Transaction Montréal-Philadelphie: Daniel Brière désespéré

Transaction Montréal-Philadelphie: Daniel Brière désespéré

Par David Garel le 2025-08-29

Il y a des phrases qu’on entend parfois dans les médias sportifs et qui donnent envie de vérifier si l’auteur n’a pas tout simplement perdu la tête.

Ce fut exactement le cas cette semaine quand Brian Wilde, journaliste de Global TV, a lancé, au micro du Sick Podcast, que le Canadien de Montréal devrait envisager échanger Jacob Fowler contre un bon jeune deuxième centre. Pardon?

« Si tu peux avoir un bon jeune deuxième centre pour Jacob Fowler, tu sautes sur l’occasion. » 

Cette déclaration n’est pas seulement imprudente. Elle est profondément inquiétante. Car elle révèle un manque total de compréhension de la dynamique actuelle au sein de l’organisation, des négociations en cours avec les Ducks d’Anaheim, et surtout du potentiel hors norme de Fowler, considéré par certains comme le futur Carey Price.

Pour mieux comprendre le fond du problème, il faut remonter à ce qu’on pourrait appeler l’été du doute pour Samuel Montembeault.

Malgré sa présence assurée à Équipe Canada pour les Jeux olympiques de 2026, malgré sa belle saison dans l’uniforme du CH, les rumeurs d’échange n’ont cessé de circuler. Son statut de partant était fragilisé par la montée de Jacob Fowler, le jeune prodige qui a tout cassé dans la NCAA.

Et puis voilà que Corey Pronman (The Athletic) publie une évaluation controversée de la banque d’espoirs du Canadien. Il y place Fowler au 10e rang… mais surtout, il affirme qu’il ne sera jamais plus qu’un auxiliaire dans la LNH.

« Il est de taille moyenne et ne possède pas de véritables qualités athlétiques de premier ordre pour la LNH Il est projeté comme gardien de but auxiliaire. » 

« Fowler a dominé au niveau universitaire et a bien fait dans la LAH après avoir signé. Il est athlétique et possède une excellente technique et une bonne intelligence du jeu.

Il est capable d’effectuer des arrêts difficiles, grâce à sa lecture du jeu et sa capacité à bien se placer devant les tirs. Il peut faire les arrêts latéraux et son niveau de compétitivité est très élevé. 

Mais il n’a pas une taille avantageuse. Il a été excellent chez les amateurs, mais il y a des doutes mineurs sur la façon dont son jeu se traduira au niveau professionnel. Il sera un 2e gardien. »

On parle ici d’un jeune qui vient de dominer la NCAA, qui a impressionné lors de ses premiers pas dans la Ligue américaine, et qui a tout ce qu’il faut pour devenir un partant de très haut niveau.

Pour Montembeault, cette sortie publique est paradoxalement… un soulagement. Car elle pourrait refroidir les ardeurs de ceux qui, au sein du Canadien, se disaient que Fowler était prêt à prendre sa place.

Et voilà que Brian Wilde en rajoute, sûrement influencé par l'analyse de pauvre de Pronman : pas seulement jeter le doute sur Fowler, mais l’échanger carrément contre un deuxième centre!

Si la déclaration de Wilde choque autant, c’est aussi parce qu’elle survient en plein cœur des tractations entre Kent Hughes et les Ducks d’Anaheim, autour d’un nom bien précis : Mason McTavish.

Le CH cherche désespérément un centre top 6 depuis l’annonce prolongée de l’absence de Kirby Dach. Le nom de McTavish circule avec insistance.

Et certaines rumeurs, relayées par The Hockey News, laissent entendre que les Ducks aimeraient bien soutirer David Reinbacher ou Michael Hage dans une telle transaction.

Mais en aucun cas Jacob Fowler ne représente une cible logique pour Anaheim. Pourquoi?

Parce qu’ils ont déjà leur gardien d’avenir. Il s’appelle Lukas Dostal, il a seulement 24 ans, et il vient de signer une prolongation de contrat de 6,5 millions $ par saison jusqu’en 2030. Il est vu comme le numéro un incontesté du futur à Anaheim. Point à la ligne.

Même si Brian Wilde rêve d’un échange Fowler–McTavish, les Ducks ne veulent pas de Fowler. Ils ne peuvent tout simplement pas intégrer deux jeunes gardiens de premier plan avec ce type de structure salariale et de planification.

En revanche, il y a une équipe qui veut désespérément un gardien, et qui a les moyens de convaincre Kent Hughes : les Flyers de Philadelphie.

Depuis la chute spectaculaire de Carter Hart, éjecté de la LNH dans un contexte judiciaire très lourd, Daniel Brière est en mode panique.

Il a approché le Canadien à plusieurs reprises : d’abord pour Samuel Montembeault, puis pour Jakub Dobes, dans l’espoir de trouver son prochain numéro un.

Mais le DG des Flyers n’a pas réussi à conclure. Et maintenant, avec l’évaluation peu flatteuse de Corey Pronman sur Fowler, Brière voit peut-être une fenêtre s’ouvrir.

Le hic? Il n’a pas de deuxième centre à offrir en retour. Le CH ne veut rien savoir de Sean Couturier, qui est littéralement à donner sur le marché. Il est trop vieux, trop cher, trop souvent blessé. Kent Hughes ne perdra pas son temps avec un tel profil.

Alors que reste-t-il? Noah Cates? De un, il n'est pas sur le march et de deux, ce n'est pas un 2e centre.

Brière ne possède que des choix au repêchage, des espoirs, mais aucune monnaie d’échange capable de convaincre Montréal de se départir de Jacob Fowler.

De toute façon, Kent Hughes ne sacrifiera jamais Jacob Fowler.

Il faut être très clair : Kent Hughes n’a jamais, au grand jamais, mis Jacob Fowler sur le marché. La rumeur voulant que le CH explore des options pour un centre ne signifie pas que tous les espoirs sont disponibles. Et certainement pas celui qui est vu en interne comme le plus grand espoir devant le filet depuis Carey Price.

Fowler coche toutes les cases : technique, intelligence, calme, combativité. Il a brillé dans toutes les étapes jusqu’ici. Le CH n’a aucune urgence à le sacrifier.

Et Hughes, malgré toutes les discussions avec Anaheim et Philadelphie, a gardé son calme. Il ne veut pas perdre Montembeault pour rien, mais il ne se départira pas non plus de Fowler dans une transaction bâclée. Encore moins à cause d’une sortie médiatique déconnectée de la réalité.

Il est vrai que Brian Wilde a précisé qu’il aimait Fowler. Qu’il croit en lui. Mais son raisonnement repose sur la peur. Peur que Fowler ne devienne pas un partant stable. Peur qu’il soit le prochain Primeau. Peur qu’on mise gros sur un gardien qui ne livre pas à long terme.

Mais cette peur est irrationnelle. Car au moment même où Wilde prononçait ses mots, Fowler n’avait encore montré aucun signe d’effondrement.

Au contraire : il a dépassé toutes les attentes. Et comme le rappelle son profil complet : bon gabarit, intelligence de jeu, positionnement, technique mature, sang-froid. Ce n’est pas un pari. C’est un projet de haut niveau.

Échanger Jacob Fowler maintenant serait un acte de panique, de précipitation, voire de sabotage organisationnel.

Et si Pronman s’était trompé… encore?

La sortie de l'analyste est loin de faire l’unanimité. Ce n’est pas la première fois qu’il sous-estime les espoirs du Canadien de manière flagrante.

Lane Hutson, qu’il plaçait hors du top 50 pendant longtemps, a remporté le trophée Calder. Et il refuse toujours de s'excuser. Pire encore, il le place 3e meilleur espoir du CH.

Et voilà qu’il répète le même scénario avec Fowler, sans fondement solide. Un gardien qui a tout prouvé, mais qu’on réduit à un backup en devenir? C’est insultant. Et dangereux.

Dans ce contexte, il devient clair que Jacob Fowler est intouchable. Non pas parce qu’il est parfait. Mais parce qu’il incarne l’avenir, et que sa valeur ne se mesure pas à court terme.

Les Ducks d’Anaheim n’ont pas besoin de lui. Les Flyers n’ont rien à offrir. Et le Canadien de Montréal n’a aucune raison de l’échanger.

C'est le Carey Price 2.0 pour l'amour du ciel.

Brian Wilde peut bien s’exciter au micro. Mais le monde réel ne fonctionne pas avec des coups de tête médiatiques. 

Il fonctionne avec de la patience, de la vision, et une lecture rigoureuse des besoins et des forces internes.

Et sur ce plan-là, Jacob Fowler fait partie de l’équation gagnante.

Après tout, c'est lui qui va soulever la Coupe Stanley en tant que gardien partant... à Montréal...