Des statistiques, tout le monde peut en lire.
Des cicatrices, ça ne paraît pas toujours sur une feuille de match.
À la veille d’un retour au Centre Bell, Emil Heineman a enfin mis des mots sur ce qui l’a réellement freiné.
L’accident en Utah.
14 janvier 2025.
Frappé par une voiture à pied avant un match du Canadien contre le Mammoth.
Pas une simple blessure.
Un choc physique.
Un choc mental.
Blessé au poignet, absent plus d’un mois, revenu au jeu à la fin février. Mais derrière la guérison visible, quelque chose persistait.
« Après cela, quand je traversais la route, je regardais absolument partout. C’était assurément pire l’an dernier. Ici à Long Island, c’est beaucoup plus facile parce que les routes sont un peu plus larges. »
Voilà la vraie histoire.
Un joueur de 24 ans qui, après avoir été frappé par une voiture, continue de penser à ce qui aurait pu arriver.
« C’était dur, c’était une situation bizarre. Quand j’y repense, je suis heureux d’être ici aujourd’hui. C’est terrifiant de penser à ce qui aurait pu se produire. J’ai été chanceux de pouvoir revenir. »
Chanceux.
Avant l’accident, 17 points et 101 mises en échec en 41 matchs.
Après le retour? Un seul point dans les 21 derniers matchs de la saison 2024-2025.
Momentum envolé.
« J’avais du momentum avant l’accident et quand je suis revenu, je n’ai pas vraiment marqué en fin de saison. La blessure m’a un peu affecté. Je voulais seulement aider l’équipe comme je le pouvais. Je crois avoir joué de façon solide, en général, même si je n’étais pas aussi confortable que je l’étais avant. »
Ce passage-là change la lecture complète de son dossier.
Parce que oui, cette saison avec les Islanders, les chiffres refroidissent un peu l’enthousiasme :
23 points en 58 matchs, dont 15 buts.
Un bon début.
Un ralentissement évident.
Mais regardons comment Patrick Roy l’utilise.
Temps moyen : 16 minutes 51 par match.
16:49 contre les Devils.
15:45 contre Pittsburgh.
1:48 en moyenne sur l’avantage numérique.
Parfois sur la première vague, souvent sur la deuxième.
40 secondes en désavantage numérique.
Roy ne traite pas Heineman comme un figurant.
Deuxième trio à 5 contre 5 avec Jonathan Drouin et Calum Ritchie.
Deuxième unité en avantage numérique avec Anders Lee, Andrej Palat, Tony DeAngelo et Drouin.
Confiance réelle.
Et c’est là que la « revanche silencieuse » prend tout son sens.
L’été dernier, la transaction qui a amené Noah Dobson à Montréal a fait hurler.
Emil Heineman inclus dans le package.
Choix 16 et 17 échangés.
Mathieu Darche et Patrick Roy persuadés de mettre la main sur un ailier top-6 sous-évalué.
Au début de la saison, plusieurs à Montréal ont eu un pincement.
Wow.
Heineman démarrait fort.
On parlait d’un vol.
On parlait d’un joueur prêt pour le top-6.
Puis la réalité s’est installée.
Pas d’explosion.
Pas de progression spectaculaire.
Un joueur utile.
Un joueur travaillant.
Un joueur marqué par un accident qui a coupé son élan.
Pendant ce temps, à Montréal?
Oliver Kapanen progresse.
Médaille olympique.
31 points en 57 matchs.
Deux ans plus jeune.
Et surtout, Kent Hughes dort tranquille.
Parce que la patience, parfois, gagne sur l’émotion.
Heineman n’est pas un échec.
Heineman n’est pas un coup de circuit.
C’est un joueur qui revient de loin. Littéralement.
Et Patrick Roy le sait.
Roy lui donne des minutes.
Roy lui donne une structure.
Roy lui donne une stabilité que l’an dernier, après l’accident, il n’avait plus mentalement.
Mais pendant que Roy tente de relancer son ailier, Montréal a déjà tourné la page.
La vraie revanche ne se crie pas.
Elle se construit en silence.
Kent Hughes n’a jamais paniqué.
Jamais attaqué publiquement.
Jamais surenchéri.
Aujourd’hui, la conversation n’est plus : « Montréal a-t-il fait une erreur? »
La conversation devient :
« À quel point l’accident a changé la trajectoire d’Emil Heineman? »
Parce que dans une autre réalité ... sans voiture, sans fracture de rythme, sans peur en traversant la rue ... peut-être que l’histoire serait différente.
Parce qu’avant cet accident, Emil Heineman avait déjà 10 buts et roulait à plein régime.
Il était en train de s’installer, tranquillement, comme une pièce crédible du top-9 montréalais.
Sans cette voiture en Utah, sans cette fracture de rythme, sans cette pause forcée, est-ce que son élan aurait continué?
Est-ce qu’il aurait gagné encore plus de terrain dans l’organisation?
Est-ce que son nom aurait été intouchable dans une discussion avec les Islanders?
Rien n’arrive pour rien dans cette ligue. Peut-être que sans cet accident, Heineman ne quitte jamais Montréal.
Peut-être que Noah Dobson ne porte jamais le chandail du Canadien.
Une collision sur une rue enneigée peut parfois redessiner une reconstruction entière.
Mais la LNH ne fonctionne pas avec des “peut-être”.
Elle fonctionne avec des résultats.
Et pour l’instant, la patience de Kent Hughes tient toujours.
Patrick Roy peut lui donner 17 minutes par soir.
Lui offrir du powerplay.
Lui offrir un rôle.
Montréal, de son côté, continue d’avancer avec une ligne bleue en construction, avec des jeunes qui explosent, avec une trajectoire claire.
Heineman revient au Centre Bell marqué par un accident qui aurait pu tout changer.
Roy tente de transformer la résilience en production.
Hughes, lui, observe.
Silencieux.
Et parfois, le silence est la plus grande réponse.
AMEN
