Le message du Canadiens de Montréal n’a pas été livré par un communiqué, ni par une déclaration de Martin St-Louis en point de presse. Il a été livré de la façon la plus calculée qui soit dans la LNH moderne : en envoyant Zachary Bolduc devant les caméras. Encore. Pour une deuxième journée consécutive.
Ce n’est jamais un hasard quand le département des communications fait ce genre de choix. Dans un contexte où le nom de Bolduc circule de plus en plus ouvertement dans les discussions médiatiques entourant un éventuel renvoi à Laval, où des analystes établis comme ceux de Cogeco et même des observateurs plus près de l’organisation évoquent cette possibilité sans détour, le Canadien a décidé de contrôler le narratif. Pas en niant la réalité. Mais en la brouillant.
Bolduc a donc été envoyé au front, après avoir participé à l’entraînement optionnel, un détail loin d’être banal pour un joueur de 22 ans qui sait très bien que ça ne va pas, qui sent la pression monter, qui comprend que son nom est devenu un dossier, pas seulement un joueur.
Et devant les micros, il a livré exactement ce que l’organisation attendait de lui : un discours propre, réfléchi, rempli de généralités et de bonnes intentions, mais vide de révélations.
« On est conscients que les matchs vont se resserrer plus la saison va avancer. Les matchs ont de plus en plus d’importance. Ça va être à nous de trouver des façons de créer de l’offensive, d’amener des tirs au filet et de déranger les gardiens adverses. »
Tout est là. Et rien n’est là en même temps.
Bolduc parle comme un joueur qui sait quoi dire, pas comme un joueur qui peut encore le faire sur la glace.
Quand on lui parle du classement, du vertige de passer de la première à la troisième place dans une conférence aussi serrée, il répond calmement, mécaniquement :
« On est au courant. C’est tellement serré que si tu prends une semaine de break, tu descends énormément au classement. […] De notre côté, on veut vraiment mettre le focus sur nous. »
Encore une fois, aucun faux pas. Aucun aveu. Aucun inconfort apparent. Mais derrière cette façade, tout le monde comprend ce qui se joue réellement. On ne parle plus de la course aux séries. On parle de sa place dans l’alignement.
Lorsqu’il aborde sa situation sur un trio composé de vétérans qui se connaissent depuis des années (Gallagher et Danault), Bolduc tente de se repositionner comme un complément utile :
« Je veux apporter mes forces, mon patin, mon échec avant, ma rapidité, mon lancer. […] Je veux apporter de la vitesse, récupérer des rondelles et me positionner pour pouvoir lancer. »
Le problème, c’est que ce discours-là existe depuis des semaines. Et que, sur la glace, ces intentions ne se traduisent pas.
Les minutes diminuent. L’impact disparaît. La confiance, autant la sienne que celle du personnel d’entraîneurs, semble s’effriter à chaque match.
Ce que le Canadien a fait en l’envoyant encore une fois devant les médias, ce n’est pas de défendre son rendement. C’est de repousser l’idée qu’il est déjà condamné. De montrer publiquement qu’on ne l’a pas encore rangé dans la catégorie des joueurs sacrifiables. Que la serviette n’est pas lancée. Pas maintenant.
Mais le contexte, lui, est sans pitié.
Josh Anderson s’est entraîné en équipement complet.
Jake Evans est sur le point de revenir.
Kirby Dach se rapproche.
Patrik Laine aussi.
Et Bolduc, lui, est exempté du ballottage. Le détail que tout le monde connaît. Celui qui rend la décision facile le jour où il faudra faire de la place.
Envoyer Bolduc à Laval, ce n’est pas une punition administrative. C’est une manœuvre sans conséquence contractuelle.
Une décision propre. En-dessous de la table. Et c’est précisément pour ça que l’organisation prend soin, en ce moment, de ne pas donner l’impression qu’elle y pense déjà.
Le signal est clair : pas maintenant.
Mais il est tout aussi clair que la patience n’est pas infinie.
En multipliant les apparitions médiatiques de Bolduc, le Canadien envoie un message double. À l’extérieur, on veut calmer la tempête, ralentir le narratif de la descente inévitable, montrer qu’on croit encore au joueur.
À l’intérieur, on teste aussi quelque chose : sa capacité à gérer la pression, à porter un discours, à rester droit pendant que son jeu vacille.
Parce qu’au final, ce qui décidera de son sort, ce ne sont pas ses réponses polies, ni sa bonne volonté devant les micros.
Ce sera ce qu’il fera, ou ne fera pas, lors de ses prochaines présences.
Pour l’instant, le CH dit : Zachary Bolduc à Laval, ce n’est pas pour maintenant.
Mais personne, surtout pas Bolduc lui-même, ne peut ignorer que l’horloge tourne.
