Le compte à rebours est enclenché et, à 48 heures du gel olympique des transactions, le dossier Patrik Laine est devenu un point de rupture à l’intérieur même de l’écosystème du Canadiens de Montréal.
On n’est plus dans la nuance, ni dans la gestion à long terme. On est dans l’urgence. Et ça se sent partout : dans les réponses écourtées, dans les regards fuyants, dans la tension palpable autour de l’équipe.
Depuis plusieurs jours, tout converge vers la même conclusion : Montréal veut régler ce dossier avant le gel. Pas après. Pas « quand on traversera le pont », comme le ment si bien Martin St-Louis.
Maintenant. Parce que plus le temps passe, plus la situation devient intenable. Laine patine. Il s’entraîne. Il est visible. Il est impliqué. Et pourtant, il ne joue pas. Cette contradiction, l’organisation tente encore de l’enrober, mais elle ne passe plus.
Et c’est précisément là que Martin St-Louis apparaît à bout. Pas seulement fatigué. Tanné. Tanné de répondre aux mêmes questions. Tanné de devoir porter un discours qui n’est visiblement plus aligné avec ce que tout le monde voit sur la glace.
Tanné, surtout, de servir de bouclier à une décision de gestion qui ne relève pas de lui, mais dont il encaisse seul les impacts médiatiques.
Chaque point de presse devient un exercice de contorsion. Chaque question sur Laine est accueillie avec crispation.
Martin St-Louis fait sentir aux journalistes que les questions sont mauvaises, mais la réalité est qu’elle touche exactement là où ça fait mal : l’écart grandissant entre le discours officiel et la réalité observable.
À ce stade-ci, on ne parle plus d’un joueur « pas prêt ». On parle d’un joueur sans chaise dans l’alignement, coincé dans une zone grise que l’organisation tente de maintenir jusqu’à ce qu’une transaction se matérialise.
Et cette transaction, tout indique qu’elle est activement recherchée. Le message qui circule en coulisses est clair : le Canadien pousse. Il parle. Il négocie. Il promet. Il tente de trouver une porte de sortie qui permette de protéger l’alignement, la gestion du plafond salarial et, accessoirement, l’image de l’organisation.
Le problème, c’est que plus on approche du gel, plus la pression monte. Sur les dirigeants. Sur l’entraîneur. Sur le joueur.
Ce qui rend le tout encore plus délicat, c’est le facteur humain. Laine ne fait pas de vagues. Son agent n’a pas encore formellement bougé.
L’Association des joueurs observe, mais n’intervient pas. Tout le monde joue le jeu… pour l’instant. Mais cette patience a une limite. Et chaque journée supplémentaire sans résolution alimente le malaise plutôt que de l’apaiser.
Il y a quelque chose de profondément cruel dans la façon dont le CH gère ce dossier.
Tout l’été, Laine est resté à Montréal. Il s’est entraîné à Brossard. Jour après jour. Loin des caméras. Loin du bruit. Il répétait la même chose à qui voulait l’entendre : il était enfin en santé, enfin libéré physiquement, enfin prêt à redevenir la meilleure version de lui-même.
Il parlait de maturité. De constance. De rédemption. Il savait que sa réputation le précédait, mais il croyait sincèrement que Montréal pouvait être l’endroit où tout repartirait.
Et pourtant, même avant de tomber au combat après cinq matchs, il était déjà en trop.
Déjà mal positionné. Déjà sans rôle clair. Déjà relégué à un usage qui ne correspondait ni à son profil ni à ses forces. Déjà coincé dans une équipe qui avançait dans une autre direction, avec ou sans lui.
La blessure n’a pas créé le problème. Elle l’a simplement figé dans le temps.
Aujourd’hui, ce que Laine demande n’est pas extravagant. Il ne réclame pas un premier trio garanti. Il ne demande pas un traitement de faveur. Il veut jouer. Il veut montrer qu’il peut encore être utile. Parce qu’au fond, ce dossier dépasse le Canadien : c’est sa carrière dans la LNH qui est en jeu.
À 26 ans, Laine se retrouve dans une position où chaque match compte pour son avenir. Il est en fin de contrat. Il n’a plus le luxe d’attendre une autre saison pour se repositionner. Il a besoin de séquences. De présence. De statistiques. De preuves tangibles pour convaincre une autre organisation de lui donner un prochain contrat.
Pendant que la ligue entière observe le dossier Artemi Panarin, pendant que des équipes se positionnent, Laine devient, presque malgré lui, un plan B silencieux.
Le Canadien sait qu’il ne fait plus partie du plan. Les équipes savent qu’il est disponible. L’agent sait que le temps presse. La ligue observe. Et Laine, lui, attend. En santé. En uniforme d’entraînement. En sachant très bien que chaque jour sans jouer rapproche un peu plus la question que personne n’ose encore poser publiquement : est-ce qu’on est en train d’assister à la fin de Patrik Laine comme joueur régulier dans la LNH?
À 48 heures du gel, le Canadien n’a plus le luxe de faire semblant. Soit une transaction se concrétise, soit l’organisation devra assumer pleinement une décision qui, jusqu’ici, a été soigneusement évitée : reconnaître publiquement que ce dossier n’est plus médical, mais bien humain.
On ne veut plus de Laine le joueur de hockey... et on veut encore moins l'être humain dans le vestiaire.
En attendant, Martin St-Louis continue de faire ce qu’il peut : coacher les joueurs qu’il a sous la main, répondre sans répondre, et absorber une tension qui ne devrait jamais reposer uniquement sur ses épaules.
La fin approche. Et quoi qu’il arrive, une chose est certaine : le dossier Patrik Laine ne pourra pas être gelé éternellement.
Tic-tac-tic-tac...
