Point de bascule à Milan : Nick Suzuki change de catégorie

Point de bascule à Milan : Nick Suzuki change de catégorie

Par André Soueidan le 2026-02-11

Un point de bascule, ce n’est pas toujours un but spectaculaire, une déclaration fracassante ou une scène virale.

Parfois, c’est plus subtil. Plus silencieux. Mais beaucoup plus lourd de sens.

Et ce qui se passe autour de Nick Suzuki à Milan, en ce moment, ressemble exactement à ça.

Nick Suzuki n’est pas devenu un meilleur joueur du jour au lendemain.

Il l’est devenu graduellement.

Saison après saison. Sans bruit.

Sans campagne de relations publiques.

Mais là, on assiste à autre chose.

Un changement de catégorie.

Une bascule réelle dans la façon dont la Ligue nationale parle de lui… et surtout, dans les cercles où se prennent les décisions symboliques.

Ceux des trophées.

François Gagnon l’a très bien résumé dans son texte publié sur RDS : la blessure d’Aleksander Barkov ouvre la porte à un nouveau monarque pour le trophée Selke.

Et, soudainement, Nick Suzuki n’est plus un nom jeté au hasard dans une liste élargie. Il est un candidat crédible. Sérieux. Analysé.

« La réputation de Suzuki à titre de joueur complet fluctue à la hausse autour de la LNH depuis quelques saisons. Elle a monté en flèche cette année », écrit Gagnon.

Parce que la réputation, dans la LNH, c’est la monnaie la plus difficile à gagner.

Suzuki est maintenant dans cette catégorie de joueurs dont on analyse le dossier avec des graphiques, des comparables, des débats serrés.

Pas parce qu’il porte un “C” à Montréal.

Pas parce qu’il est sympathique. Mais parce que son profil ne laisse plus de trous.

Défensivement, il est là.

Offensivement, il explose. Mentalement, il est constant.

Et surtout, physiquement, il est disponible. Toujours.

À 57 matchs cette saison, Suzuki totalise 65 points.

Son rythme actuel est de 1,14 point par match.

Projeté sur une saison complète de 82 matchs, ça donne environ 94 points.

On ne parle plus d’un bon centre numéro un.

On parle d’un joueur qui flirte avec les seuils réservés à l’élite offensive de la ligue.

Et ce qui rend ça encore plus frappant, c’est le contexte.

Suzuki n’est pas protégé dans un rôle confortable.

Il affronte les meilleurs trios adverses.

Il joue plus de 20 minutes par match.

Il porte la responsabilité défensive du Canadien.

Et malgré tout ça, il continue d’augmenter sa production.

François Gagnon rappelle que Suzuki se classe parmi les meilleurs attaquants de la LNH pour les batailles à un contre un remportées, les passes bloquées, les rondelles libres récupérées. Il n’est pas parfait dans toutes les catégories avancées, mais il est bon partout.

Et excellent là où ça compte.

Le Lady Byng aussi entre dans la discussion.

65 points. +25. Seulement 10 minutes de pénalité.

Des comparables prestigieux. Là encore, Suzuki n’est plus une curiosité. Il est un favori assumé.

Et pendant que tout ça se place sur papier, il y a Milan.

Suzuki est là. Avec Équipe Canada. Dans un vestiaire rempli de McDavid, MacKinnon, Crosby, Makar.

Et il n’est pas là comme figurant. Il est là parce qu’il appartient à ce groupe.

Parce qu’il peut suivre le rythme. Parce qu’il comprend le jeu au même niveau.

Si le Canada fait ce qu’il est supposé faire ... et tout indique qu’il est le grand favori pour l’or ... cette médaille-là ne sera pas qu’un bijou de plus.

Elle sera un sceau. Une validation finale.

Un joueur qui termine une saison à près de 95 points, qui est dans la course au Selke, dans la course au Lady Byng, et qui revient des Jeux olympiques avec une médaille d’or autour du cou, ne peut plus être rangé dans la catégorie “très bon joueur”.

Il change de catégorie.

Il entre dans celle des joueurs qu’on respecte instinctivement.

Des joueurs qu’on cite dans les discussions importantes.

Des joueurs dont le nom revient quand on parle de standards.

Et le plus inquiétant pour le reste de la ligue?

Ce n’est peut-être qu’un début.

Nick Suzuki n’a jamais connu de recul.

Chaque année, il progresse.

Chaque année, il ajoute une couche.

Et aujourd’hui, à Milan, tout indique que le point de bascule est atteint.

Ce n’est plus une projection.

C’est une réalité.

AMEN