Transaction Montréal-San Jose-New York: le DG des Sharks perd la tête

Transaction Montréal-San Jose-New York: le DG des Sharks perd la tête

Par David Garel le 2026-01-29

Le dossier Artemi Panarin révèle surtout une chose : à San Jose, on a le pied beaucoup trop pesant sur l’accélérateur.

Il y a encore quelques mois, les Sharks étaient présentés comme l’exemple parfait d’une reconstruction assumée, patiente, presque scolaire.

Accumuler les choix, laisser mûrir les jeunes, accepter de perdre pour gagner plus tard. Et voilà que, soudainement, l’organisation agit comme si la fenêtre était déjà grande ouverte.

Comme si tout était prêt. Comme si l’arrivée d’un seul joueur vedette de 34 ans pouvait transformer un projet en chantier inachevé en aspirant crédible.

C’est là que le raisonnement déraille. Comme si le DG des Sharks, Mike Grier, avait perdu la tête.

Oui, Macklin Celebrini est déjà un joueur d’impact. Oui, le noyau offensif est intrigant. Mais San Jose n’est pas rendu là. Pas structurellement. Pas défensivement. Pas organisationnellement.

Aller chercher Artemi Panarin, c’est agir comme une équipe qui se croit à une pièce près de la Coupe Stanley… alors qu’elle n’a même pas encore solidifié ses fondations.

Ce genre de décision, la LNH l’a déjà vu. Et on sait comment ça finit.

Les Sénateurs d’Ottawa ont fait exactement la même erreur. Trop tôt. Trop vite. Convaincus que la progression interne suffisait, ils ont sacrifié des choix de premier tour et des actifs majeurs pour accélérer le processus.

Résultat? Une seule participation aux séries, un bassin d’espoirs vidé, et une organisation aujourd’hui coincée dans un entre-deux sans issue claire. La leçon est connue, documentée, et pourtant… certains continuent de l’ignorer.

À San Jose, le DG semble prêt à refaire ce pari dangereux : offrir un choix de premier tour, ajouter un espoir de qualité, tout ça pour un joueur dans la mi-trentaine, aussi productif soit-il, avec l’espoir que la magie opère instantanément. Ce n’est pas de l’audace. C’est de la précipitation.

Et c’est précisément là que Kent Hughes doit lever la main.

Parce que si les Sharks se montrent prêts à « donner la lune » pour Panarin, cela signifie une chose : ils sont désespérés pour un marqueur établi. Un sniper.

Un joueur capable de changer un match sur un tir. Et s’ils échouent dans le derby Panarin, ce qui est loin d’être garanti, vu la concurrence et les clauses contractuelles, ils devront se rabattre sur un plan B.

C’est là que Patrik Laine entre dans l’équation.

La différence est majeure : pour Panarin, San Jose est prêt à payer cher. Pour Laine, le contexte change complètement. Le Canadien, lui, ne cherche pas à gagner une transaction. Il cherche à se libérer d’un contrat. À résoudre un casse-tête d’alignement. À avancer sans sacrifier d’actifs.

Hughes n’a aucune intention d’ajouter un choix ou un espoir pour se débarrasser de Laine. Et il est allergique à de la rétention salariale (il n'aura peut-être pas le choix).

Et justement, face à une équipe impatiente, pressée, convaincue qu’elle est à une pièce du succès, ce genre de dossier devient soudainement beaucoup plus facile à régler.

San Jose pourrait se convaincre qu’un pari à court terme sur Laine, à moindre coût en actifs, vaut mieux que de vider son avenir pour Panarin.

Le risque est moindre. Le prix aussi. Et pour le Canadien, c’est exactement le scénario recherché : une sortie propre, sans douleur, sans payer pour payer.

Ironiquement, plus les Sharks montrent qu’ils ont perdu le sens des priorités dans le dossier Panarin, plus ils deviennent des candidats crédibles pour absorber un contrat comme celui de Laine.

Non pas parce que Laine est l’égal de Panarin. mais parce que la logique organisationnelle de San José glisse dangereusement vers l’impatience.

Et contrairement à Ottawa à l’époque, Montréal n’a aucune intention de tomber dans ce piège. Kent Hughes n’est pas en train de croire que sa reconstruction est terminée. Il ne sacrifie pas l’avenir pour une illusion de succès immédiat. Il observe. Il attend.

Et pendant que d’autres directeurs généraux semblent perdre la tête devant quelques semaines de progrès au classement, lui pourrait très bien en profiter.

Dans la LNH, les meilleures transactions naissent souvent des erreurs des autres. Et en ce moment, San Jose est dangereusement près d’en commettre une.