Il y a quelque chose qui se dessine très clairement chez les Canadiens de Montréal depuis quelques mois : l’organisation est en train d’empiler les gardiens. Pas par accident. Par conviction. Et plus la saison avance, plus ça devient évident, cette accumulation finit inévitablement par pointer dans une seule direction.
Vers un été très inconfortable pour Samuel Montembeault.
Parce que pendant que Montréal vit la montée fulgurante de Jakub Dobeš, prépare tranquillement l’arrivée de Jacob Fowler, et confie maintenant le développement à un Marco Marciano en mode guerrier, un autre nom refait surface dans l’organigramme, presque en silence, mais avec un poids énorme : Emmett Croteau.
On l’avait presque oublié.
Et pourtant.
Repêché en 2022, Croteau a été le tout premier gardien sélectionné par le groupe Hughes-Gorton-Lapointe-Bobrov. Pas Dobeš.
Pas Fowler. Lui. Un grand bonhomme athlétique, intuitif, ultra compétitif, qui avait attiré l’attention par son gabarit et sa mobilité. Mais après une première année universitaire sabotée par les blessures, son parcours semblait dérailler.
Aujourd’hui, il revient par la grande porte.
À Dartmouth, après son transfert, Croteau affiche une fiche de 10-3-1, une moyenne de buts alloués autour de 1,70 et un taux d’efficacité flirtant avec ,930. On parle maintenant de lui dans les cercles NCAA pour le trophée Mike Richter, remis au meilleur gardien du circuit.
Ce n’est pas un hasard.
Croteau lui-même explique à TVA Sports qu’il vient de vivre son premier été d’entraînement complet depuis longtemps. Nutrition, sommeil, préparation physique : il a tout monté d’un cran. Son entraîneur parle d’une transformation corporelle complète, d’un athlète devenu méthodique, structuré, beaucoup plus rigoureux dans son approche quotidienne.
Ç'a été le 1er gardien repêché sous l'ère Gorton-Hughes et Lapointe-Bobrov. Puis on l'a oublié.
— Nicolas Cloutier (@NCloutierTVA) February 10, 2026
Emmett Croteau est en pleine éclosion cette saison devant le filet de Dartmouth College.
Vincent Riendeau et Marco Marciano continuent à le surveiller de près.…
Et surtout : plus mature.
Parce que le talent n’a jamais été le problème. C’était l’émotion. L’intensité brute. Ce feu intérieur qui débordait parfois, au point d’amener un nombre anormal de minutes de pénalité pour un gardien. Aujourd’hui, il apprend à canaliser ça. À rester dans le moment. À jouer avec un sourire, littéralement, comme il l’a raconté après avoir stoppé sept tireurs consécutifs en fusillade un soir de janvier.
Ce n’est plus un projet brouillon.
C’est un projet qui prend forme.
Des recruteurs indépendants voient maintenant en lui, au minimum, un futur gardien solide de Ligue américaine. Dans un scénario optimiste, un auxiliaire crédible dans la LNH. Pour un choix tardif, c’est une valeur énorme de savoir qu'il va devenir professionnel.
Son entraîneur des gardiens à Dartmouth, Jason Tapp, confirme la transformation au journaliste Nicolas Cloutier :
« Em est devenu beaucoup plus rigoureux dans son approche. Il n’avait pas pu s’entraîner pleinement les deux étés précédents. Il a littéralement reconstruit son corps. »
Ultra compétitif de nature, Croteau reconnaît avoir dû apprendre à mieux gérer ses émotions, un aspect qui lui avait coûté cher plus tôt dans sa carrière, avec un nombre inhabituel de minutes de pénalité pour un gardien.
« Ça brûle à l’intérieur de lui », résume Tapp, qui parle d’une fine ligne entre intensité et débordement.
Le jeune portier travaille aussi régulièrement avec Jen Wheaton, une spécialiste en méditation qui a déjà accompagné Carey Price.
Croteau explique qu’elle l’aide à rester présent dans le moment :
« Je lui parle sur une base mensuelle. Il y a un moi sur la glace, un autre à l’extérieur, mais il faut un équilibre entre les deux. Je dois être dans l’instant et avoir du plaisir. »
Un recruteur de la USHL, qui était jadis sceptique, observe aujourd’hui une nette progression : meilleure lecture du jeu, mobilité accrue, même s’il note encore une posture parfois trop large et quelques mouvements superflus. Jason Tapp abonde dans le même sens :
« Quand je le suivais avant, il était agile et intelligent, mais il avait besoin de structure. Son jeu de pieds était instable. Maintenant, il a des fondations. »
Pour un choix de 6e ronde... c'est incroyable...
Enfin, Croteau confirme que le lien avec Montréal demeure actif :
Le gardien confirme que Vincent Riendeau et Marco Marciano prennent régulièrement de ses nouvelles. Le canal de communication est ouvert. Le suivi est constant. Marciano continue de l’encadrer à distance.
Voilà le point central.
Marciano ne travaille pas juste avec Dobeš et Fowler. Il orchestre une pyramide complète. Il consolide chaque étage. Laval. NCAA. Prospects. Tout est connecté.
Alors posons la vraie question.
Combien de gardiens le Canadien peut-il raisonnablement garder sous contrôle?
Dobeš est déjà en train de s’installer.
Fowler arrive.
Croteau se relève.
À un moment donné, ça bloque.
Et quand ça bloque, on libère de l’espace.
C’est là que Montembeault entre dans une zone dangereuse.
Oui, il a connu une soirée de revanche émotive à Winnipeg. Oui, il vient de rappeler à tout le monde qu’il peut encore voler un match. Mais structurellement, son avenir est de plus en plus fragile.
Il aura 30 ans.
Il coûte plus cher que les jeunes.
Il n’est plus l’option à long terme.
Et surtout : il n’est plus au centre du projet.
Le projet, maintenant, s’appelle développement interne.
Et quand tu regardes la courbe actuelle, Montembeault devient un actif de transition. Un gardien respectable, expérimenté, capable d’aider une autre organisation… mais qui empêche Montréal d’avancer pleinement avec sa nouvelle génération.
C’est brutal, mais c’est ça.
Avec Dobeš, Fowler et maintenant Croteau qui réapparaît comme une vraie pièce du puzzle, l’équation devient impossible à ignorer. Il y a trop de gardiens. Trop de potentiel. Trop d’investissement.
Cet été, le Canadien devra trancher.
Et plus les jeunes progressent, plus la réponse devient évidente.
Samuel Montembeault a rendu de fiers services. Il a tenu le fort quand l’organisation était au fond du baril. Mais aujourd’hui, le CH est ailleurs. Il construit. Il empile. Il prépare la suite.
Et dans cette suite-là, tout indique que Montembeault est en train de devenir… le surplus.
Pas à cause d’un mauvais match.
Mais parce que le pipeline déborde.
Et quand une organisation commence à produire ses gardiens à la chaîne, les vétérans deviennent négociables.
C’est froid.
Mais c’est exactement ce qui est en train de se passer.
Si les Oilers d'Edmonton "chokent leur vie" encore à cause de leurs gardiens (Tristan Jarry est artroce).
On verrait bien Montembeault en Alberta...
