ll y a des moments où un réseau cesse d’être un média pour devenir un spectacle malgré lui, non pas un spectacle assumé, réfléchi, maîtrisé, mais un cirque improvisé, maladroit, presque cruel, où l’on donne l’impression que plus personne ne tient réellement le volant.
C’est exactement ce qui se passe actuellement au sein du réseau Québecor, alors que TVA Sports s’enfonce dans des cotes d’écoute faméliques et que la maison-mère semble chercher désespérément à capter l’attention en abaissant volontairement le niveau de son propre contenu.
Quand une chaîne sportive n’attire plus, quand ses plateaux sonnent creux, quand les segments deviennent malaisants et que les chiffres ne suivent plus, il arrive un moment où la tentation devient grande de provoquer, de caricaturer, de forcer le rire, quitte à frôler la gêne publique.
C’est exactement ce que TVA fait depuis quelques jours avec ces vox pop diffusés en boucle, où l’on va tendre le micro à des citoyennes visiblement désorientées pour leur faire commenter la démission de François Legault, non pas pour éclairer le débat public, mais pour créer des clips viraux où l’on rit des gens, et non avec eux.
Cet extrait vidéo va vous faire rire... ou pleurer:
Asti que c'est drôle🤣
— 🔥Vidoc RonaCO₂🔥 (@Vidoc_Ronaco) January 14, 2026
Matante Rolande qui ne comprend pas ce qui se passe🤣 pic.twitter.com/XmJAVzwxxs
On voit défiler des femmes âgées qui peinent à comprendre ce qui se passe, des réponses décousues, des silences maladroits, des phrases sorties de leur contexte, et le montage, volontairement appuyé, donne l’impression que l’objectif n’est pas d’informer, mais de ridiculiser, comme si l’on cherchait à transformer la confusion réelle de certaines personnes en divertissement bon marché.
Voilà un 2e extrait vidéo d'une autre madame qui semble mêlé comme un jeu de cartes:
Arrêtez les vox pop, je vais mourir de RIRE 😹
— 🔥Vidoc RonaCO₂🔥 (@Vidoc_Ronaco) January 15, 2026
🤣🤣🤣
via @mauraislive pic.twitter.com/ly3T1RfWKz
Voilà une stratégie qui rappelle les pires dérives de la télévision sensationnaliste, où l’humain devient un accessoire et le malaise un outil de programmation.
Ce qui rend la chose encore plus troublante, c’est le contexte dans lequel ces segments surgissent. TVA Sports traverse une période extrêmement difficile, ses audiences sont au plus bas, son modèle d’affaires est fragilisé, son avenir est incertain, et plutôt que de renforcer la crédibilité, la rigueur ou la qualité du contenu, on donne l’impression que le réseau principal TVA tente de masquer l’effondrement par des séquences faciles, conçues pour faire réagir sur les réseaux sociaux, peu importe le prix à payer en termes de dignité ou de respect.
Il ne s’agit pas ici de critiquer les gens interviewés, bien au contraire. Le problème n’est pas la grand-mère qui qualifie François Legault d’« homme remarquable », ni celle qui semble complètement dépassée par l’annonce de sa démission.
Le problème, c’est le regard posé sur elles, le choix éditorial de les exposer ainsi, de les placer dans une situation où elles deviennent involontairement la joke, le punchline, le moment qu’on partage en riant, alors qu’elles n’ont rien demandé et qu’elles ne comprennent parfois même pas pourquoi on leur tend un micro.
Ce genre de contenu n’est pas le signe d’un réseau confiant. C’est le symptôme d’un réseau à bout de souffle, qui cherche à exister autrement que par la qualité de son offre, parce que les chiffres ne suivent plus, parce que l’auditoire décroche.
Quand une chaîne en arrive à exploiter le désarroi de citoyens ordinaires pour générer du clic ou du rire facile, ce n’est plus de l’audace, c’est un aveu de faiblesse.
On sent derrière ces vox pop une panique sourde, une volonté de faire parler de soi à tout prix, même si cela signifie transformer l’actualité politique en sketch involontaire et la parole citoyenne en objet de moquerie.
Ce n’est pas un hasard si ces images circulent autant : elles choquent parce qu’elles donnent l’impression que le réseau a perdu sa moralité autant que sa stratégie.
En réalité, ces segments disent beaucoup plus sur l’état du réseau que sur les personnes interviewées. Ils racontent une chaîne qui n’a plus confiance en son propre contenu, qui cherche des raccourcis émotionnels, qui confond viralité et pertinence, et qui finit par se tirer dans le pied en donnant de lui-même l’image d’un média prêt à tout, même à s’auto-ridiculiser, pour rester dans la conversation.
Drôle... et triste en même temps...
