Retraite surprise: Brendan Gallagher réagit à chaud

Retraite surprise: Brendan Gallagher réagit à chaud

Par David Garel le 2026-02-20

Brendan Gallagher est tanné d'entendre les rumeurs de retraite en vue de cet été.

Il y a une chose que le vétéran veut remettre au clair, et il le fait sans hausser le ton, sans frapper du poing sur la table, mais avec cette fermeté tranquille qui le définit depuis toujours : il n’est pas en train d’écrire sa lettre d’adieu.

Pas maintenant. Pas demain. Pas cet été. Pas parce que les réseaux sociaux l’ont déjà mis à la retraite. Pas parce que son corps ralentit. Pas parce que Montréal est devenu impatient.

À 33 ans, le vétéran du Canadiens de Montréal entend le bruit autour de lui. Il sait très bien ce qui se dit. Il sait que plusieurs aimeraient le voir disparaître de l’alignement, libérer de l’espace salarial, laisser la place aux jeunes, tourner la page. Il n’est pas naïf. Mais il n’a absolument pas l’intention de partir de lui-même.

Et ses propos, cette semaine à Brossard, sont cinglants.

« Pour l’instant, on veut juste reprendre là où on a laissé avant la pause olympique. Les séries, c’est encore loin, et ça va prendre beaucoup de travail pour y arriver. Je dirais qu’on a eu un bon avant-goût de ce que ça peut représenter pour l’équipe et la ville lors du printemps dernier… Montréal, je trouve que ça demeure un endroit très spécial quand le Canadien joue au printemps. »

Ce n’est pas le discours d’un gars qui prépare sa sortie. C’est le discours d’un joueur encore habité par l’idée de gagner.

Gallagher n’est pas naïf du temps qui passe. Il sait qu’il est désormais le plus vieux joueur de cette formation. Il sait qu’il a presque 950 matchs professionnels dans le corps. Il sait que les jambes répondent moins vite, que les séquences de matchs rapprochés coûtent plus cher, que la récupération est plus longue. Mais il refuse catégoriquement l’idée qu’on décide pour lui quand son histoire se termine.

Il a vécu 2014. Il a vécu 2021. Il était là quand le Centre Bell vibrait pour vrai, quand Montréal redevenait une ville de séries, quand chaque présence semblait plus lourde que la précédente.

Il s’en souvient parfaitement.

« Je me souviens très bien du printemps de 2021… on est partis sur une lancée… c’était un peu spécial, parce qu’en raison des restrictions, on était souvent juste entre nous. Ça nous a donné l’occasion de passer plus de temps ensemble. »

Ce souvenir-là, il ne l’a pas rangé dans un tiroir nostalgique. Il veut le revivre.

Et c’est là que le discours devient intéressant.

Parce que Gallagher ne vend pas un rêve vide. Il ne prétend pas que l’équipe actuelle est identique à celle de 2014 ou 2021. Au contraire, il explique pourquoi c’est différent.

« L’équipe de 2014 était plus vieille que celle-ci. On avait plusieurs vétérans, et on avait Carey. Notre style de jeu, c’était de garder la rondelle à l’extérieur de notre filet. Si on marquait deux buts, on savait qu’on avait de très bonnes chances de gagner. Si on en marquait trois, on avait presque l’impression que la victoire était acquise. »

Aujourd’hui, Carey Price n’est plus là. Le Canadien est jeune. Très jeune. Et Gallagher le sait.

Mais il voit autre chose.

« On a beaucoup de talent et on peut marquer, on peut jouer un style de jeu plus ouvert maintenant. Les styles sont différents, mais ce qui ne change pas, c’est que la victoire revient toujours à l’importance d’exécuter tous les détails qui font la différence. »

Voilà sa ligne de pensée.

Pas de discours sur la retraite. Pas de victimisation. Pas d’apitoiement.

Il parle d’exécution. De détails. De travail.

Pendant que la moitié de la ville débat de son contrat, de son rôle, de son avenir, lui parle encore de séries.

Et surtout, il comprend parfaitement la situation dans laquelle il se trouve.

Il sait que Martin St-Louis n’est pas en mode sentimental. Il sait que le coach veut gagner. Il sait que l’organisation est rendue ailleurs. Il sait que les jeunes poussent. Il sait que l’alignement va devenir congestionné avec les retours de blessure et l’arrivée prochaine de nouveaux talents.

Il le sait.

Mais ce qu’il refuse, c’est l’idée qu’il devrait s’effacer volontairement.

Gallagher ne se voit pas comme un obstacle. Il se voit comme un morceau de cette transition. Comme un vétéran capable d’apporter autre chose que des statistiques : une mémoire collective, une culture de vestiaire, une compréhension viscérale de ce que ça veut dire jouer à Montréal quand ça compte.

Il n’est pas naïf non plus sur son propre rendement. Il sait qu’il ne sera plus jamais le marqueur de 30 buts. Il sait que ses minutes sont gérées. Il sait que son rôle a changé. Mais il croit encore qu’il peut aider une équipe qui monte.

Et ça, pour lui, ça vaut la peine de se battre.

C’est là que plusieurs se trompent en pensant qu’il va « faire la bonne chose » et partir de lui-même.

Brendan Gallagher n’a jamais fonctionné comme ça.

Il n’a jamais quitté un combat parce qu’il devenait inconfortable. Il n’a jamais choisi la sortie facile. Toute sa carrière est bâtie sur l’idée inverse : rester debout quand ça fait mal.

Alors non, il ne va pas annoncer sa retraite parce que Twitter l’exige.

Non, il ne va pas disparaître pour libérer 6,5 M$ de masse salariale.

Non, il ne va pas se lever un matin en disant « OK, c’est assez ».

S’il doit partir un jour, ce sera parce que le hockey ne voudra plus de lui.

Pas avant.

En attendant, il regarde cette jeune équipe, il se rappelle 2014, il se rappelle 2021, et il se dit qu’il reste peut-être encore un printemps magique à vivre.

Et tant que cette possibilité existe, Brendan Gallagher n’ira nulle part.

Pas par orgueil.

Par instinct de compétiteur.