Lindy Ruff prend un risque. Un vrai.
Au lieu de simplement reconnaître ce qui attend ses joueurs au Centre Bell dimanche soir, l’entraîneur-chef des Sabres de Buffalo a plutôt choisi de minimiser l’impact du volcan montréalais. Et ça risque de mal vieillir.
Oui, Ruff a reconnu que le Centre Bell “en séries, cette place est folle” et que “l’énergie est incroyable”. Difficile de nier l’évidence.
Mais c’est tout le reste qui fait sourciller. Parce qu’avant ça, le vétéran de 66 ans a surtout tenté d’envoyer un message : calmez-vous avec le mythe montréalais, ce n’est pas tellement différent de Buffalo.
“Notre amphithéâtre aussi est exceptionnel”, a-t-il lancé, en expliquant essentiellement que l’ambiance vécue au premier tour à Boston ou à domicile n’était pas tellement loin de ce qui attend les Sabres à Montréal.
Vraiment?
On parle ici d’un Centre Bell qui n’a pas accueilli un match de deuxième ronde devant salle comble depuis neuf ans.
D’un amphithéâtre déjà reconnu comme l’un des plus intimidants du hockey, mais qui semble cette année encore plus électrique, encore plus bruyant, encore plus complètement fou.
Depuis le début des séries, le bruit semble monter d’un cran à chaque match. Même des vétérans adverses l’ont admis.
Et pourtant, Ruff a choisi de jouer la carte du détachement.
Il a même affirmé qu’il connaissait déjà la recette pour faire taire la foule : marquer tôt.
“J’aime faire taire la foule et le meilleur moyen, c’est de marquer dès le départ.”
Le problème, c’est qu’on dirait presque qu’il essaie de se convaincre lui-même. Parce qu’on ne parle pas ici d’un simple amphithéâtre hostile.
On parle d’un environnement capable de faire dérailler un match en quelques secondes, de transformer une mise en échec en explosion sonore, de donner une dose d’adrénaline complètement irrationnelle à une équipe portée par 21 000 personnes.
Comparer ça à Buffalo, ou même à Boston, c’est audacieux... pour ne pas dire scandaleux...
Surtout quand plusieurs joueurs des Sabres vont vivre leur premier match éliminatoire à Montréal. On peut bien répéter les bons mots devant les micros, prétendre que ce sera “comme ailleurs”, tenter d’éteindre le narratif avant même que la rondelle tombe.
Mais le Centre Bell au printemps, ça ne se comprend pas vraiment tant qu’on ne l’a pas vécu.
Et c’est peut-être là que Lindy Ruff prend un risque inutile.
Parce que si les Canadiens de Montréal frappent tôt, si la foule explose dès les premières minutes, ses propos vont revenir le hanter très vite. Montréal adore ce genre de déclaration. Le moindre soupçon de manque de respect devient du carburant.
Ce n’est pas la première fois dans cette série que Lindy Ruff semble tenter de jouer au psychologue publiquement.
Après le deuxième match, il avait déjà commencé à envoyer un message très clair autour de Jakub Dobeš. Le vétéran entraîneur des Sabres n’avait visiblement pas apprécié les petits coups de bâton distribués par le gardien du Canadien après les sifflets. Ruff était même allé jusqu’à laisser entendre que, si c’était son gardien, il lui demanderait d’arrêter.
Le message était simple : selon lui, Dobeš flirtait dangereusement avec les limites et les arbitres devraient commencer à surveiller ça de plus près.
Martin St-Louis, lui, n’a jamais embarqué.
Sa réponse avait été froide et sans pitié.
« Tout ce qu’il fait, c’est compétitionner. Je ne pense pas trop à ce qu’il fait sur la patinoire. Je le laisse aller et être lui-même. »
À partir de ce moment, on a presque senti un renversement psychologique dans la série. Ce n’était plus Dobeš qui semblait déranger émotionnellement.
C’était Ruff lui-même.
Un entraîneur qui brassait déjà ses unités d’avantage numérique après un seul mauvais match. Un entraîneur qui parlait publiquement des arbitres. Un entraîneur qui semblait déjà chercher à contrôler le récit autour de la série.
Mais il vient peut-être aussi de donner exactement ce dont le Centre Bell avait besoin pour exploser encore plus fort.
Ruff essaie peut-être simplement de protéger ses jeunes joueurs. D’éviter qu’ils arrivent au Centre Bell avec les jambes molles en voyant les lumières, le bruit, le feu, le chaos.
Mais à force de vouloir banaliser l’expérience, il finit presque par envoyer le message inverse : celui d’un entraîneur qui sent le besoin de diminuer le monstre avant d’entrer dans sa tanière.
Et ça, à Montréal, ça finit rarement bien.
