La défaite historique des Rangersm détruits 10-2 à Boston n’est pas une mauvaise soirée parmi d’autres à New York ; c’est un verdict. Un match-séisme qui enlève toute ambiguïté et force enfin l’organisation des New York Rangers à regarder la réalité en face : ce groupe-là n’a plus rien d’un aspirant, et la seule décision responsable est une vente de feu franche, assumée, sans faux-semblants.
Le reste du calendrier avant la pause olympique ne doit pas servir d’excuse pour retarder l’inévitable ; onze matchs, même parfaits, ne sauraient effacer dix-huit mois de désastres sportifs, de plafonds atteints, de promesses non tenues et de gestion d’actifs catastrophiques (Chris Drury est le pire DG de la LNH) qui a mené l’équipe exactement là où elle se trouve aujourd’hui : au fond du classement de l’Est en pourcentage de points, hors du portrait des séries, avec trop d’équipes à dépasser et trop peu de réponses sur la glace.
Ce naufrage public au TD Garden a tout résumé. Les chants humiliants de « We want 10! », la facilité avec laquelle Pavel Zacha a complété son premier tour du chapeau en carrière, alors que Marat Khusnutdinov marqué 4 buts (un événement que la franchise n’avait pas vécu depuis 1993) et cette impression constante d’un club dépassé dans l’exécution, la vitesse et l’engagement.
Même le discours d’après-match, pourtant lucide par moments, sonnait creux tant les mots ont été répétés cette saison.
Quand le capitaine J.T. Miller parle de honte, de nausée et de réponse attendue, il ne fait que verbaliser un malaise profond : les leaders sentent bien que la marge de manœuvre a disparu, mais ils n’arrivent plus à « tirer » le groupe vers le combat.
Et quand l’entraîneur Mike Sullivan ramène tout aux « détails » et au manque de pratiques, il reconnaît implicitement que l’identité défensive qui faisait illusion en début d’année s’est évaporée.
Les chiffres confirment ce que l’œil voit. Après un départ où les Rangers flirtaient avec des indicateurs respectables, la chute a été brutale : leur taux de buts attendus s’est effondré sur un échantillon massif, au point où même une régression positive ponctuelle ne changerait rien au diagnostic global.
À l’attaque, l’équipe est l’une des moins productives de la ligue ; en défense, elle s’effrite depuis que les blessures d’Igor Shesterkin et d’Adam Fox ont retiré les dernières béquilles. Résultat : sept défaites aux neuf derniers matchs, seulement deux victoires en temps réglementaire lors des 17 dernières sorties, et un retard de cinq points sur le dernier laissez-passer avec des matchs en main chez les concurrents directs. On n’est plus dans l’espoir mathématique ; on est dans l’entêtement.
Dans ce contexte, persister à « acheter » ou à conserver le statu quo serait irresponsable. Il faut vendre, et vendre intelligemment.
Chris Drury peut parler d’un top-9 d’impact et d’une course aux séries, mais le marché lui répondent que l’heure est à la reconstruction.
Et c’est précisément là que le dossier devient fascinant pour Montréal. À l’approche de la date limite, New York devient un véritable buffet pour Canadiens de Montréal et pour Kent Hughes, qui cherche depuis des mois un attaquant de puissance capable de jouer dans un top-6 ou un top-9, de frapper, de déranger, d’imposer un tempo en séries.
Évidemment, les fantasmes vont pleuvoir autour de Matt Rempe. Le gabarit, l’intimidation, l’aura… mais soyons sérieux : Rempe est un joueur de quatrième trio, un spécialiste de l’énergie et des bagarres, pas une réponse durable pour le hockey de printemps.
Le Canadien a déjà son shérif en Arber Xhekaj, et a appris à ses dépens que la robustesse sans talent ne gagne pas quatre rondes. Rempe fait vendre des chandails, pas des séries.
Le nom qui aurait coché toutes les cases, c’est J.T. Miller. Méchant, intense, capable de trash talk, de marquer et de porter un vestiaire. À 32 ans, avec 11 buts et 13 passes pour 24 points en 37 matchs, malgré un différentiel de -15 dans une saison chaotique, il demeure un joueur d’impact.
Problème : il ne veut rien savoir du Canada, traîne un contrat de 8 M$ jusqu’en 2030, et Montréal n’a aucun intérêt à s’enchaîner à ce type d’engagement à long terme dans la phase actuelle de sa construction. Le fit hockey est séduisant ; le fit contractuel et humain ne l’est pas.
Vincent Trocheck, lui, est un vrai centre top-6, signé à 5,65 M$ jusqu’en 2029. Compétitif, intense, affecté par la spirale négative actuelle, il représente une valeur de marché réelle.
Mais le Canadien n’a pas besoin d’un autre centre ; il est satisfait de sa profondeur, surtout avec la saison fabuleuse d'Oliver Kapanen. Ajouter Trocheck, ce serait déplacer un problème plutôt que le régler.
Là où Montréal doit ouvrir grand les yeux, c’est en défense. Quand on sait que le CH cherche activement un droitier capable de jouer de vraies minutes, Brayden Schneider devient la cible logique.
À 24 ans, 6 pi 3 po, 206 lb, Schneider vit une saison pénible, exposé, parfois humilié, à -9 dans un contexte qui n’aide personne. Justement : ce sont souvent ces profils-là qui bénéficient le plus d’un nouveau départ.
Schneider n’est plus un projet, mais il est encore jeune, robuste, et son plafond n’a jamais été complètement atteint.
Dans un environnement plus stable, avec un rôle clair, il peut redevenir ce défenseur fiable que New York croyait tenir. Pour Hughes, c’est exactement le genre de pari calculé qui peut rapporter gros.
Et puis il y a le poste de gardien. Shesterkin est blessé, Jonathan Quick est au bout du rouleau, Spencer Martin n’est pas la solution.
New York écoutera si on lui parle d’un Samuel Montembeault ou d’un Jacob Dobes, surtout si cela s’inscrit dans une transaction plus large visant à rééquilibrer l’organisation. Dans une vente de feu, les Rangers devront accepter des pièces utiles, pas seulement des choix abstraits.
Ce qui rend la situation encore plus limpide, c’est le climat interne. Les propos d’Artemi Panarin sur la pression et l’impossibilité de jouer « lousse », l’aveu de Trocheck parlant d’un « reset complet », les gestes de Sam Carrick obligé de jeter les gants pour tenter de réveiller un groupe amorphe : tout pointe vers une équipe à bout de souffle.
Même quand Panarin et Zibanejad produisent, ça ne change rien au résultat final. Quand tes meilleurs joueurs performent et que tu perds quand même lourdement, c’est que la structure est défaillante.
La conclusion s’impose d’elle-même. New York n’est pas à une pièce près ; elle est à une vision près. Continuer à faire semblant serait répéter les erreurs qui ont mené à ce 10-2 infamant.
Pour Montréal, c’est une occasion rare d’exploiter un marché vendeur, de cibler précisément ce qui manque à son alignement sans hypothéquer l’avenir.
La vente de feu à Manhattan n’est pas une rumeur : c’est la seule issue logique. Et dans ce brasier annoncé, Kent Hughes doit avancer avec sang-froid, en expert, prêt à transformer la détresse d’un rival historique en accélérateur pour faire du CH des prétendants à la Coupe Stanley... dès cette année...
