À ce stade-ci, il faut avoir le courage de poser la question qui fait mal: et si Zachary Bolduc n’avait fait que passer à Montréal?
Parce que ce qu’on voit présentement, match après match, n’a plus rien d’un simple creux de vague. C’est une déconnexion complète entre un joueur, son entraîneur et le rôle qu’on essaie encore maladroitement de lui coller.
Encore un autre match à peine au-dessus des 12 minutes de temps de jeu. Encore une soirée où son trio n’existe pas. Encore cette impression lourde, dérangeante, qu’il patine sans conviction, sans effort, sans impact.
Invisible offensivement, nuisible défensivement, inutile physiquement, fragile mentalement. À Montréal, c’est la pire combinaison possible.
Le trio avec Phillip Danault et Josh Anderson n’a rien donné. Zéro chimie. Aucun tempo. Bolduc ne complète rien, ne déclenche rien, ne transporte rien. Il ralentit le jeu.
Et plus inquiétant encore : on le sent décrocher. Pas juste manquer une couverture. Pas juste rater une lecture. On sent un joueur qui n’est plus dans le combat, qui n’arrive plus à suivre le rythme émotionnel de ce marché-là.
Les séquences où il abandonne un repli défensif, où il cesse de patiner après une perte de rondelle, ont fait le tour des réseaux sociaux. Et une fois que Montréal te colle cette étiquette-là, elle ne disparaît jamais complètement.
Jeudi, sur les ondes de TVA Sports, Jean-Charles Lajoie a mis des mots sur ce que plusieurs pensent déjà tout bas.
Selon lui, Bolduc a raté sa fenêtre. Raté ses chances. Raté le bateau. Trop de monde s’en vient, trop de retours imminents (Dach, Evans, Laine), trop peu d’identité claire dans son jeu.
Et surtout, un point clé : tu ne veux pas l’envoyer à Laval. Pas parce qu’il ne le mérite pas. Parce que, rendu là, ça devient un aveu d’échec total et sa valeur sur le marché des transactions s'effondrerait sous nos yeux.
La solution que TVA Sports avance fait mal, mais est logique dans l’écosystème actuel de la LNH : la transaction. Kent Hughes cherche encore un attaquant top-6.
Le CH a besoin de grit, de maturité, de joueurs capables de survivre à des matchs de séries. Et Bolduc, aujourd’hui, n’incarne rien de tout ça. Il devient donc une monnaie d’échange. Une pièce imparfaite, mais encore jeune, encore attrayante pour une autre organisation qui se dira : on va le réparer ailleurs.
Les comparaisons commencent déjà à circuler. À New York, les Rangers ont tenté de mettre la main sur Kieffer Sherwood, un attaquant de 30 ans, robuste, intense, exactement le genre de joueur qui n’apparaît pas toujours sur la feuille de pointage mais qui gagne des séries.
Ils ont offert un jeune joueur établi et un choix de deuxième ronde… sans succès. Est-ce que le Canadien pourrait être tenté de proposer Zachary Bolduc + un choix de deuxième ronde pour un profil de ce genre-là?
C’est risqué. Mais c’est révélateur du virage potentiel : on échange du potentiel théorique contre de l’impact immédiat en vue des séries... pour une équipe qui veut prétendre à la Coupe Stanley dès cette année.
Même scénario du côté de Calgary. Blake Coleman coche toutes les cases que Montréal recherche : intensité, expérience, fiabilité en séries, présence physique.
Est-ce que Bolduc pourrait servir de pièce dans une telle transaction? Absolument. Surtout que les Flames veulent se rajeunir. Et surtout si, à l’interne, le Canadien en vient à la conclusion que Bolduc ne “fit” tout simplement pas dans la tête de Martin St-Louis.
Et ça, c’est peut-être l’élément le plus déterminant de toute l’histoire. À Montréal, quand un entraîneur perd confiance en la capacité d’un joueur à respecter ses standards sans la rondelle, le sort est souvent scellé.
On l’a vu à Saint-Louis aussi : s’il a été échangé, ce n’était pas un hasard. Les lacunes défensives, le manque de constance, la difficulté à s’imposer physiquement n’ont pas disparu par magie en changeant d’uniforme.
TVA Sports en est maintenant convaincu : Zachary Bolduc sera échangé. Pas par caprice. Pas par panique. Mais parce que le timing, le contexte et la direction de l’équipe pointent tous dans la même direction.
Montréal veut du grit. Montréal veut des joueurs de séries. Montréal veut solidifier son identité. Et présentement, Bolduc n’incarne rien de tout ça.
À 22 ans, ce n’est pas la fin d’une carrière. Mais à Montréal, ça peut très bien être la fin d’un chapitre.
Et de plus en plus, tout indique que ce chapitre-là tire déjà à sa fin.
