Pendant des années, Brendan Gallagher a été l’un des rares joueurs intouchables à Montréal. Pas intouchable au sens hockey, mais au sens émotionnel.
Un joueur qu’on critiquait rarement, parce qu’on savait tout ce qu’il avait donné au chandail des Canadiens de Montréal. Un joueur qui jouait blessé, qui se faisait frapper, qui se relevait, qui revenait au filet encore et encore.
Mais à Montréal, même les héros finissent par être rattrapés par la réalité.
Et en ce moment, ce qui est frappant, ce n’est même plus la baisse de régime de Brendan Gallagher. Ce qui frappe, c’est la patience qui semble être en train de disparaître partout autour de lui.
Pendant longtemps, le Québec médiatique a protégé Gallagher. On parlait de son cœur, de son courage, de sa loyauté. On expliquait ses difficultés par les blessures, par l’usure, par les sacrifices. On lui donnait le bénéfice du doute, saison après saison.
Aujourd’hui, ce ton-là est en train de changer.
À BPM Sports, le sujet est devenu carrément un débat. Dans l’émission Le Club du Matin, la question n’était même plus subtile : est-ce que Brendan Gallagher doit être retiré de l’alignement?
Est-ce le temps de reposer Brendan Gallagher? 😓 pic.twitter.com/sAz0VvNeyD
— BPM Sports (@BPMSportsRadio) March 9, 2026
Et ce qui est frappant, c’est que les intervenants n’étaient pas divisés.
Ils étaient tous d’accord.
Pour eux, Gallagher n’apporte presque plus rien offensivement. Quelques matchs corrects ici et là, mais plus d’explosion, plus d’impact constant. Le joueur qui autrefois changeait l’énergie d’un match semble aujourd’hui patiner avec le réservoir vide.
Et pendant ce temps, certaines décisions deviennent de plus en plus difficiles à expliquer.
Comment Brendan Gallagher peut-il encore se retrouver sur la deuxième vague de l’avantage numérique?
Comment un joueur comme Oliver Kapanen peut être laissé de côté dans certaines situations offensives alors qu’il produit davantage?
Comment justifier que Gallagher occupe encore une chaise dans un alignement où des joueurs comme Alexandre Texier, Joe Veleno ou même Patrik Laine pourraient offrir plus de production?
Pendant ce temps, certains joueurs regardent la situation et doivent trouver ça difficile à avaler.
Imaginez ce que peut ressentir Alexandre Texier. Un joueur capable d’apporter de la vitesse, de l’énergie, une certaine créativité offensive… et qui se retrouve à l’écart pendant que Gallagher conserve sa chaise dans la formation.
Imaginez aussi Joe Veleno. Un joueur plus jeune, plus rapide, capable de jouer avec rythme dans la LNH moderne. Lui aussi voit parfois son rôle anéanti pendant que le vétéran garde sa place.
Cette situation crée un malaise silencieux dans une chambre.
Selon ce qui circule discrètement dans les coulisses, le malaise ne serait pas seulement médiatique ou populaire. À l’interne aussi, certains commenceraient à trouver la situation difficile à comprendre.
Quelques joueurs se demanderaient tout de même jusqu’à quand l’organisation pourra continuer à protéger son rôle dans l’alignement.
Dans un vestiaire où plusieurs savent qu’ils peuvent offrir plus de vitesse et d’impact sur la glace, l’idée d’un rachat de contrat commencerait même à être évoquée à voix basse par certains.
Personne ne va attaquer Brendan Gallagher publiquement. Les joueurs le respectent trop pour ça. Il a payé le prix pendant des années, il a gagné ce respect. Mais dans une équipe professionnelle, les joueurs savent aussi reconnaître quand les décisions sportives deviennent difficiles à comprendre.
Et c’est là que la tension commence à apparaître.
Parce que dans un vestiaire, tout le monde voit la même chose : qui patine, qui produit, qui suit le rythme… et qui ne le suit plus.
Ce n’est plus seulement un débat de partisans.
C’est devenu un sujet dans tout l’écosystème médiatique.
À RDS, à TVA Sports, à la radio anglophone et francophone, la même question revient : est-ce que le Canadien est rendu ailleurs?
Parce que l’équipe n’est plus en reconstruction.
Elle veut gagner.
Et quand une équipe veut gagner, les postes dans la formation doivent être mérités.
C’est là que le cas Gallagher devient extrêmement délicat.
Personne ne remet en question ce qu’il a fait pour l’organisation. Personne ne conteste son courage. Personne ne nie qu’il a été une icône de cette équipe pendant plus d’une décennie.
Mais le hockey reste un sport brutal.
Et brutalement honnête.
Les jambes ralentissent.
Les collisions coûtent plus cher.
Les accélérations disparaissent.
Et dans la LNH moderne, rapide, explosive, impitoyable, chaque demi-seconde compte.
Le problème, dans le cas Gallagher, c’est aussi son contrat.
Son salaire de 6,5 millions de dollars pèse sur la masse salariale jusqu’au 1er juillet 2027. Et dans un contexte où le Canadien devra bientôt payer ses jeunes vedettes, chaque dollar compte.
C’est pour cette raison que l’idée d’un rachat commence à circuler de plus en plus ouvertement.
L’avocat sportif Eric Macramalla en a parlé sur les ondes de TSN 690 : oui, techniquement, un rachat de contrat serait possible.
Et contrairement à ce que plusieurs imaginent, ce ne serait pas catastrophique financièrement.
Si le Canadien rachetait Gallagher cet été, l’organisation devrait payer 67 % de son salaire réel, qui est de 4 millions de dollars pour la dernière année de son contrat.
Sur la masse salariale, l’impact serait le suivant :
En 2026-2027, la charge passerait à environ 3,83 millions de dollars, soit une économie de près de 2,67 millions par rapport au cap hit actuel.
Puis en 2027-2028, il resterait une pénalité de 1,33 million sur la masse, alors que le contrat serait déjà terminé.
Autrement dit : ce ne serait pas gratuit, mais ce ne serait pas non plus une catastrophe financière.
Le vrai dilemme n’est donc pas économique.
Il est moral.
Brendan Gallagher est un joueur qui saigne littéralement bleu-blanc-rouge. Un joueur qui a donné 14 ans de sa carrière à cette organisation. Un joueur que les partisans ont adoré.
Le Canadien doit donc choisir entre deux chemins.
La loyauté.
Ou la performance.
Parce qu’il existe aussi une autre dimension dans ce dossier.
Les fameux 1000 matchs.
Si Gallagher dispute tous les matchs d’ici la fin de son contrat, il pourrait atteindre ce plateau symbolique avec le Canadien. Une marque historique que plusieurs organisations respectent profondément.
Mais la question que plusieurs commencent à poser au Québec est brutale :
Est-ce que cette marque de respect vaut la peine de ralentir une équipe qui veut redevenir une puissance dans la LNH?
Voilà le vrai débat.
Et il est loin d’être simple.
Parce que Brendan Gallagher n’est pas seulement un contrat.
C’est une partie de l’histoire récente du Canadien.
Mais dans une ligue qui avance à toute vitesse, même les chapitres les plus glorieux finissent par se refermer.
Et à Montréal, pour la première fois depuis longtemps, même les médias qui l’ont défendu pendant des années commencent à se demander si ce moment-là n’est pas arrivé.
