Zachary Bolduc s'effondre devant les journalistes

Zachary Bolduc s'effondre devant les journalistes

Par David Garel le 2026-01-10

Le malaise autour de Zachary Bolduc ne se cache même plus derrière les statistiques avancées, il saute désormais aux yeux à chaque présence, à chaque changement, à chaque séquence où le jeu passe autour de lui sans jamais passer par lui, comme s’il n’était plus qu’un figurant dans un film dont il croyait être un des personnages principaux.

11 minutes et 34 secondes.

Une seule mise en échec.

Aucune emprise sur le match.

Aucune séquence où il force l’adversaire à s’ajuster.

Dans un match serré, dans un contexte où le Canadien cherche désespérément des réponses offensives, Bolduc a encore été l’attaquant le plus invisible de l’alignement, et ce n’est même plus une question d’opinion ou de perception : quand Samuel Blais, en à peine huit minutes de jeu, distribue trois mises en échec, impose une présence physique claire et laisse une trace tangible de son passage, pendant que Bolduc traverse la rencontre comme un fantôme, la comparaison devient cruelle, mais surtout révélatrice.

Le problème, ce n’est même plus ce que Bolduc ne fait pas avec la rondelle.

C’est ce qu’il ne fait pas sans elle.

Il ne ferme pas les lignes de passe.

Il ne coupe pas les sorties.

Il n’impose aucune pression sur les défenseurs adverses.

Et dans le système actuel de Martin St-Louis, cette absence d’impact est inacceptable, surtout pour un joueur qui n’est ni indispensable en avantage numérique, ni prioritaire en fin de match, ni protégé par un statut contractuel (pas exempté du ballottage) ou un rôle bien défini.

Mais le malaise ne s’est pas arrêté à la sirène finale.

Il s’est prolongé devant les micros, alors que Bolduc semble effondré devant les caméras.

L’entrevue d’après-match du Québécois n’a rien d’un joueur frustré mais combatif, ni d’un jeune qui assume une soirée difficile avec aplomb ; c’était le discours d’un joueur en manque total de confiance, fuyant le regard des journalistes, bégayant ses réponses, cherchant ses mots comme il cherche présentement son jeu.

« Je ne sais pas si on peut dire un drôle de match… mais dans le sens que tu essaies d’aller chercher le momentum, il n’y en a pas encore… »

Cette phrase, à elle seule, résume son état.

Un joueur qui parle de momentum sans jamais être celui qui le crée.

Il poursuit, presque mécaniquement, en parlant des pénalités, du rythme cassé, des occasions ratées, comme s’il décrivait un match vu de l’extérieur, pas un match qu’il a influencé.

« De notre part, on n’a pas réussi à concrétiser sur les opportunités qu’on a eues. Je pense que c’est ça qui a fait la différence ce soir. »

Encore une fois, rien de personnel, rien de tranchant, rien qui démontre une prise de contrôle ou une révolte intérieure. Tout est dilué dans le collectif, comme si se fondre dans le “on” permettait d’éviter le “je”.

Même lorsqu’il parle du gardien adverse, le ton reste plat, presque détaché :

« Oui, on lui donne du crédit, il a joué un bon match, mais je pense qu’on aurait pu faire une meilleure job de voiler sa vue… »

C’est une analyse correcte.

Mais c’est une analyse sans feu.

Sans urgence.

Sans la colère froide qu’on attend d’un joueur en train de perdre sa place.

Et c’est là que la situation devient franchement inquiétante.

Parce qu’à Montréal, en ce moment, tout converge contre lui.

Le temps de glace diminue.

L’impact est inexistant.

Les chiffres avancés le placent systématiquement au bas de l’échelle.

Les blessés reviennent.

Et surtout, son statut contractuel fait de lui la variable la plus facile à déplacer.

Envoyer Bolduc à Laval ne coûte rien.

Aucun ballottage.

Aucune perte d’actif.

Aucune onde de choc dans le vestiaire.

Et plus les matchs passent, plus cette option cesse d’être une hypothèse lointaine pour devenir une solution logique.

Ce qui frappe le plus, ce n’est pas qu’il traverse une mauvaise séquence (ça arrive à tous les jeunes), c’est qu’il n’y a aucun signe visible de réaction, aucun shift où l’on se dit : ok, là il a compris, là il s’est réveillé, là il impose quelque chose.

Même physiquement, son jeu s’est vidé.

Un seul contact dans un match où l’engagement était pourtant nécessaire, c’est plus qu’un chiffre : c’est un signal.

À ce stade-ci, on ne parle plus d’un simple creux de vague.

On parle d’un joueur déconnecté, de son jeu, de son rôle, et possiblement de sa confiance profonde.

Et dans une organisation qui ne se permet plus de patienter indéfiniment, surtout avec des retours imminents et une hiérarchie de plus en plus claire, le dossier Zachary Bolduc commence à sentir dangereusement la descente… pas seulement dans l’alignement, mais dans l’organigramme.

Ce n’est plus une question de potentiel.

C’est une question de survie hockey.

Et pour l’instant, Bolduc est en train de la perdre.