Le Rocket de Laval a officiellement annoncé la nomination d’Ilia Ejov comme entraîneur des gardiens par intérim jusqu’à la fin de la saison.
Une décision prise dans l’urgence, après la montée de Marco Marciano avec le grand club, et qui place désormais Ejov au cœur du développement du prodige Jacob Fowler
Mais à peine la nouvelle rendue publique, les réseaux sociaux se sont enflammés.
Depuis que le Rocket de Laval a confirmé sa nomination, un malaise flotte dans l’air.
Et le malaise est profond.
Parce qu’au lieu de parler de son parcours, de son bagage international ou de son rôle précis auprès de Jacob Fowler, une partie du public québécois a immédiatement sauté à une conclusion simpliste, presque primitive : « C’est qui lui? »... suivi, trop souvent, de commentaires encore plus sales.
On ne parle même pas d’analyse hockey. On parle de soupçon automatique. De méfiance identitaire. De raccourcis paresseux juste parce qu'il est Russe.
Ejov est présenté par le Rocket comme un Russo-Québécois. Il parle français. Il parle anglais. Il parle russe. Il a passé 14 saisons comme gardien dans la KHL, avant d’entamer sa transition vers le coaching.
Il était entraîneur des gardiens à Université Concordia. Il a été entraîneur invité au dernier camp de développement des Canadiens de Montréal. Il était déjà dans l’écosystème. Ce n’est pas un parachutage.
Le gars est passé par la LHJMQ plus jeune.
Mais ça, étrangement, on s’en fout.
Sur Facebook, sur X, dans les commentaires anonymes, on lit autre chose. On lit « un Russe ». Point final. Comme si ça suffisait à le disqualifier. Comme si son passeport comptait plus que sa feuille de route. Comme si, en 2026, on pouvait encore se permettre ce genre d’amalgame grossier sous prétexte du contexte géopolitique.
Oui, la guerre en Ukraine est une tragédie. Oui, le climat mondial est tendu. Mais depuis quand on transfère ça sur un entraîneur de gardiens de 39 ans qui vient travailler à Laval?
On est rendus là?
Ce qui est troublant, ce n’est pas le scepticisme sportif. C’est l’intransigeance humaine. C’est cette façon de balayer un individu avant même qu’il ait dirigé un seul entraînement officiel, simplement parce qu’il vient d’ailleurs, même s’il vit ici, travaille ici, parle la langue et s’inscrit clairement dans la structure de développement du Canadien.
On reproche à Ejov d’avoir joué récemment dans la LNAH avec les Pétroliers de Laval (il a joué deux matchs cette saison) parce que ce serait une ligue de "colons".
Comme si ça annulait tout le reste. Comme si on pouvait réduire 13 années de hockey professionnel à deux matchs dans une ligue semi-pro. Comme si chaque parcours devait être linéaire, propre, académique.
La vérité, c’est que le Rocket n’a pas embauché Ejov pour son passé de joueur en Amérique du Nord. Il l’a embauché parce qu’il connaît déjà la réalité montréalaise, parce qu’il a travaillé avec des jeunes gardiens universitaires, parce qu’il a été observé par l’organisation du Canadien, et parce qu’il arrive comme solution de transition pendant que Marco Marciano a été embauché en haut.
Et selon ce qui circule, il pourrait être engagé officiellement dès cet été, tout comme Marciano pour son poste à Montréal.
Pour l'instant, il est intérimaire. Il devra se prouver, comme tout le monde.
Mais avant même qu’il ait le temps d’ouvrir un tableau effaçable, il se fait rentrer dedans.
Et ça, c’est révélateur.
Révélateur d’une partie du public qui confond encore identité et compétence. Révélateur d’un réflexe de rejet qui n’a rien à voir avec le hockey. Révélateur aussi d’un double standard fatigant : quand un Québécois échoue, on parle de développement. Quand un immigrant arrive, on parle de légitimité.
Il y a quelque chose de profondément injuste là-dedans.
Parce qu’Ejov n’a rien demandé d’autre que de faire sa job. Aider Fowler. Stabiliser le Rocket. S’intégrer à la philosophie de développement déjà en place. Et peut-être gagner le droit de rester l’an prochain.
C’est tout.
Pas une révolution. Pas un coup politique. Pas un complot.
Juste un coach de gardiens qui commence son mandat.
On peut douter de ses méthodes. On peut se questionner sur son expérience nord-américaine. On peut vouloir des résultats avant d’applaudir.
Mais le juger sur ses origines?
Ça, ce n’est pas de la critique sportive.
C’est autre chose.
Et ce n’est franchement pas notre plus belle face.
