Vol Dallas-Montréal: Marc Bergevin crée la commotion

Vol Dallas-Montréal: Marc Bergevin crée la commotion

Par David Garel le 2025-08-30
kings marc bergevin

Marc Bergevin aurait sans doute préféré que personne ne sache.

L’ex-directeur général du Canadien de Montréal voulait faire le trajet Dallas–Montréal dans l’anonymat le plus complet.

Mais dans le Québec hockey, surtout en pleine saison morte, chaque mouvement compte. Et c’est le journaliste Maxime Truman qui a vendu la mèche :

« Selon mes informations, Marc Bergevin est dans un vol de Dallas vers Montréal. »

Cette simple publication a fait l’effet d’une bombe dans un climat déjà tendu entre Bergevin et les médias québécois.

En quelques minutes, les spéculations ont repris de plus belle : que vient-il faire à Montréal ? Va-t-il rencontrer Geoff Molson ? 

Non, les deux hommes se détestent.

Est-il impliqué dans la transaction tant attendue de Carey Price, prévue le 1er septembre (lundi) ?

Non, 

Ou cherche-t-il simplement à tourner la page, malgré une relation brisée avec les journalistes de la province ?

Une chose est certaine : Marc Bergevin n’a toujours pas accordé la moindre entrevue à un média québécois depuis son congédiement en novembre 2021.

Ce silence prolongé est perçu comme un affront, voire un mépris total envers la province qui lui a donné sa plus grande vitrine professionnelle.

Le divorce entre Bergevin et les médias québécois ne s’est pas fait en douceur. Depuis son départ du CH, il cultive une discrétion qui frôle l’hostilité.

Il a esquivé les caméras à Las Vegas pendant le repêchage 2024, ignorant les journalistes qui souhaitaient tout simplement lui poser des questions sur son avenir, son analyse du hockey moderne ou ses années passées à Montréal.

Le plus ironique dans cette position de silence malaisant, c’est qu’elle tranche radicalement avec l’image d’un Bergevin omniprésent qu’on a connue à Montréal.

À l’époque, il maîtrisait les codes médiatiques, blaguait en point de presse, jouait la carte de la transparence (parfois trop) et s’imposait comme le visage du CH. Aujourd’hui, il fuit tout contact, comme s’il avait honte d’avoir dirigé le club pendant près de dix ans.

Pour plusieurs, la non-nomination de Bergevin au poste de DG des Blue Jackets de Columbus, puis des Islanders, a été un tournant.

Il espérait ces poste. Deux endroits pour une reconstruction accélérée à son image. Et pourtant, il a été écarté.

Ce refus a fait mal. Très mal. Non seulement parce qu’il a raté une occasion idéale de relancer sa carrière dans un marché secondaire, loin de l’enfer montréalais, mais aussi parce que ça a renforcé sa méfiance vis-à-vis des médias. Il ne comprend pas pourquoi il est encore la cible d’attaques, alors qu’il ne parle plus.

Mais c’est justement ça, le problème. Son silence devient une arme à double tranchant. En ne donnant pas sa version, il laisse le champ libre aux spéculations, aux critiques, aux interprétations biaisées.

Et il alimente la rumeur selon laquelle il en veut encore aux médias de l’avoir « forcé dehors ».

Deux journalistes incarnent parfaitement cette rupture : Tony Marinaro et Louis Jean. Le premier a été cinglant avec ses mots dans son balado The Sick Podcast après avoir été ignoré par Bergevin à Vegas :

« Marc fait semblant de ne pas nous connaître. Il pense que c’est de la faute des médias s’il a été congédié, mais je pense en fait que c’est grâce à nous s’il est resté encore quelques années. »

Quant à Louis Jean, il a récemment relancé le débat en révélant que Marc Bergevin lui a fait la gueule pendant deux ans après qu’il ait rapporté une rumeur de transaction concernant P.K. Subban :

« Ça a fait en sorte que Marc Bergevin ne m’a pas parlé pendant deux ans après ça. »

Le plus troublant dans cette anecdote, c’est que la rumeur était vraie. Subban a été échangé quelques mois plus tard contre Shea Weber, et la direction du CH a même tenté de discréditer Louis Jean dans les médias.

Une manœuvre qui en dit long sur le besoin de contrôle maladif de Bergevin.

Depuis ce moment, aucun média québécois n’a réussi à obtenir une entrevue avec Marc Bergevin. Pas un mot, pas une citation, pas une apparition publique planifiée. Rien. Et ce silence s’étire depuis plus de 1000 jours. C’est du jamais vu dans l’histoire moderne de la LNH pour un ancien directeur général.

Même Pierre Gauthier, pourtant discret et froid, avait fini par donner sa version des faits après son congédiement. Bergevin, lui, semble déterminé à ne rien dire. Peut-être par fierté. Peut-être par orgueil. Peut-être par peur. Mais ce silence devient maintenant une crise de relations publiques.

Il ne faut pas oublier un détail important : Marc Bergevin a touché un salaire de 2,5 à 3,5 millions de dollars pendant son règne avec le Canadien, qui a duré pratiquement une décennie.

Des millions issus en grande partie des revenus générés par les fans québécois. Et aujourd’hui, ces mêmes partisans n’ont même pas droit à une poignée de main à l’aéroport ni à un mot de reconnaissance.

Lors de son passage à Québec, lors de la visite des Kings l'automne dernier, il a refusé de signer des autographes. Encore une fois, ceux qui espéraient un moment de proximité avec l’ancien DG sont repartis les mains vides. Ce n’est plus de la discrétion. C’est du mépris.

Tout cela se passe dans un contexte où Marc Bergevin est sur la corde raide à Los Angeles. Les Kings viennent de subir quatre éliminations consécutives au premier tour.

Bergevin pensait avoir le poste de DG des Kings, mais son ami Luc Robitaille l'a trahi en nommant Ken Holland.

Marc Bergevin pensait être vu comme le favori pour remplacer Rob Blake. Comme à Columbus. Comme à Long Island.

Mais il a échoué encore.

Voilà pourquoi il refuse peut-être de s’ouvrir à nouveau au Québec. De faire face aux critiques. De répondre aux questions. De redevenir un personnage public.

Marc Bergevin tente de vivre comme un fantôme. Invisible, silencieux, insaisissable. Mais dans une province passionnée de hockey comme le Québec, il est impossible de se cacher éternellement. Chaque vol qu’il prend, chaque ville qu’il visite, chaque poste qu’il convoite est scruté à la loupe.

Et ce retour à Montréal, qu’il voulait discret, ne fait que raviver la frustration collective. Il devra un jour affronter les projecteurs. Non pas par obligation contractuelle. Mais par devoir moral.

Parce qu’après tout, les partisans du CH lui ont tout donné.

Et aujourd’hui, ils ne demandent qu’une chose : un peu de respect.