion de contourner les questions difficiles.
Au bout du compte, Mike Matheson n’a pas besoin qu’on lui explique que la vie est plus importante que le hockey. Il le sait déjà. Ce dont le Canadien a besoin, c’est d’un défenseur capable de limiter les erreurs et d’aider son équipe à gagner.
Le reste appartient à sa vie personnelle. Et sur ce terrain-là, la pitié donne mal au coeur.
