L’intérêt du Canadiens de Montréal pour Brayden Schenn surprend, et pas à cause du joueur. Sur la glace, Schenn coche plusieurs cases : polyvalence centre/ailier, vécu de séries, leadership, Coupe Stanley, capacité de jouer dans le top-6 quand le match devient lourd. Le malaise, lui, vient d’ailleurs : le prix.
Parce que quand Blues de Saint-Louis ont dit aux Maple Leafs de Toronto que Schenn coûterait Easton Cowan, Ben Danford et plus encore, Doug Armstrong lance le message à tout le monde qu'il veut frapper un coup de circuit avec son vétéran.
Et c’est là que le Canadien doit se regarder dans le miroir.
Easton Cowan, ce n’est pas juste un choix de fin de première ronde. C’est un espoir offensif NHL-ready. On ne parle peut-être pas d'une future vedette de la LNH, mais il s'agit quand même d'un attaquant qui a marqué 6 buts et obtenu 7 passes pour 13 points en 33 matchs.
Chez Montréal, il n’existe pas de copie conforme.
Le premier nom qui s’impose, c’est Owen Beck. Profil centre responsable, intelligence hockey élevée, projection claire dans la LNH. Mais Beck n’a pas le plafond offensif ni l’impact offesnif immédiat de Cowan. À valeur égale, Beck seul ne suffit pas.
Ensuite, il y a Adam Engström. Défenseur mobile, gaucher, en progression constante, exactement le type de jeune que Saint-Louis voudrait pour rajeunir sa ligne bleue. Engström est plus près de Ben Danford que de Cowan dans la comparaison, mais dans un package, il devient logique.
Puis vient le nom qui dérange vraiment : Bryce Pickford. Défenseur droitier offensif, production spectaculaire, contrat d’entrée signé, actif en pleine inflation. Pickford n’est pas Cowan… mais Pickford + Beck et là on commence à parler le langage d’Armstrong. Et c’est précisément pour ça que son nom circule.
Le problème? Schenn est un attaquant de 34 ans à 6,5 M$ jusqu’en 2028. Et c’est là que la logique reprend le dessus.
Schenn aide à court terme. Beaucoup.
Mais le prix exigé correspond à une transaction de fin de reconstruction, pas à une équipe qui vient à peine d’installer son deuxième centre interne et qui commence seulement à voir clair dans sa fenêtre.
Doug Armstrong veut rajeunir. Il veut de la jeunesse premium. Kent Hughes, lui, veut améliorer son club sans se trahir.
Entre les deux, il y a un gouffre.
Et tant que le prix restera du calibre Easton Cowan + Ben Danford, le Canadien écoutera… mais ne mordra pas.
Montréal n’est plus dans une phase où l’on paie le plein prix pour un vétéran afin d’accélérer artificiellement le calendrier. Cette époque-là est révolue.
Kent Hughes a passé les deux dernières années à bâtir une banque d’actifs précisément pour éviter ce genre de piège.
Oui, il veut améliorer son équipe. Oui, il veut entourer ses jeunes. Mais pas au prix de sacrifier une partie significative du futur pour un joueur dont la valeur décroîtra plus vite que celle des espoirs qu’il faudrait céder.
Et surtout, il y a un élément que les discussions autour de Schenn mettent en lumière : le Canadien n’est plus désespéré.
Oliver Kapanen a pris de l’espace. La hiérarchie au centre commence à se clarifier. Le club gagne, reste compétitif, et n’a plus besoin de surpayer pour envoyer un signal à son vestiaire ou à sa base partisane. Cette position de force change complètement la dynamique des négociations.
C’est aussi pour ça que ce genre de rumeur sert parfois davantage Saint-Louis que Montréal. Doug Armstrong envoie un message clair au marché : ses vétérans ne partiront pas à rabais. Il teste la patience des équipes, crée un effet d’enchère potentiel, et jauge qui est réellement prêt à payer le prix d’un joueur établi sous contrat à long terme.
Mais à Montréal, le calcul est différent. La fenêtre s’ouvre, oui, mais elle n’est pas encore béante. Le Canadien n’a aucun intérêt à se retrouver, dans deux ou trois ans, avec un contrat lourd et moins de munitions pour corriger un besoin plus criant, que ce soit un défenseur droitier dominant ou un attaquant élite plus jeune.
Si le prix devait miraculeusement s’adoucir, Montréal écouterait. Mais tant que la demande restera au niveau Cowan + Danford +, le CH continuera de faire ce qu’il fait de mieux depuis deux ans : attendre que le marché vienne à lui.
Parce qu’au final, la vraie force du Canadien aujourd’hui, ce n’est pas sa capacité à faire un gros coup.
C’est sa capacité à dire non.
