Une transaction mineure passe souvent sous le radar… jusqu’au moment où l’on prend le temps de regarder les détails.
Cette fois, Kent Hughes n’a pas seulement échangé Sean Farrell.
Il a mis la main sur un joueur dont le parcours soulève une question bien simple… le directeur général du Canadien vient-il de récupérer un espoir qui possède encore un plafond plus élevé?
À première vue, l’échange entre Sean Farrell et Sasha Pastujov n’avait rien d’un coup de tonnerre.
Deux jeunes attaquants encore à la recherche d’une véritable percée chez les professionnels, deux organisations qui changent le décor en espérant relancer un projet qui s’essouffle.
Pourtant, lorsqu’on compare froidement les deux dossiers, Montréal a peut-être obtenu davantage qu’un simple changement d’air.
Sean Farrell quitte l’organisation après avoir longtemps été présenté comme l’un des meilleurs espoirs offensifs du Canadien.
Son passage à Harvard avait nourri beaucoup d’espoir. Petit fabricant de jeux, intelligent avec la rondelle, il semblait destiné à grimper rapidement les échelons.
La réalité professionnelle a toutefois raconté une autre histoire.
Après une saison de 44 points avec le Rocket de Laval, Farrell a progressé jusqu’à 53 points en 72 matchs l’an dernier.
Une production respectable, mais qui n’a jamais véritablement laissé croire qu’il forcerait la porte de Montréal à court terme.
Pendant ce temps, Sasha Pastujov suivait un chemin beaucoup moins médiatisé dans l’organisation des Ducks d’Anaheim.
Choix de troisième ronde, 66e au total en 2021, il avait pourtant déjà attiré énormément d’attention avant son repêchage. Lors de sa dernière saison avec le programme national américain, il avait récolté 91 points, dont 40 buts, dominant offensivement plusieurs joueurs de sa génération.
Son passage dans la Ligue de l’Ontario a confirmé ce potentiel avec des saisons de 76 puis 98 points.
Les qualités offensives n’ont jamais été remises en question.
Son tir sur réception est explosif, sa vision du jeu est reconnue et son instinct offensif saute aux yeux.
Ce qui l’a ralenti, ce sont surtout son coup de patin et son jeu physique, deux aspects qui expliquent pourquoi il attend encore son véritable appel dans la LNH.
Même avec ces lacunes, les chiffres des deux dernières saisons attirent l’attention.
Après une campagne de 45 points en 43 matchs avec les Gulls de San Diego, Pastujov a poursuivi sa progression avec 57 points en 71 rencontres, terminant au premier rang des marqueurs de son équipe.
À seulement 23 ans, il présente encore un profil de joueur capable de franchir un autre niveau.
Lorsque les deux productions sont placées côte à côte, la comparaison devient intéressante.
Farrell, qui est un peu plus âgé, a terminé sa dernière saison avec 53 points en 72 matchs. Pastujov en a obtenu 57 en 71 matchs dans une équipe qui figurait parmi les plus difficiles de la Ligue américaine.
L’écart n’est pas immense, mais il existe. Surtout, Pastujov possède un historique offensif junior beaucoup plus imposant.
Un autre détail intrigue encore davantage.
Kent Hughes ne découvre pas Sasha Pastujov aujourd’hui.
Les liens remontent à plusieurs années. Lors de la saison 2020-2021 avec le programme national américain,
Pastujov partageait le vestiaire avec Jack Hughes, le fils de Kent Hughes, Ryan St-Louis, le fils de Martin St-Louis, ainsi qu’un certain Lane Hutson.
Autrement dit, le Canadien connaît ce joueur depuis longtemps. Très longtemps.
Cette proximité ne garantit évidemment rien.
Elle laisse toutefois croire que cette acquisition n’est pas le fruit du hasard.
Hughes et son groupe avaient probablement une opinion bien arrêtée sur Pastujov avant même son repêchage en 2021.
Les nombreuses années passées à le voir évoluer de près leur offrent une lecture beaucoup plus complète que celle d’une simple fiche statistique.
Le défi demeure immense.
Pastujov devra convaincre dès le camp d’entraînement qu’il mérite davantage qu’un rôle à Laval. Sa compétition sera féroce et personne ne lui fera de cadeau.
Rien ne dit qu’il deviendra un joueur établi de la LNH.
Malgré tout, cette transaction ressemble davantage à un pari calculé qu’à un simple échange de profondeur.
Kent Hughes échange un espoir dont le développement semblait plafonner contre un autre qui conserve encore une partie du potentiel qui avait fait de lui un choix relativement élevé et l’un des attaquants les plus productifs de sa génération aux États-Unis.
Au pire, Montréal récupère un joueur qui offrira une profondeur offensive intéressante à Laval.
Au mieux… le Canadien vient peut-être de mettre la main sur un projet que les Ducks n’ont jamais réussi à faire éclore.
Dans ce genre de transaction, c’est souvent celui qui voit encore quelque chose que les autres ont abandonné qui finit par avoir le dernier mot.
À suivre…
