Retour des Expos et des Nordiques : un modèle moderne relance le débat

Retour des Expos et des Nordiques : un modèle moderne relance le débat

Par André Soueidan le 2026-01-03
nordiques

L’idée ne sort pas d’un rêve nostalgique

Elle provient d’une entrevue publiée cette semaine par RG.org

Au centre du propos : Ashkan Karbasfrooshan, entrepreneur montréalais, fondateur de WatchMojo, une entreprise numérique bâtie sans subventions, sans scandales et avec une crédibilité reconnue dans le monde des médias.

Ce n’est pas un politicien.

Ce n’est pas un promoteur immobilier.

Et ce n’est pas non plus un partisan qui lance des idées en l’air.

Dans cette entrevue Karbasfrooshan avance une thèse précise : le modèle de propriété des équipes sportives a complètement changé, et avec lui, les objections historiques qui ont fait mourir les Expos et les Nordiques.

« En 2025, l’ère du milliardaire unique qui achète une équipe est terminée. On est maintenant dans un modèle de capital structuré, avec du private equity, des family offices et des investisseurs minoritaires. »

C’est là que le débat devient intéressant.

Pendant 30 ans, on a répété les mêmes raisons pour expliquer pourquoi Montréal et Québec étaient condamnées :

— marché trop petit

— dollar canadien trop faible

— infrastructures inadéquates

— revenus locaux insuffisants

Or, Karbasfrooshan rappelle un fait souvent ignoré : les revenus locaux ne sont plus le cœur du modèle économique.

Aujourd’hui, en MLB comme en LNH, les droits télé nationaux et internationaux, le partage des revenus, les commandites globales et les plateformes numériques représentent une part majeure des revenus. Les billets vendus au guichet ne sont plus le moteur principal.

« Les ligues gagnent maintenant de l’argent à l’échelle mondiale. La taille du marché local n’est plus un frein automatique. »

Autrement dit, ce qui a tué les Expos dans les années 90 ... un propriétaire isolé, des revenus locaux fragiles et un modèle archaïque ... ne correspond plus à la réalité actuelle.

Même chose pour les Nordiques.

À l’époque, Québec ne pouvait pas rivaliser financièrement avec les marchés américains.

Aujourd’hui, une franchise ne repose plus uniquement sur les poches d’un seul homme, mais sur une structure financière répartie, avec des règles claires de gouvernance.

Et c’est là un autre point clé de l’entrevue.

Karbasfrooshan insiste sur un aspect que les ligues surveillent désormais de près : la crédibilité et la gouvernance.

« Les ligues veulent des propriétaires stables, transparents, sans scandales. La réputation compte autant que le capital. »

Ce passage est crucial.

La MLB et la LNH ne veulent plus revivre des situations embarrassantes, des ventes forcées ou des crises internes. Elles privilégient des groupes structurés, avec des règles, des garde-fous et une image propre.

Est-ce que ça veut dire que le retour des Expos et des Nordiques est imminent ?

Non.

Est-ce que ça veut dire que tout est réglé ?

Encore moins.

Mais ce que cette entrevue démontre, c’est une chose très claire : les raisons qui justifiaient les refus automatiques n’existent plus telles quelles.

Le débat n’est plus sentimental.

Il est devenu financier, structurel et crédible.

Et pour la première fois depuis longtemps, Montréal et Québec ne sont plus écartées par défaut.

Pas parce qu’on rêve.

Parce que le sport professionnel, lui, a changé.

AMEN