Alexander Zharovsky devait simplement poursuivre son développement en Russie avant de rejoindre le Canadien de Montréal.
À 19 ans, après une saison qui lui a permis de devenir la recrue de l’année de la KHL, son quotidien vient toutefois d’être rattrapé par une réalité qui dépasse largement les lignes rouges d’une patinoire… les déplacements dans le ciel russe deviennent eux-mêmes une source d’inquiétude.
Zharovsky appartient toujours au Salavat Ioulaïev d’Oufa, où il doit disputer une dernière saison avant de traverser l’Atlantique.
Le choix de deuxième tour du Canadien en 2025 a connu une première campagne remarquable dans la KHL, avec 42 points en 59 rencontres, dont 16 buts, ce qui lui a permis de remporter le trophée remis à la meilleure recrue du circuit.
Le problème, maintenant, ne concerne plus seulement son développement ou la qualité de ses performances.
La guerre qui ravage la région depuis des années s’invite directement dans la vie quotidienne des joueurs qui doivent voyager à travers l’immense territoire russe.
La KHL a récemment recommandé à ses équipes de porter davantage attention aux déplacements et de privilégier le transport terrestre lorsque c’est possible.
Le président du circuit, Alexeï Morozov, a notamment cité l’utilisation de trains nolisés par Ak Bars et le Lokomotiv en séries éliminatoires, soulignant que les équipes étaient arrivées à destination à temps, reposées et prêtes à jouer.
Cette recommandation prend une toute autre dimension lorsqu’on la place dans le contexte des attaques de drones ukrainiens qui perturbent régulièrement le transport aérien russe.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a d’ailleurs averti récemment que les activités de drones ukrainiens rendaient l’espace aérien russe de plus en plus dangereux pour l’aviation civile.
Des aéroports russes ont connu des fermetures et d’importantes perturbations au cours de l’été, tandis que les autorités russes ont affirmé de leur côté que la sécurité aérienne demeurait assurée.
C’est précisément ici que le nom de Zharovsky devient particulièrement important pour les partisans du Canadien.
Le jeune attaquant n’est pas une vedette quelconque qui évolue à l’autre bout du monde sans lien avec Montréal.
Kent Hughes l’a sélectionné au 34e rang en 2025 et l’organisation compte énormément sur son développement.
Le Canadien prévoit même son arrivée en Amérique du Nord après cette dernière saison en Russie.
Impossible de prétendre que Zharovsky est personnellement ciblé par les drones ukrainiens.
Rien ne permet de l’affirmer.
Le problème est plutôt l’environnement dans lequel il doit vivre et voyager.
Pour un jeune homme de 19 ans qui tente de préparer une carrière dans la LNH, savoir qu’un déplacement aérien peut être perturbé par des attaques de drones n’est certainement pas une considération facile à mettre de côté avant de prendre la route vers une autre ville.
Surtout que Zharovsky n’est absolument pas le seul espoir du Canadien concerné.
Montréal compte plusieurs joueurs sous contrat ou appartenant à son organisation qui évoluent actuellement en Russie.
Pugachyov, sélectionné au premier tour du dernier repêchage, représente lui aussi un investissement important pour Hughes.
Le DG du Canadien expliquait récemment que l’accès aux joueurs russes était devenu plus compliqué et que cette réalité pouvait même faire glisser certains talents au repêchage.
Pour Montréal, le paradoxe est difficile à ignorer.
L’organisation a choisi de miser sur certains des meilleurs jeunes talents russes disponibles, mais ces mêmes joueurs doivent maintenant poursuivre leur progression dans un pays où la guerre déborde jusque dans les infrastructures civiles et les déplacements sportifs.
Depuis 2014, le conflit n’a cessé de changer de forme, avant l’invasion à grande échelle de 2022, et la situation continue de produire des conséquences qui dépassent largement le hockey.
Pendant ce temps, Zharovsky doit penser au hockey, à sa prochaine saison, à son arrivée éventuelle à Montréal et à la suite de son rêve dans la LNH.
Mais lorsque même une ligue professionnelle recommande à ses équipes de regarder du côté des trains plutôt que des avions, difficile de prétendre que tout ça ne finit pas par entrer dans la tête d’un jeune joueur.
Le Canadien attend son espoir avec impatience.
Espérons simplement que Zharovsky pourra traverser cette dernière étape de sa carrière russe sans que la guerre ne vienne davantage s’immiscer dans son chemin vers Montréal.
Ouf…
