Le président de TVA Sports, Louis-Philippe Neveu, devrait se garder une petite gêne
Il y a quelque chose qui ne fonctionne tout simplement pas dans le discours triomphaliste du boss.
Oui, TVA Sports vient de signer une nouvelle entente de 12 ans pour conserver une partie extrêmement importante des droits francophones de la LNH.
La chaîne diffusera jusqu’à 350 matchs par année, dont 32 rencontres du Canadien en saison régulière, tous les matchs du CH en séries éliminatoires ainsi qu’une grande partie des séries de la Coupe Stanley. C’est une grosse nouvelle. Une énorme nouvelle, même.
Mais de là à entendre Louis-Philippe Neveu déclarer, presque comme si TVA Sports venait de découvrir un coffre rempli d’or, que « les assises financières de TVA Sports sont plus fortes que jamais »?
Minute.
Pour qui se prend-il?
Il faudrait peut-être revenir à la réalité financière de TVA Sports avant de commencer à lancer des confettis dans les studios.
Car la réalité, elle est beaucoup moins reluisante que les déclarations entendues jeudi.
TVA Sports a perdu plus de 240 millions de dollars au cours des 12 premières années de son contrat de diffusion de la LNH.
Et aujourd’hui, on nous demande pratiquement de croire que tout est réglé.
Que TVA Sports est soudainement devenue une forteresse financière.
Allons donc.
240 millions de dollars partis en fumée
C’est précisément là que le discours de Neveu devient difficile à avaler.
Louis-Philippe Neveu explique que le contexte est maintenant « beaucoup plus favorable ». Il affirme que les difficultés du passé ne sont pas uniquement attribuables aux mauvaises performances du Canadien. Il parle du rééquilibrage des taux de redevance, de la croissance de TVA Sports Direct, de la participation d’illico+ et du fait que les annonceurs continuent de s’intéresser au sport.
« Le sport va un peu à contre-tendance. Les annonceurs veulent annoncer dans le sport parce que ça se passe en direct », explique-t-il en substance.
Hum…
Personne n’a dévoilé publiquement combien Québecor paiera réellement pour cette nouvelle entente de 12 ans.
Et ce silence est probablement le détail le plus important de toute cette histoire.
Lors du précédent cycle de 12 ans, l’entente initiale de TVA Sports avec Rogers était de 720 millions de dollars.
Cette fois-ci?
Silence.
Personne ne donne le montant.
Et on peut comprendre pourquoi.
Car le monde des droits sportifs a complètement changé.
Rogers a renouvelé ses droits nationaux avec la LNH dans le cadre d’une entente de 12 ans évaluée à 11 milliards de dollars canadiens, à compter de 2026-2027.
Évidemment, TVA Sports n’achète pas l’ensemble des droits canadiens. Il s’agit d’une sous-licence pour les droits francophones.
Mais il faut arrêter de faire semblant que le prix des droits francophones est resté figé dans le temps.
Si la précédente entente représentait environ 720 millions de dollars sur 12 ans, on parle plutôt du double.
1,5 milliard de dollars au total.
Minimum 120 millions de dollars par année.
Elle diffusera davantage de matchs du Canadien en saison régulière qu’auparavant : 32 rencontres au lieu de 22, en plus de jusqu’à 350 matchs de saison régulière de la LNH par année et d’une couverture majeure des séries éliminatoires.
Le risque est énorme.
La facture est certainement énorme.
Et pendant ce temps, Groupe TVA coupe
Ça devient gênant.
Pendant que les dirigeants célèbrent l’avenir prometteur de TVA Sports, Groupe TVA a continué de subir des restructurations et des compressions majeures.
En novembre 2025, Groupe TVA a annoncé l’abolition de 87 postes et quarts de travail dans son secteur de la télédiffusion. L’entreprise avait alors elle-même reconnu une situation financière qui continuait de se détériorer, avec des pertes nettes cumulées de plus de 93 millions de dollars depuis janvier 2022.
Avant cela, Groupe TVA avait déjà procédé à une restructuration massive ayant touché 547 employés, soit environ 31 % de ses effectifs à l’époque.
On nous dit que tous les salariés de TVA Sports ont vu leur salaire être coupé de 30 % l’année passée.
Et ça pourrait être pire cette année.
On va encore demander aux employés de faire toujours plus avec moins.
Ça sent le cauchemar financier dans cinq ou six ans.
Louis-Philippe Neveu affirme que Québecor a été responsable pendant les négociations.
« Quand tu signes un contrat de 12 ans, tu dois être capable de te projeter dans le temps », explique-t-il.
Et de sous-payer tes employés, que tu traites comme des gens de la télé communautaire.
Louis-Philippe Neveu peut célébrer.
Pierre Karl Péladeau peut parler de « confiance, stabilité et ambition ».
Québecor peut présenter cette entente comme une victoire historique.
La défaite appartient à ses employés… qui vont être payés des peanuts…
