En cette journée importante consacrée à la santé mentale au Canada (Bell cause pour la cause), Martin St-Louis a livré l’une de ses réflexions les plus senties depuis son arrivée derrière le banc du Canadien.
Questionné sur l’évolution du regard porté sur la santé mentale depuis ses années comme joueur jusqu’à aujourd’hui, l’entraîneur-chef a élargi le débat bien au-delà du hockey.
« Je pense que ce n’est pas juste dans le sport, a-t-il expliqué. Je pense que c’est une évolution dans la société présentement. Il y a bien longtemps, ces sentiments-là restaient internes avec la personne. Il fallait être là, pas mal tout seul. C’était beaucoup plus difficile à faire. »
St-Louis a ensuite insisté sur le changement fondamental dans la façon dont on aborde aujourd’hui ces enjeux, parlant d’ouverture, de conversations et de responsabilité collective.
« À ce temps-là, c’est plus ouvert. Notre cerveau, des fois, c’est comme un muscle ou quelque chose qu’il faut réparer. Ça prend des conversations, ça prend de la vérité, il faut que tu t’ouvres. »
Selon lui, cette évolution n’est pas uniquement bénéfique pour les athlètes, mais pour l’ensemble de la société.
« Je pense que notre société est dans une bonne place là-dedans pour aider les gens, pas juste les athlètes. On est plus responsables. On comprend plus. On est plus éduqués là-dessus aussi. Et ça aide tout le monde. »
Pourtant, sur les réseaux sociaux, tout le monde se souvient de son traitement humain... envers Jonathan Drouin.
Ce fameux jour où le Québécois a été cloué au banc pendant 60 minutes en mars 2023, le temps s’est arrêté à Montréal. Littéralement.
Pas à cause d’un revers cinglant, pas à cause d’une controverse d’arbitrage, mais à cause d’un geste lourd de sens : un entraîneur-chef qui décidait d’humilier publiquement un joueur québécois déjà fragilisé, pour avoir manqué un meeting d’équipe.
Aujourd’hui, Martin St-Louis parle de santé mentale avec des mots justes. Avec empathie. Avec recul. Et ses propos résonnent dans une ligue qui a changé, dans une société qui évolue.
Mais sur les réseaux sociaux, une question refuse de mourir : si Martin St-Louis croit autant à l’importance de la santé mentale aujourd’hui… pourquoi a-t-il puni Jonathan Drouin comme il l’a fait en 2023?
Martin St-Louis a soigneusement évité de replonger dans cet épisode. Interrogé par les journalistes, il a décliné tout commentaire sur sa décision controversée de l’époque. Il ne voulait pas raviver ce moment sombre. Il voulait regarder vers l’avant.
Puis, St-Louis est allé encore plus loin, évoquant leur relation passée :
« Je suis heureux de notre relation, de ce que j’ai fait pour l’aider, et de comment il s’est comporté ici avec nous. On fait toujours face à de l’adversité dans n’importe quoi, et je suis heureux pour Jo, de le voir passer à l’autre étape. Si tu lâches, tu garantis une seule chose : c’est que tu n’auras pas ce que tu veux. »
Ces paroles ont surpris. Ému certains. Choqué d’autres.
Parce qu’en entendant St-Louis parler ainsi, plusieurs partisans ont eu l’impression d’un décalage troublant entre le discours d’aujourd’hui… et les gestes d’hier.
Revenons aux faits.
Jonathan Drouin avait été laissé sur le banc pendant un match complet. Pas blessé. Pas puni pour une mauvaise performance. Pas sanctionné pour une erreur coûteuse. Il avait seulement manqué une rencontre d'équipe.
À l’époque, aucune explication détaillée n’avait été fournie. Des rumeurs avaient circulé. Drouin avait affirmé que son cadran n'avait pas sonné.
La vérité exacte n’a jamais été confirmée. Et c’est précisément ce silence qui a amplifié le malaise.
Parce que Jonathan Drouin n’était pas un joueur ordinaire. Il revenait de loin. Il avait déjà quitté l’équipe pour des raisons de santé mentale. Il avait publiquement parlé de son anxiété, de ses problèmes de sommeil, de la pression écrasante à Montréal.
Et malgré tout cela, la sanction avait été publique, radicale, sans nuance.
Ce jour-là, les regards dans le Centre Bell ne se tournaient pas vers Drouin. Ils se tournaient vers Martin St-Louis.
Même ceux qui le connaissaient comme un coach humain, empathique, moderne, étaient mal à l’aise.
Aujourd’hui, Martin St-Louis parle d’une société qui a évolué. Et il a raison.
La LNH parle davantage de santé mentale. Les joueurs osent plus. Les entraîneurs ajustent leurs approches. Les mots ont changé.
Mais les gestes, eux, laissent des traces.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs se demandent si St-Louis lui-même a réévalué ce moment. S’il referait la même chose aujourd’hui. S’il reconnaît, intérieurement au moins, que cette punition a peut-être été trop loin.
Car même si la polémique s’estompe avec le temps, cet épisode restera gravé dans l’histoire montréalaise de Jonathan Drouin.
Ce qui dérange aujourd’hui, ce n’est pas que Martin St-Louis soit heureux pour Jonathan Drouin et sa santé mentale. C’est légitime. Humain. Souhaitable.
Ce qui dérange, c’est cette impression qu’il tente, consciemment ou non, de se réapproprier une partie du succès de Drouin, comme si le chemin avait été linéaire, constructif, bienveillant du début à la fin.
Or, pour beaucoup, ce n’est pas le souvenir qui domine.
Le souvenir qui reste, c’est celui d’un joueur humilié publiquement, assis seul sur le banc, pendant que tout le Québec regardait. Un moment qui a marqué un point de rupture. Un moment qui, pour certains, a précipité la fin de Drouin à Montréal.
Jonathan Drouin, lui, n’a jamais ravivé la polémique. Il a avancé. Il a rebondi. Il a trouvé un environnement plus favorable sous Patrick Roy à Long Island, malgré ses difficultés. passées. Il continue de briller ailleurs, mettant en lumière sa résilience et sa capacité à surmonter les obstacles.
Mais pour les partisans, une question demeure suspendue dans l’air montréalais :
Si Martin St-Louis croit aujourd’hui autant à la santé mentale, à l’empathie et à l’évolution humaine… pourquoi Jonathan Drouin n’y a-t-il pas eu droit pleinement à l’époque?
Peut-être que St-Louis a appris.
Peut-être que lui aussi a évolué.
Peut-être que ce moment l’a marqué davantage qu’il ne le laisse paraître.
Mais tant que cette réflexion ne sera pas assumée clairement, cette contradiction continuera de hanter son passage derrière le banc du Canadien.
Parce qu’en matière de santé mentale, les gestes parlent toujours plus fort que les mots.
