Rupture à Long Island : Patrick Roy a tourné la page sur Anthony Duclair

Rupture à Long Island : Patrick Roy a tourné la page sur Anthony Duclair

Par André Soueidan le 2026-03-01

Long Island n’a jamais été un long fleuve tranquille depuis l’arrivée de Patrick Roy. Mais cette fois, ce n’est plus une simple tension. C’est une rupture froide, presque administrative.

Anthony Duclair n’a pas joué depuis le 3 février. Trois matchs consécutifs laissé de côté. Moyenne de 13 minutes 25 secondes par rencontre cette saison. Utilisé sporadiquement en avantage numérique.

Pas exactement le profil d’un joueur dans lequel un entraîneur croit profondément.

Et pourtant, c’était censé être une histoire différente.

À l’été 2024, Duclair avait choisi les Islanders pour rejoindre Roy. Un coach qu’il connaissait. Un coach qui l’avait dirigé plus jeune. Un environnement qui devait lui offrir stabilité et relance. Au lieu de ça, la relation a implosé publiquement le 1er avril 2025, quand Roy l’avait démoli en conférence de presse :

« Il était vraiment mauvais. Vraiment mauvais. Il était chanceux d’être dans la formation. »

Dans la LNH d'aujourd'hui, ce genre de phrase laisse des cicatrices. Roy s’est excusé plus tard. Mais une excuse n’efface pas une humiliation nationale.

Depuis, quelque chose s’est brisé.

Cette saison, Duclair a produit modestement : 12 buts, 26 points en 54 matchs. Ce n’est pas catastrophique. Ce n’est pas dominant non plus. Pour un salaire de 3,5 millions jusqu’en 2027-2028, c’est une production de troisième trio acceptable. Rien de plus.

Et c’est là que le malaise devient stratégique.

Les Islanders manquent d’espace sous le plafond salarial. Ils se considèrent comme des “soft buyers” à la date limite. Ils ont ajouté Carson Soucy. Ils ont ajouté Ondřej Palát. Ils veulent rester compétitifs. Selon David Pagnotta, l’organisation explore la possibilité d’échanger Duclair depuis le début de la saison.

Problème : clause de non-échange complète.

Duclair contrôle son destin.

S’il bouge, ce sera parce qu’il l’aura accepté.

Et c’est là que la question devient presque psychologique : veut-il encore jouer pour Roy?

D’un côté, Roy est entraîneur. Il se bat pour une place en séries. MoneyPuck leur donne environ 66 % de chances d’y parvenir. Dans ce contexte, aucun coach ne peut se permettre le favoritisme. Si un joueur ne cadre pas dans la structure, il coupe. Roy n’a jamais été un gestionnaire tiède. Il est intense, frontal, parfois brutal.

Quand il se détache d’un joueur, l’histoire montre que le lien ne se recolle pas facilement.

De l’autre côté, Duclair est un joueur émotif. Son historique parle pour lui : éclairs de génie, longues traversées du désert, confiance fragile. À Tampa, il avait explosé à la date limite en 2024. À Long Island, blessure, critiques publiques, instabilité. Aujourd’hui, il regarde les matchs du haut de la galerie.

Qui a trahi qui?

Roy dirait probablement qu’il a simplement exigé des standards.

Duclair pourrait penser qu’il n’a jamais vraiment retrouvé la confiance de son entraîneur après cet épisode public.

Et au milieu, il y a la réalité froide des affaires.

Les Islanders voudraient libérer de l’espace. Donner plus de minutes au jeune centre Calum Ritchie. Garder Anders Lee et Jean-Gabriel Pageau dans le portrait. Duclair devient la pièce la plus logique à déplacer.

Mais il tient la clé.

Accepter un nouveau départ maintenant?

Attendre le 1er juillet, quand sa clause deviendra partielle (16 équipes bloquées seulement)?

Ou rester, encaisser, et forcer Roy à composer avec lui?

C’est un bras de fer silencieux.

Roy ne peut pas publiquement avouer qu’il a tourné la page.

Duclair ne peut pas publiquement admettre que la confiance est morte.

Alors on assiste à ce qu’on voit depuis trois matchs : un effacement progressif.

Dans un vestiaire, ça se sent. Les joueurs comprennent rapidement quand un coach a mentalement déplacé quelqu’un hors du noyau. Ce n’est pas toujours une question de statistiques. C’est une question d’énergie, de regard, de ton.

Roy est un volcan. Il peut être inspirant, protecteur, galvanisant. Mais quand il coupe, il coupe net. Et quand un joueur devient périphérique dans sa tête, le retour est rare.

La tragédie ici, ce n’est pas le rendement. C’est la relation.

Duclair n’est pas un problème majeur. Il est un symptôme.

Un rappel que Roy ne fait pas dans la demi-mesure.

Un rappel aussi que Duclair a toujours eu besoin d’un environnement stable pour performer.

Aujourd’hui, Long Island semble être devenu un terrain neutre où deux hommes cohabitent sans véritablement se choisir.

Et à la date limite, tout le monde observe.

Si Duclair lève sa clause, on parlera de séparation mutuelle.

S’il reste, on parlera d’un mariage forcé.

Dans les deux cas, quelque chose est déjà terminé.

Reste à savoir si Roy a définitivement tourné la page… ou s’il attend simplement le bon moment pour la refermer.

À suivre ...