Pauvre Brendan Gallagher.
Il y a quelque chose de profondément humain, et en même temps cruellement triste, dans ce qui se passe autour du vétéran en ce moment.
Sur Instagram, sa conjointe Emma Fortin a annoncé que le couple attendait un deuxième enfant. Quatre photos lumineuses, un couple souriant, une famille qui s’agrandit. Des dizaines de commentaires de félicitations, des cœurs, des vœux de bonheur. Une belle nouvelle, sincère, touchante. Un moment de vie normal, précieux.
Et pourtant.
Sous la surface des félicitations, une autre conversation s’est installée. Plus froide. Plus cynique. Plus montréalaise.
« Peut-être qu’il va vouloir prendre sa retraite un an plus tôt. »
« Avec deux enfants, il va peut-être vouloir rester à la maison. »
« Ce serait le bon timing pour libérer la masse salariale. »
Voilà où on est rendus avec Brendan Gallagher.
Un gars qui a donné 14 ans à l’organisation. Un guerrier qui a joué avec des fractures, des dents en moins, des épaules rafistolées. Un joueur qui a déjà été l’âme offensive du club.
Et aujourd’hui, pendant qu’il annonce qu’il deviendra père pour la deuxième fois, une partie de la base partisane rêve ouvertement qu’il quitte… pour se débarrasser de son contrat.
C’est brutal. Mais c’est la réalité.
Sur la glace, les chiffres sont impitoyables : 19 points en 57 matchs. Il n’est plus le #11 des beaux jours. Il n’est plus celui qui attaquait le filet avec une rage incontrôlable et ressortait avec 25 ou 30 buts. À 33 ans, le corps ralentit. Le rythme de la LNH moderne ne pardonne rien. On le voit. Tout le monde le voit.
Et avec ce ralentissement vient la polarisation.
Gallagher est devenu un symbole divisé.
D’un côté, le respect éternel.
De l’autre, l’impatience.
Parce que pendant qu’il accumule les présences difficiles, le Canadien avance. Michael Hage s’en vient. Alex Newhook revient.
On parle d’ajouter un attaquant top-6 sur le marché. Ivan Demidov et Lane Hutson incarnent la vitesse du futur. L’équipe rajeunit, accélère, se projette vers 2026-2027 avec ambition.
Et dans cette projection-là, le contrat de 6,5 millions jusqu’en 2027 devient un sujet impossible à éviter.
Les gens font les calculs. Ils pensent en plafond salarial. Ils parlent en fenêtres de Coupe Stanley. Ils se demandent si ce serait « plus simple » s’il décidait lui-même de tourner la page.
Et c’est là que le malaise devient cruel.
Parce que Brendan Gallagher, selon ce qu’il répète à ses proches, n’a aucune intention de prendre sa retraite. Aucune. Pas maintenant. Pas parce que le public est fatigué. Pas parce que la masse salariale est serrée. Pas parce que les réseaux sociaux ont décidé qu’il est fini.
Il croit encore qu’il peut aider. Il croit encore qu’il peut trouver une façon d’être utile. Il ne se voit pas comme un poids. Il se voit comme un compétiteur.
Et Martin St-Louis, lui, est pris au milieu.
On ne peut pas envoyer Brendan Gallagher dans les gradins comme un joueur ordinaire. Pas avec tout ce qu’il représente dans ce vestiaire. Pas avec l’histoire qu’il porte. L’organisation a trop de respect pour lui. Trop d’attachement. Trop de reconnaissance.
Mais en même temps, l’alignement se resserre.
Quand Newhook sera de retour.
Quand Hage débarquera.
Quand un ailier top-6 sera acquis.
Qui sortira?
C’est là que les partisans commencent à rêver d’une retraite volontaire. Pas par haine. Par logique sportive. Ils se disent que ce serait la sortie noble. La décision digne. Le geste qui libère l’équipe et protège son héritage.
Parce que si Gallagher reste et que son rôle diminue encore…
Si son temps de glace descend.
Si les séries arrivent et qu’il est spectateur.
Alors la fin sera beaucoup moins romantique.
Le paradoxe, c’est que cette deuxième grossesse, qui devrait être un moment purement joyeux, devient presque une métaphore. Gallagher entre dans une nouvelle phase de sa vie personnelle au moment précis où sa vie professionnelle entre dans sa zone la plus fragile.
Deux jeunes enfants.
Un corps qui ralentit.
Une équipe qui accélère.
La LNH ne s’arrête pas pour les histoires humaines. Elle avance. Toujours.
Et c’est ça, le vrai drame.
Gallagher ne s’en sort pas parce qu’il est méchant.
Il ne s’en sort pas parce qu’il manque d’effort.
Il ne s’en sort pas parce que la ligue est devenue plus rapide que son corps.
Aujourd’hui, il est coincé entre deux réalités : celle du père de famille qui bâtit son avenir et celle du vétéran dont la fenêtre se referme. Les partisans, eux, oscillent entre gratitude et impatience. Entre respect et calcul.
Et pendant qu’il pose la main sur le ventre de sa femme pour annoncer un deuxième enfant, une partie de la ville calcule déjà combien de millions seraient libérés s’il décidait d’arrêter.
Voilà à quel point Brendan Gallagher est devenu polarisant.
Il restera aimé.
Mais il n’est plus intouchable.
Et la grande question flotte au-dessus de tout : est-ce qu’il choisira lui-même la sortie… ou est-ce que la sortie finira par le choisir?
