Pauvre Brendan Gallagher.
Celle-là fait mal. Le vétéran voulait une nouvelle vie à Vancouver. Il vient de connaître un premier match qui confirme que son corps et son hockey sont rendus au bout du chemin.
On savait que le Canadien avait tourné la page parce que Gally était fini à la corde. Certains pouvaient toutefois croire qu’avec les Canucks, dans une équipe en reconstruction et beaucoup moins profonde à l’attaque, Gallagher allait récupérer du temps de glace, retrouver un rôle un peu plus important et peut-être sauver les meubles pendant sa dernière année de contrat.
Le premier match contre les Oilers a raconté exactement l’inverse.
Gallagher a été complètement invisible. Il a joué seulement 10 minutes et 54 secondes, obtenu un seul tir et une mise en échec, sans récolter de point dans la victoire de 6-5 en prolongation. (voir les détails de la triste scène qui a suivi plus loin dans l'article)
Il a été l’attaquant le moins utilisé de Vancouver avec le no-name Arshdeep Bains. Pendant que son coéquipier de quatrième trio Paul Cotter inscrivait deux buts, dont celui de la victoire en prolongation, Gallagher n’a pratiquement jamais existé dans le match.
Les statistiques officielles confirment ce temps de glace famélique, mais surtout, les statistiques avancées détruisent le vétéran dans tous les compartiments. (voir la suite de l'article après ce tableau catastrophique)

Le pire, c’est son langage non-verbal. Gallagher était sur le quatrième trio avec Cotter et Arshdeep Bains, mais il ralentissait ses coéquipiers de manière honteuse.
Même qu'on l'a vu bouder sur le banc. Il n’est pas utilisé sur l’avantage numérique. Il n’est pas devenu une pièce importante en désavantage numérique. Il est juste trop lent et essoufflé sur patins.
Il est rendu à un point où son rôle est tellement limité que même dans une formation qui cherche encore son identité, son entraîneur-chef Manny Malhotra a tout de suite réalité à quel point il n'a plus d'essence dans le réservoir.
Puis il y a eu cette image qui résume malheureusement tout : Gallagher plié en deux sur le banc, cherchant son souffle.
Cette scène, on l’a déjà vue à Montréal. Elle était devenue presque symbolique de ses dernières années avec le Canadien.
À Vancouver, elle revient dès son premier match. Le joueur qui gagnait ses batailles en se jetant partout, qui frappait, qui se battait pour chaque rondelle et qui semblait toujours avoir une réserve d’énergie vient maintenant de jouer moins de onze minutes sur un quatrième trio, dans la pire équipe sur papier de toute la LNH.
C’est particulièrement cruel lorsqu’on repense à ce que Gallagher disait avant de partir. Il voulait une nouvelle occasion. Il priait pour une place où il pourrait être le joueur qu’il voulait être.
Lors de son départ vers Vancouver, il parlait même de cette nouvelle aventure comme d’un scénario idéal pour lui et sa famille. Il avait aussi insisté sur le fait qu’il lui restait de « l’essence » dans le réservoir. Mensonge.
Et c’est ici que ses anciennes déclarations sur le Canadien et Kent Hughes reviennent lui exploser au visage. Gallagher avait raconté qu’il ne cherchait pas à quitter Montréal et que c’était plutôt l’organisation qui lui avait fait comprendre qu’elle ne voulait plus de lui.
« J’ai connu tellement d’années incroyables à Montréal et je ne cherchais pas à partir. Je voulais en faire partie et aider. J’ai fait ce qu’on me demandait en tout temps. Il y avait de la frustration et tout ça, mais j’étais engagé. Je faisais partie de l’équipe. »
« Et maintenant, cet été, on m’a demandé de ne plus en faire partie. »
Il avait alors enfoncé le clou :
« Ils ne voulaient plus de moi. Alors tu cherches une situation où tu peux aller avoir du plaisir à jouer, avoir du plaisir sur la glace, où ta famille est bien installée et où tout est simplement parfait. »
Avec le recul, cette sortie publique paraît tellement malheureuse pour Gallagher. Il voulait démontrer qu’il avait encore sa place dans la LNH et que Montréal avait eu tort de tourner la page en envoyant Kent Hughes sous l'autobus.
Cette version avait alimenté une véritable guerre narrative autour de son départ. Sauf qu’aujourd’hui, il n’a plus besoin de convaincre personne que Montréal avait tort de lui montrer la porte de sortie.
Son premier match à Vancouver est un véritable cauchemar et confirme l'inévitable: la retraite l'attend l'été prochain.
Gallagher a 34 ans, mais a le corps d'un vieillard. Il lui reste une seule saison à son contrat de six ans et 39 millions de dollars, et il deviendra joueur autonome sans compensation après cette campagne.
Qui va lui offrir un nouveau contrat l’été prochain? Les arguments de son expérience, son leadership et sa connaissance du métier doivent aller aux poubelles.
Il ne suffit plus d’être un ancien guerrier au corps magané pour obtenir une place dans une formation de la LNH. Il faut encore être capable de patiner, sans avoir envie de vomir sur le banc ou être exténuné comme un asthmatique qui a perdu sa pompe.
Tellement triste. Il voulait une nouvelle vie. Mais c'est déjà la fin.
