Décembre dernier. Du vrai décembre montréalais. Des raclées. Des humiliations. Des soirs où le Centre Bell sonnait creux, où le Canadien encaissait des 7-0, des 7-1, des 8-4, presque toujours devant ses partisans. À ce moment-là, l’air est lourd. Le projet fatigue. La patience craque.
C’est là que Jean-Charles Lajoie revient à la charge.
Il faut se rappeler le précédent. À l'automne 2024, Lajoie avait carrément prédit que Martin St-Louis allait quitter son poste, soit par démission, soit par congédiement, avant Noël.
Le CH était au fond du trou, et lui avait appuyé sur le bouton nucléaire. Au final, le Canadien s’était redressé après les Fêtes… et Jean-Charles s’était fait démolir publiquement. Insultes. Moqueries. Crédibilité entamée.
Il n’a pas oublié cette claque-là.
Alors en décembre 2025, quand les volées s’empilent à nouveau, Lajoie revient. Mais cette fois, il est plus fin. Plus froid. Plus chirurgical. Il ne prononce pas le mot « congédiement ». Il ne le dira pas. Il l’explique.
Il parle d’un cycle émotionnel qui s’essouffle. D’un capital symbolique (charisme, vulnérabilité, discours humain) qui commence à ne plus suffire pour masquer ce qui s’accumule sur la glace.
Il rappelle que l’entraîneur du Canadien n’est pas seulement un coach : il est le gestionnaire de l’humeur collective du Québec. Et quand les humiliations deviennent répétitives, cette humeur se retourne toujours contre le banc.
Et ce qu’il dit ensuite.. nous lève le coeur.
Il explique que Martin St-Louis est un génie de communication, un entraîneur capable de calmer une province entière avec des images, des métaphores, de l’émotion, de l’authenticité.
Il dit que St-Louis est un actif émotionnel majeur pour le Canadien. Un homme qui parle vrai. Qui touche le monde. Qui rassure.
Mais ensuite, il enfonce le clou.
Il dit que ça ne gagne pas des Coupes Stanley, de l’émotion.
Il dit que Montréal fabrique des joueurs spectaculaires, mais pas encore une équipe structurée pour survivre au printemps.
Et la phrase clé, celle qui a choqué, celle que tout le monde a comprise :
« Martin St-Louis fabrique des gagnants de trophées individuels. D’autres entraîneurs fabriquent des équipes capables de gagner la Coupe Stanley. »
Ce n’est pas un compliment déguisé. C’est un avertissement.
À ce moment précis, son propos frappe fort. Parce que le contexte lui donne raison. Parce que les chiffres sont violents. Parce que le CH est au fond du trou.
Sauf que le hockey ne s’arrête jamais sur une photo figée. On est maintenant en janvier. Et le Canadien de Montréal est devenu l’équipe de l’heure dans la LNH.
Les victoires s’enchaînent. Le rythme est là. L’identité aussi. Le Centre Bell recommence à vibrer. Les jeunes livrent, oui, mais l’équipe gagne. Plus seulement des highlights. Des points. Des séries en vue. Le narratif a changé.
Et c’est là que le contraste devient fascinant.
Parce que la sortie de Lajoie, aussi dure soit-elle, appartient à un autre moment. Elle est ancrée dans le sang de décembre. Pas dans l’euphorie de janvier.
La meilleure preuve? Regardez la suite logique du débat à travers la ligue. Quand on dresse la liste des entraîneurs réellement en danger (Scott Arniel, Travis Green, Sheldon Keefe, Jim Hiller, Jim Montgomery), Martin St-Louis n’y est pas.
Mieux encore. Pendant que d’autres tremblent pour leur poste, St-Louis glisse tranquillement vers une toute autre conversation : celle des candidats au Jack Adams Award.
C’est là toute la revanche.
Lajoie a peut-être décrit ce qui arrive habituellement aux entraîneurs après des séquences humiliantes. L’histoire lui donne souvent raison. Mais le Canadien, cette fois, a bifurqué avant que la logique implacable ne s’applique.
Jean-Charles Lajoie a frappé un mur. Il a parlé au moment où le feu prenait. Il a rappelé des faussetés sur Montréal, sur la pression, sur la crédibilité, sur la patience qui fond toujours plus vite ici qu’ailleurs.
Mais janvier est venu bousculer le verdict. Et aujourd’hui, Martin St-Louis n’est plus un entraîneur « sur la sellette ». Il est redevenu un entraîneur en contrôle, respecté, et même célébré.
La leçon? À Montréal, un entraîneur peut être à deux semaines du gouffre… ou à deux semaines d’un trophée. Et parfois, tout ce qui sépare les deux, c’est le calendrier.
Ou un animateur dont les cotes d'écoute s'effondrent... et qui a besoin d'un buzz...
Une seule solution est possible: Lajoie doit s'excuser publiquement. Faut avouée... à demi-pardonnée...
