Pauvre Félix Séguin.
Pendant que TVA Sports vient de recevoir l’une des meilleures nouvelles de son histoire récente, lui se retrouve encore une fois au centre de toutes les conversations… mais pas pour les raisons qu’il aurait souhaitées.
Nous vous l’avions annoncé en primeur il y a plus d'une semaine. Aujourd’hui, La Presse confirme à son tour ce qui se dessinait depuis un bon moment : TVA Sports conservera les droits nationaux francophones pour les 12 prochaines années. La chaîne diffusera 32 matchs du Canadien en saison régulière, en plus de conserver l’exclusivité de toutes les séries éliminatoires en français. RDS présentera 45 matchs régionaux, tandis qu’Amazon Prime Video effectuera une entrée remarquée avec sept rencontres exclusives en français.
À lui seul, ce nouveau partage des droits raconte l’évolution complète de l’industrie.
Pendant des décennies, les amateurs ouvraient simplement leur télévision et syntonisaient le même poste. Aujourd’hui, le hockey sera partagé entre plusieurs diffuseurs, plusieurs plateformes et plusieurs façons de consommer le sport.
La télévision traditionnelle devra désormais cohabiter avec le streaming, pendant que des géants comme Amazon continuent tranquillement de prendre leur place dans le salon des Québécois.
Pour TVA Sports, cette entente représente beaucoup plus qu’un simple contrat.
Depuis son lancement en 2011, la chaîne a encaissé les coups de toutes parts. Les pertes financières se sont accumulées pendant des années (près de 300 millions de dollars).
Les cotes d’écoute ont souvent été comparées à celles de RDS. Chaque bourde est devenue virale. Chaque erreur était amplifiée. Chaque saison amenait son lot de prédictions annonçant la disparition imminente de la station.
Et pourtant…
Douze ans plus tard, TVA Sports est toujours debout.
Mieux encore, la chaîne diffusera davantage de matchs du Canadien que la saison dernière.
Ironiquement, ce sont peut-être les employés qui auront le moins de temps pour célébrer.
Parce qu’au moment même où cette nouvelle est devenue publique, les réseaux sociaux se sont enflammés.
Pas pour débattre du nouveau partage des droits.
Pas pour discuter de l’arrivée d’Amazon.
Pas même pour analyser les conséquences du contrat de Rogers évalué à 11 milliards de dollars.
Non.
Les commentaires sont rapidement revenus sur les mêmes noms.
Félix Séguin.
Patrick Lalime.
Jean-Charles Lajoie.
Et c'est encore et toujours Séguin qui s'en prend plein la figure.
Comme si, pour une partie des amateurs, la véritable question n’était plus de savoir qui diffusera le Canadien… mais bien la colère de devoir endurer le mal-aimé du Québec.
On voit défiler les mêmes commentaires cinglants.
Des internautes qui demandent qu'on remplace Séguin par Denis Casavant.
D’autres qui disent souhaiter entendre davantage Pierre Houde si Amazon construit une équipe francophone.
D'autres qui veulent que Pierre Houde travaille lors des 82 matchs du CH et non seulement pour les 45 matchs de RDS.
Imaginez Houde à RDS, TVA Sports et Amazon... serait le rêve du Québec en entier.
Ces discussions reviennent constamment et prennent une ampleur qui est horrible pour Séguin.
Au fil des années, il est lui-même revenu publiquement sur la pression que représente ce métier. Il a parlé du stress, de l’anxiété, du poids des critiques et du fait que chaque phrase peut être reprise, analysée et commentée pendant des jours.
« Je ne fais pas ce métier-là pour être populaire. Je sais que je suis très polarisant. Il y a des jours où je ne suis pas capable d’aller voir ce qui se dit sur les réseaux sociaux »
« Je ne lis plus ce qui est écrit, ça me fait trop mal. »
« Cependant, se faire insulter, se faire injurier et gérer les commentaires diffamatoires et irrespectueux sur les réseaux sociaux, ça fait suer en… »
« Je parle de ceux qui se cachent derrière leur téléphone et qui se croient tout permis. »
« C’est un très faible pourcentage, mais ce sont toujours eux qui font le plus de bruit. »
La mauvaise nouvelle pour Séguin, c'est que ce n'est pas un faible pourcentage, mais bien la province au grand complet.
On oublie parfois qu’avant d’être un descripteur, il y a un être humain.
Un homme qui sait qu’une simple expression, une tentative d’humour ou une phrase mal tournée peut faire le tour du Québec en quelques minutes.
Le paradoxe est immense.
Professionnellement, cette annonce lui offre une stabilité que plusieurs croyaient impossible il y a encore quelques mois.
Médiatiquement, elle signifie aussi que les projecteurs seront encore plus braqués sur lui.
Car lorsqu’une entreprise investit autant d’argent pour conserver les droits d’un produit aussi prestigieux que le Canadien de Montréal, les attentes du public montent automatiquement d’un cran.
Les téléspectateurs seront encore plus cinglants envers Félix qui vit un matin catastrophique.
L’arrivée d’Amazon ajoute d’ailleurs une nouvelle dimension à cette compétition.
Même si l’on ignore encore qui décrira les sept matchs francophones sur Prime Video, une chose est certaine : un nouveau joueur vient de s’installer à la table. Et lorsqu’un géant mondial entre dans un marché, les comparaisons deviennent inévitables.
Le hockey québécois entre officiellement dans une nouvelle époque.
Une époque où RDS, TVA Sports et Amazon devront chacun convaincre les amateurs qu’ils offrent la meilleure expérience.
Une époque où le talent devant la caméra et derrière le micro comptera peut-être encore davantage que le logo affiché à l’écran.
Pour les diffuseurs, la bataille ne se gagnera plus seulement avec des droits de diffusion.
Elle se gagnera aussi avec les voix, les analystes, les personnalités et la capacité de créer un lien durable avec le public.
Félix Séguin commence la course... déjà avec un immense retard.
Il n'est jamais arrivé à l'heure... dans la course de l'amour du Québec...
