Jeff Gorton veut-il secrètement le congédiement de Martin St-Louis?
Sérieux. On a envie de poser la question.
Car il y a quelque chose qui ne colle pas complètement dans le dossier Martin St-Louis. Officiellement, tout va bien.
Le Canadien de Montréal s’apprête à lui offrir une prolongation de contrat de quatre saisons, l’annonce doit être faite lundi prochain dans le cadre du tournoi de golf de l’organisation et, sur papier, tout indique donc que le mariage entre St-Louis et le Canadien se poursuivra pour plusieurs années.
Kent Hughes demeure derrière son entraîneur. Geoff Molson lui fait confiance comme s’il s’agissait de son propre fils.
L’organisation est prête à investir énormément d’argent dans son personnel d’entraîneurs. On parle d’un contrat avec un salaire annuel entre 6 et 6,5 M$ par année.
Entre 24 et 26 millions de dollars au total.
Martin St-Louis est là pour rester.
Mais lorsqu’on regarde ce qui s’est passé au cours des derniers mois, et surtout ce que le documentaire La reconstruction nous a révélé dans le 3e épisode de la saison 3, une question devient impossible à éviter : est-ce que Jeff Gorton est réellement en amour avec Martin St-Louis?
Le comportement du président des opérations hockey du Canadien envers son entraîneur ne ressemble pas toujours à celui d’un dirigeant qui veut absolument protéger son homme de confiance.
On a vu un aperçu assez extraordinaire de la dynamique interne du Canadien. Après la dégelée de 6-1 contre le Lightning de Tampa Bay au Centre Bell en décembre dernier, alors que les partisans quittaient l’amphithéâtre avant la fin de la rencontre, Gorton n’a pas simplement pris des notes dans son petit carnet en attendant que la tempête passe.
Il a réagi. Il a confronté St-Louis. Il lui a fait comprendre que ce genre de spectacle était inacceptable. Et surtout, il a rappelé une phrase qui prend aujourd’hui une importance énorme : le Canadien n’est pas un « country club ».
Ouch.
Cette phrase décrit exactement le genre de culture que Gorton veut instaurer à Montréal. Il ne veut pas d’une organisation où tout le monde est confortable, où les relations humaines passent avant les résultats, où les entraîneurs et les joueurs peuvent se protéger mutuellement et où personne ne vient véritablement challenger personne.
Gorton veut gagner. Et lorsqu’un dirigeant de son niveau commence à intervenir directement dans les décisions qui touchent le personnel de l’équipe, le message devient beaucoup plus puissant que n’importe quelle déclaration devant les journalistes.
Le rappel de Jacob Fowler, Adam Engström et Owen Beck la même soirée est justement devenu l’un des éléments les plus intrigants de cette histoire.
Selon nos informations, Gorton et Hughes auraient pris la décision pendant le match, auraient appelé les joueurs concernés et auraient ensuite informé St-Louis de ce qui allait se produire.
St-Louis n’est donc pas celui qui a demandé ces changements. Gorton a joué dans son dos.
Imaginez la tension.
Un entraîneur-chef peut accepter qu’un directeur général intervienne dans certaines décisions. C’est normal. Un DG possède une autorité importante sur son équipe.
Mais lorsqu’un président des opérations hockey commence à prendre des décisions qui touchent directement le groupe de joueurs pendant une rencontre, puis informe l’entraîneur après coup, cela raconte quelque chose sur la hiérarchie réelle.
Gorton supporte de moins en moins St-Louis, contrairement à Kent Hughes.
Le DG du CH possède une relation particulière avec St-Louis. Les deux hommes sont très proches et Hughes a toujours semblé apprécier énormément la personnalité, la philosophie et l’approche humaine de son entraîneur.
Gorton, lui, arrive d’une autre école. Il a travaillé dans plusieurs environnements de la LNH. Il connaît les exigences d’une organisation comme les Rangers de New York. Il sait ce que signifie gérer une équipe qui doit gagner dans un environnement hostile. Il n’a pas besoin d’être le meilleur ami de son entraîneur.
Mais c’est lui, en tant que “big boss”, qui doit simplement déterminer si cet entraîneur est capable de gagner.
Gorton a tellement de doutes envers St-Louis, surnommé le “pee-wee”, qu’il a accepté de donner un salaire annuel entre 1 M$ et 1,5 M$ à Derek Lalonde.
Il l’a même nommé “coach associé” pour le faire suer.
Lalonde arrive avec une expérience considérable derrière lui et deux conquêtes de la Coupe Stanley comme adjoint avec le Lightning de Tampa Bay.
Il a également dirigé les Red Wings de Detroit. Il a donc vécu des vestiaires de la LNH, des séries éliminatoires, des crises internes, des ajustements tactiques et des situations où un entraîneur doit modifier ses idées pour survivre.
Pourquoi Gorton voulait-il précisément ce profil?
Pourquoi maintenant?
Pourquoi donner autant de responsabilités à un homme qui possède suffisamment d’expérience pour ne pas simplement acquiescer à tout ce que St-Louis propose?
Lalonde devient le filet de sécurité de Gorton.
Mais si St-Louis recommence à perdre le contrôle tactiquement, si le système défensif connaît encore des problèmes, si les unités spéciales s’écroulent et si le Canadien commence à décevoir malgré un groupe qui devrait maintenant être beaucoup plus compétitif, Gorton aura déjà quelqu’un dans la maison qui connaît parfaitement la LNH et qui pourrait être capable de prendre davantage de responsabilités.
Cela explique pourquoi la prolongation de St-Louis prend autant de temps.
Parce que soyons sérieux : si tout le monde était absolument convaincu depuis longtemps que Martin St-Louis était l’homme idéal pour diriger le Canadien pendant les prochaines années, pourquoi avoir laissé le dossier traîner aussi longtemps?
Pourquoi attendre jusqu’au tournoi de golf?
Officiellement, le moment est parfait. Le tournoi réunit les joueurs, les dirigeants, les commanditaires et les médias. Tout le monde est détendu. C’est un environnement idéal pour annoncer une prolongation majeure et montrer une organisation unie.
Mais la réalité est que Gorton veut lancer le message à St-Louis qu’il n’est pas le “boss”.
Il voulait tester St-Louis et son orgueil démesuré.
Il voulait voler une partie du contrôle qu’il avait auparavant.
Montréal va investir plus de 24 millions à 26 millions de dollars dans son entraîneur-chef sur quatre ans. À ce niveau salarial, St-Louis ne sera plus évalué comme le coach sympathique qui accompagne une reconstruction. Il sera évalué comme l’un des entraîneurs les mieux payés de la LNH.
Et à ce prix-là, les proverbes ne suffiront plus.
« Processus. »
« Standards. »
« Petits détails. »
« C’est une ligue difficile. »
Gorton trouve que St-Louis est trop “soft”.
Imaginez maintenant que le Canadien commence la saison prochaine très mal. Imaginez une équipe qui ne défend pas, un désavantage numérique catastrophique, des jeunes qui régressent et un St-Louis qui revient encore devant les caméras avec ses mêmes explications.
Le mot congédiement va-t-il débarquer dans les médias?
Est-ce que Jeff Gorton veut vraiment Martin St-Louis pour les quatre prochaines années?
Cette fois, Gorton aura Lalonde dans sa poche.
Et cette fois, le fameux country club pourrait enfin fermer ses portes.
