Silence radio pendant deux matchs.
Murmures dans les studios.
Chroniques qui parlent de joueur « invisible ».
Balados qui le trouvent mou.
Rumeurs de gradins.
Et puis, en quart de finale, quand le Canada avait besoin d’un but… Nick Suzuki a répondu.
Voilà le vrai tournant.
Parce que ce n’est pas seulement un but égalisateur contre la Tchéquie.
Ce n’est pas seulement une présence énergique après la blessure de Sidney Crosby.
C’est Jon Cooper lui-même qui vient de redessiner la narration autour du capitaine du Canadien.
« Quand le pays avait besoin d’un but, Nick Suzuki a répondu. »
Ça, ce n’est pas un compliment poli. C’est un sceau officiel.
Et Cooper a enchaîné.
« Je trouve que Nick s’est amélioré au fil du match. Il a dû jouer un grand rôle quand Sid est sorti… On voyait qu’il était en train de bourdonner. Il a commencé à sentir le match… C’était du gros calibre. »
Du gros calibre.
Les mêmes mots que les analystes réservent aux McDavid, MacKinnon et Crosby.
Pendant que certains au Québec cherchaient encore à débattre de son intensité, le coach d’Équipe Canada, lui, voyait un joueur qui montait en puissance.
Ce qui rend ça fascinant, c’est le contraste.
Il y a 72 heures, Suzuki était le gars qu’on utilisait comme un yoyo.
13 minutes par match. Missions défensives. Peu de temps sur le jeu de puissance.
Des présences aux côtés de Tom Wilson, de Reinhart, des combinaisons changeantes.
On parlait d’adaptation difficile.
On parlait de chute hiérarchique.
Et soudainement, Crosby sort.
Et qui prend la relève?
Suzuki.
Ce n’est pas un hasard si Cooper a utilisé le mot « rôle majeur ». Il n’a pas dit qu’il a fait un bon shift. Il a dit qu’il a dû jouer un grand rôle.
Dans un match olympique.
En quart de finale.
Quand tu passes de centre numéro un à Montréal à pièce parmi d’autres sur une constellation d’étoiles, la transition mentale est brutale.
Moins de touches. Moins de rythme. Moins d’erreurs permises.
Mais quand l’occasion s’est présentée, Suzuki n’a pas forcé le jeu.
Il n’a pas paniqué. Il a récupéré la rondelle, relancé l’attaque, dévié le tir.
Exactement le genre de but qui ne fait pas exploser les réseaux sociaux, mais qui fait gagner des tournois.
Ce qui est intéressant, c’est que Jon Cooper a toujours eu un faible pour lui.
Retour en arrière. Finale de la Coupe Stanley 2021.
Tampa domine Montréal. Malgré ça, Cooper s’était arrêté pour parler de Suzuki, alors âgé de 22 ans.
Il avait souligné sa maturité, son calme, sa lecture du jeu.
Cinq ans plus tard, même histoire.
Même admiration.
La différence, c’est que cette fois, c’est sur la plus grande scène internationale.
On peut parler de revirement spectaculaire sans exagérer.
Parce que la perception publique était en train de basculer.
La Poche Bleue l’a trouvé tranquille.
Certains journalistes l’ont qualifié d’ordinaire.
Les partisans s’interrogeaient sur son rôle réel.
Et voilà que le coach du Canada vient dire qu’il « bourdonnait », qu’il « sentait le match », que c’était « du gros calibre ».
Suzuki n’est pas là par politesse.
Il n’est pas là pour remplir un trou.
Il est là parce qu’il comprend le jeu à un niveau élite.
Il comprend quand appuyer.
Il comprend quand temporiser.
Il comprend comment gérer la pression.
Quand Crosby est sorti, le Canada aurait pu s’effriter.
Au lieu de ça, Suzuki a stabilisé.
Et ça, dans un tournoi où chaque erreur peut coûter une médaille, ça vaut de l’or.
Ce moment pourrait marquer un avant et un après.
Parce que ce genre d’expérience forge un joueur différemment qu’une saison régulière.
Tu ne joues pas pour 82 matchs.
Tu joues pour ton pays.
Tu joues pour éliminer ou être éliminé.
Et Suzuki a répondu présent.
Clutch.
On parle souvent de leadership silencieux.
Ce quart de finale en était un exemple parfait.
Et si Cooper continue de lui faire confiance, ce n’est pas un hasard.
Les critiques vont se déplacer ailleurs.
Les doutes vont changer de cible.
Mais une chose est claire : le capitaine du Canadien vient de gagner quelque chose de plus précieux qu’un point au classement.
Il vient de gagner la validation d’un entraîneur champion de la Coupe Stanley.
Et ça, dans le vestiaire canadien, ça ne s’achète pas.
La balle est maintenant dans son camp pour la demi-finale.
Mais une chose est certaine : le regard posé sur Nick Suzuki a changé.
Et ce revirement-là, il est signé Jon Cooper.
À suivre...
