Rien ne va plus pour Marc Bergevin.
Sa vie sportive et humaine est devenue... cruelle...
Au moment où les Canadiens de Montréal ne sont plus qu’à sept victoires de la Coupe Stanley, l’homme qui a construit une immense partie de cette fondation regarde ça de loin, dans un rôle de directeur général adjoint chez les Sabres de Buffalo… une organisation qui vient justement de se faire éliminer par le club qu’il a aidé à bâtir.
Et pendant que Montréal célèbre, pendant que le Centre Bell tremble, pendant que tout le monde se prosterne devant Kent Hughes et Jeff Gorton, voilà qu’un vieux débat revient soudainement à la surface : est-ce qu’on est en train d’oublier un peu trop vite ce que Marc Bergevin a laissé derrière lui?
Réjean Tremblay, lui, a décidé de monter au front pour l'ancien DG du CH.
"Faudrait remercier au moins un peu ce Marc Bergevin.
Le Canadien est en finale d'association. Le carré d'as. Wow !
Les gens sont prosternés devant Kent Hughes en oubliant Jeff Gorton, le vrai patron.
Mais dans toute cette adoration collective, faudrait quand même se garder une petite pensée pour Marc Bergevin.
Jakub Dobès, c'est son règne. Avec Trevor Timmins. Cole Caufield, c'est Bergevin. Nick Suzuki, c' est Bergevin. Kaiden Ghule, c'est Bergevin. Josh Anderson, c'est Bergevin.
Et j'en oublie.
Ça n'enlève rien à Kent Hughes et Jeff Gorton. Hutson, Demidov, Slafkovsky et même Newhook, c'est leurs décisions.
Mais c'est juste normal. Une équipe se bâtit pendant des années. Sur une longue période. Un jour, peut-être, que Gorton et Hughes vont partir. Sans doute que tous ces brillants jeunes qu'ils ont ajouté à l'équipe de Bergevin, vont rester importants.
Ça s'appelle la transmission. Tu fais des choses, d'autres prennent la relève et un jour, l'humanité sort des cavernes pour s'installer devant sa grosse tévé...
Canadien en six".

Réjean a raison.
On peut critiquer Bergevin, mais il faut aussi regarder les faits froidement. Une partie de cette identité compétitive qui tient encore le club en vie vient d’une époque où lui prenait les décisions.
Ça n’enlève absolument rien à Kent Hughes et Jeff Gorton. Lane Hutson, Ivan Demidov, Juraj Slafkovský, Ivan Demidov, le retour de Phil Danault que Marc Bergevin a chassé de Montréal sans pitié, la modernisation de l’organisation, une meilleure gestion des actifs, une vision beaucoup plus patiente et analytique : ça, c’est eux.
Mais une équipe de hockey ne se construit jamais du jour au lendemain. Ça se transmet. Une administration laisse quelque chose, une autre prend le relais.
C’est probablement ça qui doit faire le plus mal à Bergevin en ce moment.
Parce qu’il voit son œuvre continuer… sans lui.
Il voit les Canadiens de Montréal avancer vers quelque chose qu’il a passé dix ans à poursuivre sans jamais réussir à compléter, sauf cette fameuse finale improbable de 2021.
Il voit Nick Suzuki devenir exactement le joueur qu’il croyait avoir volé aux Golden Knights de Vegas. Il voit Cole Caufield devenir une vedette. Il voit Kaiden Guhle prendre des responsabilités énormes. Il voit un noyau qu’il a aidé à mettre en place… commencer à récolter les fruits.
Et lui?
Il est coincé à Buffalo, l'une des pires villes des États-Unis.
Éliminé... dans un rôle secondaire.
À regarder le club qu’il a autrefois dirigé se rapprocher du rêve qu’il n’a jamais réussi à accomplir.
Ça doit être pertrubant mentalement.
Surtout en ce moment.
Car Bergevin traverse probablement le moment le plus étrange de sa carrière : il est partout… sans être nulle part.
Son nom revient constamment dès qu’un poste de directeur général se libère depuis deux ans. Toronto, Pittsburgh, Columbus, Vancouver, Nashville, Long Island, Los Angeles, Calgary...
Toujours finaliste. Toujours dans les discussions. Jamais choisi.
Et là, les propos d’Elliotte Friedman sont venus frapper comme un train.
Le gars le plus branché de toute la LNH continue d'affirmer que Bergevin... est passé date...
Le message? La ligue change. Les propriétaires veulent autre chose. Une nouvelle génération de dirigeants plus analytiques, plus méthodiques, plus modernes.
En d’autres mots : le style Marc Bergevin serait devenu… dépassé.
Ouch.
Bergevin traîne une réputation compliquée.
Oui, il était agressif. Oui, il osait. Oui, il a réussi certains coups magistraux. La transaction de Max Pacioretty qui amène Nick Suzuki restera probablement l’un des plus gros vols de l’histoire moderne des Canadiens de Montréal.
Mais il y a l’autre côté aussi.
Les contrats catastrophiques. Les décisions impulsives. Brendan Gallagher à long terme. Carey Price à 10,5 M$ par année malgré les risques évidents. Jonathan Drouin contre Mikhail Sergachev. Jesperi Kotkaniemi avant Brady Tkachuk ou Quinn Hughes. Le maintien obstiné de Trevor Timmins malgré plusieurs années de critiques.
Vous voulez d'autres bourdes?
Quelque chose a énormément abîmé sa réputation ici : sa rupture complète avec les médias québécois.
Depuis son départ, silence radio.
Aucune entrevue francophone.
Aucune réconciliation.
Aucune explication sur ses erreurs.
Pendant qu’il accepte certaines plateformes anglophones, ici au Québec, il tourne volontairement le dos au marché qui l’a pourtant rendu célèbre.
Veut, veut pas, ça laisse des traces.
Car Montréal pardonne beaucoup… mais rarement le mépris.
Bergevin était un personnage fascinant : extrêmement charismatique, très proche des joueurs, capable d’être drôle, intense, magnétique même.
Mais il traînait aussi une réputation de gars qui aimait énormément sortir, vivre intensément la ville, profiter du nightlife montréalais.
Certains se demandaient parfois si cette image de rock star n’avait pas fini par nuire à sa crédibilité, surtout lorsque les résultats ont commencé à s’écrouler.
Reste qu'il doit se sentir trahi au moment où l'on se parle.
Pendant des années, Bergevin s’est fait démolir parce qu’on disait qu’il bâtissait mal les Canadiens de Montréal.
Aujourd’hui?
Les Canadiens de Montréal sont à sept victoires de la Coupe Stanley avec plusieurs morceaux importants de son règne.
Mais personne ne parle vraiment de lui.
Ou pire encore : plusieurs parlent maintenant de lui comme d’un homme d’une autre époque.
Un gars... expiré...
Pour quelqu’un qui voulait tellement gagner, tellement prouver qu’il était le bon homme pour cette ville… ça doit faire extrêmement mal.
Au fond, le pire cauchemar de Marc Bergevin n’est peut-être pas de voir les Canadiens de Montréal gagner sans lui.
C’est peut-être de réaliser qu’ils sont en train de réussir… juste assez tard pour qu’on commence à oublier qu’il a participé à construire une partie du chemin.
