Hier soir, un simple ajustement d’alignement a raconté beaucoup plus qu’un match.
La victoire de 4-2 du Canadien contre Buffalo vient-elle de confirmer une signature surprise à Montréal?
Parce qu’au-delà du score, au-delà du remplacement temporaire d’Alexandre Texier parr Kirby Dach sur le premier trio, tout ce qui s’est dit après la rencontre donne l’impression très nette que le Canadien de Montréal est en train de faire quelque chose de précis avec Kirby Dach : le repositionner… et peut-être même nous préparer à la suite.
Tout le monde croyait que Dach vivait ses derniers mois à Montréal. Blessures à répétition, progression constamment interrompue, statut de joueur autonome avec compensation qui approchait, valeur marchande floue.
Pendant longtemps, la logique voulait que le Canadien tente de le monnayer tant qu’il restait encore quelque chose à vendre. Or, depuis quelques matchs, et surtout depuis ce duel contre les Sabres, le discours a changé. Radicalement.
Dach devait amorcer la soirée sur le quatrième trio. Il l’a appris en fin d’après-midi : il allait plutôt remplacer Texier à la droite de Nick Suzuki et de Cole Caufield.
Une décision que Martin St-Louis a qualifiée de « facile ». Et sur la glace, même si tout n’a pas été parfait, le numéro 77 a fait exactement ce qu’on attendait de lui dans ce contexte : jouer lourd, protéger la rondelle, gagner des batailles et simplifier le jeu.
Le CH est à la recherche d'un ailier de puisance robuste sur le marché des transactions. La vérité est qu'ils l'ont déjà en leur possession.
Il s’est d’abord signalé de manière subtile sur le but égalisateur, étant parfaitement positionné pour recevoir la tentative de passe de Noah Dobson, finalement déviée par Caufield.
Mais sa séquence la plus parlante est survenue sur le but gagnant. Échec avant agressif, bataille gagnée au fond du territoire contre Michael Kesselring, rondelle récupérée et remise rapide vers Suzuki, qui a immédiatement repéré Caufield dans l’enclave pour le but gagnant.
MONSIEUR SAMEDI SOIR
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) February 1, 2026
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« Un gros jeu au bon moment », a résumé Suzuki après la rencontre.
Et ce n’est pas une citation isolée. Nick Suzuki a été très clair sur l’état d’avancement de Dach :
« Il bâtit graduellement son jeu depuis qu’il est revenu dans la formation. Il a été longtemps absent, et avant cela, il se remettait d’une opération [au genou]. Il ne va pas retrouver tous ses moyens en quelques matchs. Mais déjà, il se rend dans de meilleurs endroits, il lit mieux le jeu… Ça prend du temps avant que ces choses reviennent. »
Du temps, justement, le personnel d’entraîneurs semble prêt à lui en donner. Dach n’a joué que 12 minutes 29 secondes, principalement à cinq contre cinq, mais chaque présence avait un but clair.
Et les améliorations sont visibles : plus solide en possession, plus impliqué physiquement, plus discipliné loin de la rondelle. Il avait déjà récolté deux points contre l’Avalanche; il vient maintenant de confirmer contre Buffalo, une équipe dominante à domicile.
Dach, de son côté, refuse de se faire coller une étiquette réductrice de plombier qui frappe. Oui, il joue physique. Oui, il est fier de ce volet de son jeu. Mais il ne veut pas être perçu uniquement comme un spécialiste de l’échec avant.
« Je ne crois pas que les blessures vont changer la manière dont je joue, même si je sais qu’il y a parfois des façons d’être plus intelligent et d’éviter les décisions idiotes », a-t-il dit en souriant, en montrant les points de suture sur ses doigts.
« Autrement, je ne vais rien changer à mon jeu physique. C’est ce qui m’aidera à long terme, et j’en tire beaucoup de fierté. »
Il a aussi insisté sur la simplicité qui a fait le succès du trio :
« Quand on a connu du succès avec ces gars-là dans le passé, c’est parce qu’on ne complexifiait pas les choses. On a gagné des batailles, envoyé des rondelles vers le filet. Comme trio, je retiens qu’on a fait de bonnes choses défensivement, qu’on a bien suivi nos couvreurs et qu’on a bien joué en zone neutre. »
St-Louis a abondé exactement dans le même sens :
« Je vois une belle progression dans son jeu loin de la rondelle. Il joue à l’intérieur de nos règlements, il est très engagé. Même contre le gros trio adverse, il a été très alerte dans ses tâches défensives. »
Pris ensemble, ces propos ne ressemblent pas à un simple coup de chapeau passager. Ils ressemblent à un discours construit. Répété. Cohérent. Et c’est là que la question du contrat devient impossible à ignorer.
Dach gagne actuellement 3,362 M$ et deviendra joueur autonome avec compensation. Il sort de quatre saisons marquées par les blessures, les interruptions, l’infirmerie. S’il veut une sécurité à long terme, il devra forcément accepter une réalité : il ne peut pas exiger une augmentation.
La vraie question est ailleurs. Est-ce que le Canadien va tenter de le signer à rabais, sur un contrat pont? Ou même à salaire égal, mais sur plusieurs années, en pariant que le corps suivra enfin?
C’est là que ça devient fascinant. Quand on se rappelle ce que Kent Hughes a sacrifié pour acquérir Dach, notamment le choix qui est devenu Frank Nazar, on comprend mieux pourquoi l’organisation hésite à simplement tourner la page.
Tout indique que Montréal n’est plus seulement en mode « vitrine pour transaction ». Certains à l’interne commencent clairement à envisager la prolongation comme une option réelle. Une surprise, oui. Mais une surprise qui prend forme.
Bien sûr, il y a encore ceux qui pensent que le Canadien le met en valeur pour l’inclure dans une transaction pour un ailier de premier trio.
Le nom de Jordan Kyrou à Buffalo circule, mais son profil plus soft ne correspond pas exactement à ce que le CH recherche. Et surtout, le ton autour de Dach ne cadre plus avec celui d’un joueur sur le point d’être expédié.
Tout le monde pensait que Kirby Dach allait partir. Or, plus les matchs passent, plus les citations s’accumulent, plus on a l’impression inverse : le Canadien est peut-être en train de se conditionner… et de nous conditionner… à l’idée qu’il fait encore partie du futur.
Ce serait un pari. Un pari risqué. Mais à Montréal, on est clairement en train de se demander si ce pari vaut mieux qu’un échange précipité. Et rien que ça, il y a quelques semaines à peine, aurait semblé impensable.
