À Philadelphie, la patience n’a jamais été une vertu. Et en ce moment, elle est complètement morte.
Le nom de Daniel Brière brûle sur les réseaux sociaux des Flyers, dans les lignes ouvertes, dans les forums, dans les commentaires sous chaque article.
Ce n’est plus une simple critique. C’est une émeute numérique. On peut sentir la colère noire, alimentée par un sentiment qui fait toujours plus mal que la défaite elle-même : le sentiment de s’être trompé. Et cette fois, la bourde est tellement évidente et impossible à contourner : Jett Luchanko.
Le jeune centre, repêché au premier tour par les Flyers dans une décision qui avait déjà surpris à l’époque, vient de vivre un moment qui colle à la peau d’un espoir comme une étiquette impossible à décoller.
Lors de la demi-finale du Championnat mondial junior contre la Tchéquie, dans un match sans lendemain, Luchanko n’a pratiquement pas joué. Benché. Rayé du plan de match. Invisible. Dans le match le plus important du tournoi, quand tout le monde doit répondre présent, le joueur choisi par Brière n’était tout simplement pas jugé assez fiable pour être sur la glace.
À Philadelphie, ça a frappé comme un coup de masse.
Parce que ce n’est pas juste un match. Ce n’est pas juste un tournoi junior. C’est la confirmation d’une crainte que plusieurs entretenaient depuis le repêchage : Luchanko n’a pas le plafond qu’on vendait, n’a pas l’impact offensif espéré, n’a pas ce petit quelque chose qui distingue un futur joueur de soutien d’un futur pilier.
Il patine bien, il est discipliné, il est “coach-friendly”… mais dans la LNH moderne, ça ne suffit plus. Pas quand tu passes devant des talents supérieurs.
Et c’est là que la comparaison devient insupportable.
Pendant que Luchanko regardait la demi-finale junior depuis le banc, Zeev Buium s’imposait déjà comme le défenseur numéro un des Canucks de Vancouver, propulsé dans un rôle majeur après l’échange de Quinn Hughes.
Buium ne fait pas que jouer. Il "drive" le jeu. Il transporte la rondelle. Il absorbe des minutes lourdes. Il influence le rythme. Il est exactement ce que les Flyers disent chercher désespérément depuis des années : un défenseur d’impact, moderne, capable de changer la dynamique d’un match.
Et c’est précisément le joueur que Daniel Brière a laissé passer.
À l’époque, l’argument avancé pour justifier le refus de Buium revenait toujours au même refrain : trop petit, pas assez physique, pas assez “Flyers hockey”.
Une vision figée dans une autre époque. Parce que pendant que Philadelphie s’accrochait à des critères dépassés, le reste de la ligue comprenait déjà que le hockey d’aujourd’hui se gagne avec l’intelligence, la mobilité et la créativité, pas avec des mensurations.
Les Flyers ont choisi Luchanko. Le Minnesota ... puis Vancouver a hérité de Buium. Et aujourd’hui, les deux trajectoires n’ont rien à voir.
Sur les réseaux sociaux de Philadelphie, la colère est sans filtre. Les partisans ne parlent plus d’un simple “pari raté”.
Ils parlent d’un flop en devenir, d’un choix qui hante déjà l’organisation alors que le joueur n’a même pas encore mis les pieds dans la LNH. Et surtout, ils parlent d’un pattern.
Parce que Luchanko n’est pas un accident isolé. Il s’inscrit dans une suite de décisions douteuses qui commencent à dessiner un portrait inquiétant de la gestion de Brière.
Il y a eu l’échange catastrophique de Cutter Gauthier pour Jamie Drysdale. Il y a eu le refus de miser sur Zeev Buium. Il y a eu cette obsession presque maladive pour des profils “sécuritaires”, au détriment du talent pur.
Et maintenant, il y a ce moment humiliant : voir ton choix de premier tour cloué au banc dans le match le plus important de sa catégorie d’âge, pendant que le joueur que tu as ignoré devient un pilier ailleurs dans la LNH.
Pour les partisans des Flyers, c’est la goutte de trop.
Parce que Philadelphie est une ville qui accepte la reconstruction. Elle accepte la douleur. Elle accepte même les saisons perdues. Mais ce qu’elle n’accepte jamais, c’est l’incompétence perçue.
Et aujourd’hui, la perception est cruelle : Daniel Brière semble constamment un demi-temps en retard sur la ligue. Il construit une équipe comme si on était encore en 2012, pendant que les autres avancent à pleine vitesse.
La défaite du Canada 6-4 contre la Tchéquie n’a fait qu’amplifier le malaise. Dans ce match-là, Luchanko n’a pas été dépassé. Il a été écarté.
Jugé inutile dans un contexte de haute pression. Et pour une base partisane déjà à bout de nerfs, c’est devenu un symbole parfait. Le symbole d’un DG qui parle de patience pendant que ses décisions vieillissent mal à une vitesse alarmante.
Aujourd’hui, à Philadelphie, on ne parle plus de développement. On parle de crédibilité. On parle d’un directeur général dont les choix clés sont déjà remis en question avant même d’avoir produit des résultats. On parle d’un homme qui sent la pression monter, semaine après semaine, erreur après erreur.
Le cauchemar de Daniel Brière a explosé au visage de Team Canada. Il est bien réel. Il est bruyant. Il est public. Et il porte un nom que les partisans des Flyers n’oublieront pas de sitôt : Jett Luchanko.
Pendant ce temps, Zeev Buium patine, domine, et rappelle à toute la ligue, et surtout à Philadelphie, qu’au repêchage, les erreurs ne disparaissent jamais. Elles finissent toujours par revenir. Et quand elles reviennent, elles font très, très mal.
