Pendant des jours, une partie des médias américains répétait la même chose : Martin St-Louis se faisait complètement manger tactiquement par Jon Cooper.
On parlait d’un entraîneur inexpérimenté incapable de suivre le rythme du vieux maître du Lightning. On parlait d’un coach dépassé par les ajustements, dépassé par la lourdeur physique de Tampa Bay, dépassé par le trio d’Anthony Cirelli qui étouffait Nick Suzuki à cinq contre cinq.
Et là, vendredi soir, tout a explosé au visage de ce narratif-là.
Parce qu’au moment le plus important de la série, celui qui a eu l’air complètement perdu derrière son banc, ce n’est pas Martin St-Louis. C’est Cooper.
Pendant que l’entraîneur des Canadiens de Montréal brassait ses cartes avec audace en réunissant Kirby Dach au centre avec Zachary Bolduc et Alexandre Texier dans un trio que personne n’avait vu venir, Tampa Bay, lui, s’est retrouvé prisonnier d’une gestion complètement incompréhensible de son personnel.
Et honnêtement, ça ressemblait presque à du sabotage.
Voir Scott Sabourin débarquer sur la glace en prolongation avec Corey Perry et Zemgus Girgensons dans un match aussi crucial, c’était surréaliste.
On parle d’une prolongation de séries éliminatoires.
On parle d’un match qui pouvait faire basculer toute la série.
On parle d’un club qui avait déjà une fiche gênante de 5 victoires et 13 défaites à ses 18 derniers matchs éliminatoires depuis 2023.
Et malgré tout ça, Cooper a encore insisté avec son projet de " violence des pauvres".
Sabourin avait joué trois petites minutes en temps réglementaire.
Et soudainement, il se retrouve à passer 45 secondes sur la glace en surtemps, soit plus du tiers de toute la prolongation avant le but de Lane Hutson.
C’est énorme.
C’est incompréhensible.
Et surtout, ce n’était même pas la première fois qu’il essayait ce coup-là.
Au deuxième match, déjà, Cooper avait envoyé Sabourin dans des moments critiques pour tenter de transformer la série en cirque physique.
Résultat? Une pénalité complètement inutile qui a failli coûter le match au Lightning. Si Lane Hutson ne frappe pas le poteau quelques secondes plus tard, Tampa Bay rentre en Floride avec un retard de 0-2 dans la série.
Et malgré cet avertissement géant, Cooper a recommencé.
La vérité est que Martin St-Louis le mange au petit déjeuner.
Pendant que plusieurs voulaient voir Kirby Dach retiré de l’alignement après sa catastrophe du match numéro deux, St-Louis a refusé de paniquer. Il a refusé de coacher avec la peur. Il a refusé de sacrifier un joueur pour calmer le bruit extérieur.
Au contraire, il lui a redonné des responsabilités.
Il l’a replacé au centre.
Il lui a donné deux nouveaux compagnons de trio.
Et Dach a répondu avec un but, une passe, un différentiel de +3 et probablement son meilleur match depuis très longtemps. Texier avec fini le match avec 1 but et 1 passe magnifique alors que Zachary Bolduc a frappé tout ce qui bougeait avec deux passes au compteur.
Il faut donner énormément de crédit à Martin St-Louis pour l’audace de cette décision. Réunir Kirby Dach, Alexandre Texier et Zachary Bolduc, ça prenait du courage. Ça prenait du vrai « gut ».
Les trois étaient en pleine léthargie offensive. Dach se faisait démolir publiquement depuis son erreur en prolongation. Texier n’avait pratiquement plus d’impact depuis des semaines et se faisait traiter de jouer soft.
Bolduc n’avait marqué que deux buts depuis le Nouvel An. En séries éliminatoires, avec toute la pression du Centre Bell, beaucoup d’entraîneurs auraient joué la sécurité.
Beaucoup auraient brassé les cartes avec des vétérans, des valeurs sûres, des joueurs “plus fiables”. St-Louis, lui, a fait exactement le contraire. Il a misé sur des joueurs fragilisés mentalement, sur des gars qui avaient besoin d’un électrochoc, et il leur a donné des responsabilités offensives majeures dans le plus gros match de la saison.
Si ce trio-là se fait dominer vendredi soir, le coach se fait probablement ramasser partout au Québec pendant 48 heures. Mais il a tenu son bout. Et finalement, ce sont précisément ces trois joueurs-là qui ont changé complètement le visage de la série.
Pendant ce temps-là, Cooper continuait d’envoyer un bagarreur de 33 ans ayant joué seulement 73 matchs dans toute sa carrière de la LNH dans des moments décisifs d’un match de séries.
C’est brutal à dire, mais vendredi soir, le génie derrière le banc, c’était Martin St-Louis.
Pas l’entraîneur avec les bagues.
Pas celui que tout le monde présentait comme intouchable.
Pas celui qui parlait avec arrogance depuis le début de la série pendant qu’on présentait Montréal comme une équipe naïve incapable de suivre le rythme.
Le Canadien a gagné parce que son entraîneur a osé.
Le Lightning a perdu parce que le sien a perdu la tête.
Si un entraîneur des Canadiens de Montréal avait perdu un match de séries avec une gestion aussi étrange que celle de Cooper vendredi soir, Montréal l’aurait détruit pendant des années.
Là, soudainement, les médias américains sont beaucoup plus silencieux sur le fameux “outcoaching”.
Parce qu’en ce moment, celui qui semble avoir trouvé les réponses dans cette série, c’est Martin St-Louis.
Alors que la réputation de Jon Cooper sera salie... à jamais...
