Vingt mille dollars.
Voilà le chiffre officiel.
C’est la récompense versée par le Comité olympique canadien à un athlète qui gagne l’or à Milan-Cortina.
Peu importe le sport. Peu importe le statut. Peu importe que tu t’appelles Mikaël Kingsbury… ou Connor McDavid.
Le même montant.
Pour tout le monde.
Pendant ce temps-là, aux États-Unis, un médaillé d’or empoche environ 37 500 $ US.
L’argent rapporte plus de 22 000 $ US, le bronze autour de 15 000 $ US.
Et ça, ce sont les chiffres directs, sans compter les primes privées, les commanditaires, les bonus corporatifs qui s’ajoutent souvent derrière.
Traduction simple : un joueur américain gagne presque le double d’un Canadien pour exactement la même médaille.
Et là, le malaise commence.
Parce que non, Crosby, McDavid et MacKinnon ne jouent pas pour l’argent.
Parce que oui, 20 000 $, pour eux, c’est de la petite monnaie.
Mais parce que symboliquement, le message est brutal.
Le Canada, pays qui se présente comme la grande nation du hockey, valorise moins ses médaillés que son voisin direct.
Pourquoi?
La réponse n’est pas sportive.
Elle est politique. Administrative. Philosophique.
Au Canada, les primes olympiques sont versées par le Fonds d’excellence des athlètes, sous l’égide du Comité olympique canadien.
Ce fonds est conçu comme un programme d’aide globale : soutenir des athlètes amateurs, financer l’entraînement, permettre à des disciplines moins médiatisées de survivre.
Bref, un modèle égalitaire.
Même montant pour tous.
Même règle pour tous.
Même chèque pour un skieur acrobatique… ou le meilleur joueur de hockey au monde.
Aux États-Unis, la logique est différente.
Les primes sont versées par l’USOPC, mais surtout bonifiées par une culture de performance ultra-commerciale.
Le sport est un produit. La médaille est un investissement. La victoire est monnayable.
Résultat : les montants sont plus élevés, et souvent accompagnés de bonus indirects.
Ce n’est pas que les Américains aiment plus leurs athlètes.
C’est qu’ils paient pour la victoire.
Et c’est là que le Canada paraît cheap.
Parce que le hockey masculin, ce n’est pas une discipline marginale.
Ce n’est pas un sport en développement.
Ce n’est pas un programme fragile à protéger.
C’est la vitrine mondiale du pays.
Quand Sidney Crosby enfile le chandail canadien, il ne représente pas un sport confidentiel. Il représente une industrie, une histoire, une identité nationale. Même chose pour McDavid et MacKinnon.
Et pourtant, la récompense reste figée dans une logique pensée pour l’ensemble du système, pas pour l’élite mondiale.
Certains diront que l’argent ne devrait jamais être le moteur.
C’est vrai.
Mais l’argent reste un symbole de reconnaissance.
Un indicateur de valeur.
Un reflet des priorités.
Et quand un pays qui se dit la référence mondiale du hockey offre moins que ses rivaux directs, le contraste devient difficile à ignorer.
Surtout quand on sait une chose :
plusieurs de ces joueurs canadiens feront un don équivalent ... ou supérieur ... à ce qu’ils recevront.
À des fondations.
À des causes.
À des organismes communautaires.
Autrement dit, l’État récompense peu… et les athlètes redonnent beaucoup.
Ironique.
Qui décide de ces montants?
Pas les joueurs.
Pas les entraîneurs.
Pas Hockey Canada directement.
Ce sont des structures olympiques, figées depuis des années, qui n’ont jamais été réajustées pour tenir compte de la réalité économique du hockey moderne.
Et personne n’ose toucher à ça, parce que ça ouvrirait une boîte de Pandore :
Pourquoi le hockey aurait plus?
Pourquoi pas le ski?
Pourquoi pas l’athlétisme?
Alors on égalise par le bas.
Sauf que quand les comparaisons sortent, quand les chiffres circulent, quand les partisans réalisent que leurs héros valent officiellement moins qu’un Américain sur papier… le discours commence à craquer.
Vingt mille dollars pour une médaille d’or.
Trente-sept mille chez le voisin.
Même tournoi. Même pression. Même risque de blessure.
La différence?
La façon dont un pays choisit de valoriser ses champions.
Et là-dessus, le Canada vient de se faire devancer.
Misère...
