À Philadelphie, le dossier Matvei Michkov est rendu tellement lourd qu’il force désormais le directeur général Daniel Brière à sortir de l’ombre… pour calmer l’incendie.
Mardi soir, à peine quinze minutes avant le match contre Washington, Brière s’est présenté devant les médias dans une disponibilité improvisée. Pas prévue. Pas planifiée. Une intervention d’urgence. Le message était limpide : assez, c’est assez.
Depuis plusieurs semaines, les commentaires répétés de l’entraîneur-chef Rick Tocchet sur la condition physique de Michkov ont alimenté un tourbillon médiatique.
Tocchet a dit, redit et martelé que son ailier russe n’était pas arrivé au camp en bonne forme, qu’il avait du mal à gagner ses batailles, qu’il devait améliorer son jeu le long des bandes, et que « ce que tu manges, ça compte… c’est tout ».
À force d’être répété publiquement, le message a fini par faire dérailler la conversation. On ne parlait plus seulement de développement. On parlait de rupture. De relation entraîneur-joueur fragilisée. De valeur marchande. Et, inévitablement, de rumeurs de transaction.
Brière a donc pris la parole.
Visiblement irrité par les rumeurs, le DG des Flyers a tenu à remettre les pendules à l’heure.
« Rick Tocchet veut que Matvei réussisse. Il veut en faire le meilleur joueur possible. En cours de route, il y a des leçons difficiles à apprendre. »
Puis il a insisté sur la relation entre les deux hommes :
« Rick et Matvei ont une bonne relation. Parfois, ça peut être intense. Parfois, quand on ne gagne pas, des choses sont dites. Mais ils reviennent toujours à la table. Ils veulent le meilleur pour l’équipe, et Rick veut le meilleur pour Matvei. »
Ce n’était pas une défense molle. C’était un rappel ferme : Tocchet ne cherche pas à briser Michkov. Il cherche à le pousser.
Mais Brière savait très bien pourquoi il était là. Parce que les rumeurs avaient franchi un seuil. Il a perdu patience devant les caméras.
« Matvei Michkov ne s’en va nulle part »
Et là, le DG a coupé court à tout.
« Une chose que je peux vous dire, c’est que Matvei Michkov ne s’en va nulle part. Qu’on soit clairs. Matvei va être ici longtemps. Il va être un bon joueur pour les Flyers. Ce qu’il vit présentement fait partie du processus d’apprentissage. »
Fin de la discussion. Rideau sur les scénarios d’échange.
Cette déclaration, Brière ne l’a pas faite par plaisir. Il l’a faite parce que le bruit devenait ingérable.
Une saison qui a fait naître le doute
Il faut dire que la chute statistique alimente tout. Après une saison recrue de 63 points en 80 matchs, Michkov plafonne maintenant à 28 points en 53 rencontres.
Son temps de glace moyen est passé d’environ 16:40 à un peu plus de 14 minutes. Il n’est plus un pilier du premier avantage numérique. Il a été déplacé à l’aile gauche. Il se retrouve maintenant souvent sur le troisième trio avec Bobby Brink et Noah Cates.
Et surtout, Tocchet n’a jamais cessé de revenir sur le même point : la préparation physique initiale.
Michkov lui-même l’avait reconnu en novembre :
« Pour la première fois de ma vie, j’ai pris quatre mois sans hockey. L’entraînement n’était pas le même. »
Brière l’a confirmé à son tour :
« Il a admis qu’il n’était pas dans la meilleure forme physique en arrivant. Ce sera difficile de rattraper le temps perdu. Il est en meilleure forme qu’au camp, mais malheureusement, tout le monde est aussi en meilleure forme. Avec le calendrier et les déplacements, c’est dur de revenir au même niveau. Il va faire ce travail durant la saison morte. »
En coulisses, on parle de cardio à rebâtir, de masse musculaire à retrouver, d’un corps qui a dû d’abord perdre du poids avant de pouvoir retravailler la force. Un processus long. Ingrat. Et visible sur la glace.
À cela s’ajoutent des séquences coûteuses : changements mal chronométrés, affectations défensives ratées, revirements en zone offensive. Sur un récent voyage, Michkov s’est perdu sur le but gagnant de Columbus, puis est sorti trop tôt lors d’un changement à Boston, menant directement à un filet des Bruins.
Brière n’a pas cherché d’excuses :
« On savait qu’il y aurait des bosses sur la route. Et c’est exactement ce qui se passe. »
Comme si le contexte n’était pas déjà assez électrique, les réseaux sociaux ont ajouté leur couche de chaos.
Du côté des partisans du Canadiens de Montréal, certains se sont mis à narguer Philadelphie : et si on échangeait David Reinbacher contre Michkov?
Le vieux débat du repêchage 2023 est revenu à pleine vitesse. Montréal avait choisi David Reinbacher au cinquième rang, laissant Michkov glisser au 7e rang. Depuis, chaque difficulté du Russe rallume la discussion.
À Philadelphie, on n’a jamais officiellement admis quoi que ce soit. Mais dans les cercles de la ligue, on sait que si les Flyers avaient détenu ce cinquième choix, Brière aurait très sérieusement considéré Reinbacher avant Michkov. Défenseur droitier, profil structurant, moins risqué culturellement.
Quand les rumeurs ont recommencé à circuler (Montréal chercherait un ailier de premier trio), Philadelphie aimerait un défenseur, Brière a vu rouge. D’où sa sortie publique.
C’est ça, le vrai drame.
Les Flyers ont misé gros sur Michkov. Ils ont bâti une partie de leur reconstruction autour de lui. Alors quand il vacille, tout vacille.
Brière le sait : si Michkov ne devient pas une vedette durable, le projet s’écroule. C’est pour ça qu’il ne peut pas le sacrifier. C’est pour ça qu’il a dû intervenir. Et c’est pour ça qu’il martèle qu’il restera.
« Matvei est un jeune homme fort de caractère. Il n’a que 21 ans. Il a vécu beaucoup de choses. On croit qu’il va s’en sortir. Et je sais à quel point il est motivé. Il veut devenir le meilleur joueur possible. »
Daniel Brière n’a pas simplement répondu à des questions cette semaine.
Il a tiré la ligne.
Il a rappelé que Rick Tocchet n’est pas un bourreau, mais un entraîneur exigeant.
Il a confirmé que Michkov traverse une phase difficile, physique autant que mentale.
Et surtout, il a fermé la porte à toute spéculation :
Matvei Michkov est un Flyer. Point final.
Reste maintenant à voir si le jeune Russe saura transformer cette saison chaotique en véritable leçon. Parce qu’à Philadelphie, la patience existe encore, mais elle commence sérieusement à coûter cher.
En attendant, Michkov doit se rappeler de la première étape: refuser le prochain Big Mac. Car comme le dit son coach, tout part de ce que tu mets dans ton ventre...
