Le Canadien de Montréal entre dans une phase que Martin St-Louis connaît peu depuis son arrivée derrière le banc : celle des choix cruels. Des choix humains, politiques, structurels.
Qui s’assoit? Qui sort? Qui devient un actif? Qui devient un problème? Et surtout : qui n’a plus vraiment sa place, même si son nom est encore sur la feuille d’alignement?
Parce que oui, le CH est en train de devenir victime d’un “bon problème”. Mais un problème quand même.
La congestion à l’attaque est réelle. Evans est revenu. Dach est prêt. Laine patine sans restriction. Newhook et Anderson approchent.
Et pendant ce temps, l’équipe gagne, marque, roule, sans attendre personne. Le vestiaire a trouvé un équilibre, une identité, une chimie. Et dans ce genre de contexte, le retour des blessés n’est pas une bonne nouvelle pour tout le monde.
Martin St-Louis doit maintenant faire ce qu’aucun entraîneur n’aime faire : désigner des perdants.
Et dans cette liste non officielle des joueurs à risque, certains noms frappent plus fort que d’autres.
Patrik Laine, évidemment, est le symbole parfait de ce malaise. Il est le plus gros point d’interrogation. Pas parce qu’il manque de talent. Pas parce qu’il ne peut pas aider offensivement.
Mais parce qu’il n’a plus de chaise naturelle dans cette équipe. À cinq contre cinq, il ralentit le jeu. Défensivement, il est un compromis permanent. En avantage numérique, là où il était censé être indispensable, le Canadien est devenu l’une des équipes les plus dangereuses de la LNH… sans lui.
Avant sa blessure, Laine jouait sur un quatrième trio. Aujourd’hui, 45 matchs plus tard, le CH est productif, structuré, cohérent. Où diable l’insérer sans briser quelque chose qui fonctionne?
C’est là que le constat devient brutal : si Patrik Laine quitte Montréal, ce ne sera pas par transaction classique. Son contrat de 8,7 millions rend le marché pratiquement inexistant.
Son rendement, son historique de blessures, son fit défensif refroidissent tout le monde. Même en retenant du salaire, les appels ne viennent pas.
La seule porte de sortie réaliste, c’est celle qu’a empruntée Brandon Saad l’an dernier : une résiliation négociée, une séparation propre, où le joueur accepte de renoncer à une partie de son argent pour se redonner une chance ailleurs. Ce n’est pas un échange. Ce n’est pas un ballottage. C’est un aveu commun que l’histoire est terminée.
Et c’est exactement pour ça que le nom de Laine circule… sans jamais vraiment circuler.
À l’inverse, un autre nom commence à faire beaucoup de bruit sur le marché : Kirby Dach.
Là, on parle d’un vrai actif. D’un joueur encore jeune, encore 'coachable", encore désirable ailleurs. Et surtout, d’un joueur dont le nom circule du côté de Calgary, dans des discussions impliquant des profils comme Nazem Kadri ou Blake Coleman.
Ce qui rend le dossier encore plus explosif, c’est que Kirby Dach n’est pas un nom qui circule par accident. Avant sa blessure, les discussions impliquant Dach étaient réelles, concrètes, et surtout beaucoup plus avancées qu’on ne l’a laissé croire publiquement.
À Calgary, son profil faisait consensus : gros centre, ancien troisième choix au total, encore jeune, capable de jouer dans le top-6 et de s’inscrire dans une fenêtre compétitive immédiate. Ce n’était pas une rumeur de corridor. C’était un dossier actif, travaillé, exploré sérieusement par les deux organisations.
La blessure est venue geler le tout. Pas tuer le dossier. Le mettre sur pause. Et c’est là toute la nuance. Parce qu’un joueur blessé, surtout avec l’historique de Dach, ne perd pas sa valeur hockey du jour au lendemain, mais il devient plus facile à attendre que les autres options.
Calgary n’était pas pressé. Montréal non plus. Mais le nom est resté dans les cahiers de notes. Et aujourd’hui, alors que la congestion à l’attaque du CH devient étouffante, le dossier Dach revient naturellement à la surface.
Contrairement à Patrik Laine, Kirby Dach représente quelque chose de très précis sur le marché : un actif échangeable sans artifices.
Pas besoin de retenir du salaire. Pas besoin de montage complexe. Pas besoin d’un “salary dump”. Dach peut être échangé dans un vrai hockey trade, contre un joueur établi comme Nazem Kadri ou un profil intense et polyvalent comme Blake Coleman, deux noms qui cadrent parfaitement avec ce que Kent Hughes cherche à ajouter : de la maturité, du caractère, du jeu de séries.
Et c’est là que le contraste avec Laine devient brutal. Dach, même blessé, a une valeur de marché claire. Laine, lui, est un problème de structure.
Dach est une monnaie d’échange. Laine est une patate chaude. Ce n’est pas une question de talent pur, c’est une question de contexte, de contrat, de projection. Et dans une ligue où les directeurs généraux pensent à deux, trois, quatre coups d’avance, cette différence est énorme.
Il faut aussi comprendre une chose : le Canadien n’a jamais promis à Kirby Dach qu’il était intouchable. Il a été développé. Protégé. Accompagné. Mais jamais protégé sur le marché des transaction.
Et avec l’émergence de Kapanen, l’arrivée de Danault, la progression de Demidov et la stabilité de Suzuki, la sécurité de Jake Evans, le CH peut se permettre de regarder Dach non plus comme une pièce centrale, mais comme une pièce stratégique. Ce glissement-là est fondamental.
Dans le vestiaire, Dach est apprécié. Respecté. Mais il n’est pas un pilier identitaire, ni un symbole d’avenir. Il est entre deux chaises.
Assez bon pour intéresser ailleurs. Pas assez indispensable pour bloquer une décision difficile. Et historiquement, ce sont exactement ces joueurs-là qui quittent quand une organisation passe du mode accumulation au mode optimisation.
Si une transaction majeure devait survenir, Kirby Dach est beaucoup plus proche de la sortie que Patrik Laine, paradoxalement. Pas parce qu’on veut s’en débarrasser. Mais parce qu’on peut. Et dans la LNH, cette nuance change tout.
Dach, contrairement à Laine, a une valeur de transaction. Il peut intéresser. Il peut faire partie d’un “hockey trade”. Et c’est précisément ce qui le rend vulnérable.
Ironique, mais vrai : plus un joueur a de la valeur, plus il est exposé.
Dans cette équation, certains sont pratiquement intouchables par défaut. Phillip Danault, par exemple, est sauvé par une statistique qui obsède Kent Hughes : les mises au jeu.
Peu importe qu’il finisse parfois ses présences épuisé ou discret offensivement, il apporte quelque chose que peu d’autres peuvent offrir. Dans le hockey moderne, la possession commence souvent au cercle. Et Danault excelle là où ça compte.
Brendan Gallagher, lui, est un cas à part. S’il ne s’appelait pas Gallagher, il serait probablement déjà dans les gradins.
Sa production est en chute libre. Son impact offensif est marginal. Mais son nom, son passé, son leadership, son statut dans le vestiaire compliquent tout. Personne ne veut de son contrat. Personne n’appelle. Il reste parce que le CH ne peut pas vraiment le sortir… sans provoquer un choc interne.
Alors Martin St-Louis jongle. Il évalue. Il protège la chimie. Il regarde qui aide à gagner maintenant, pas qui avait une étiquette il y a deux ans.
Et dans ce tri naturel, Patrik Laine se retrouve dans la zone la plus dangereuse qui soit : celle du joueur talentueux, mais optionnel. Pas rejeté par le vestiaire. Pas détesté. Mais plus essentiel. Plus incontournable. Plus attendu.
C’est souvent comme ça que ça se termine à Montréal. Pas dans le scandale. Pas dans la colère. Mais dans un silence lourd, où tout le monde comprend que la page se tourne… avant même qu’elle ne soit officiellement tournée.
Le casse-tête de Martin St-Louis ne fait que commencer. Et dans ce casse-tête, certains morceaux ne s’emboîtent plus, peu importe la bonne volonté.
Comme toujours, quand il est question de Patrik Laine… c’est compliqué.
