Le nom d’Arber Xhekaj recommence à faire énormément de bruit. Cette fois, ce n’est pas Calgary. Ce n’est pas Philadelphie. Ce n’est pas Seattle. Ce n’est même pas Winnipeg. Voilà maintenant que les Maple Leafs de Toronto reviennent dans le décor. Et si cette possibilité se concrétisait un jour, Kent Hughes déclencherait probablement la plus grosse controverse de son mandat.
Parce qu’on ne parle pas d’un simple défenseur de troisième paire (ou plombier dans les gradins). On parle probablement du joueur le plus populaire du Canadien auprès des partisans.
Un gars qui vend des chandails, qui soulève le Centre Bell dès qu’il distribue une mise en échec ou qu’il jette les gants pour protéger un coéquipier. Un joueur que plusieurs considèrent comme le cœur émotif de cette équipe, mais qui, paradoxalement, ne semble plus avoir la confiance de Martin St-Louis.
Le moment est troublant.
Arber Xhekaj est toujours sans contrat. Nous sommes rendus au mois d’août. Le Canadien possède largement l’espace sous le plafond salarial nécessaire pour régler son dossier. Pourtant, rien ne bouge.
Brian Bartlett, son agent, répète que les discussions demeurent positives, qu’il n’y a « aucune panique », qu’il reste beaucoup de temps avant le camp d’entraînement et que les deux parties doivent simplement déterminer où Xhekaj s’inscrit dans la structure de l’équipe.
Une déclaration diplomatique… mais qui cache une réalité beaucoup plus dérangeante. Si tout était aussi simple, le contrat serait signé depuis longtemps.
La Gazette a ajouté une couche extrêmement intéressante au dossier. Herb Zurkowsky révèle qu’une source lui a confirmé que Toronto s’était déjà sérieusement intéressé à Arber Xhekaj il y a deux ans.
Sean Monahan figurait également sur leur liste à l’époque. Évidemment, la direction des Maple Leafs a changé depuis, John Chayka est maintenant directeur général et Jim Hiller a remplacé Craig Berube derrière le banc. Mais une chose ne change pas : Toronto cherche désespérément à devenir une équipe beaucoup plus difficile à affronter.
Et c’est exactement le profil de Xhekaj.
Les Leafs ont ajouté Dakota Joshua. Ils ont ajouté Teddy Blueger afin de rendre leur formatiom plus responsable. Brendan Duhamel fait aussi partie de cette nouvelle identité plus robuste que l’organisation tente de bâtir.
Tout indique que Toronto veut enfin mettre un terme à sa réputation d’équipe trop facile à intimider au printemps.deviendront encore plus importants.
Qui coche toutes les cases? Un défenseur de 6 pieds 4 pouces, 240 livres, capable de changer complètement le ton d’un match avec une seule mise en échec, prêt à défendre Auston Matthews, William Nylander ou Matthew Knies sans hésiter. Arber Xhekaj semble pratiquement construit pour répondre à cette mission.
Toronto avait déjà identifié son potentiel avant même qu’il ne devienne un joueur du Canadien. Xhekaj lui-même l’a raconté sur le balado Spittin’ Chiclets.
Après avoir été ignoré au repêchage de 2021, seulement deux équipes avaient communiqué avec lui : les Maple Leafs et les Panthers de la Floride. Son agent lui recommandait fortement la Floride. Ils regardaient les banques d’espoirs, analysaient les occasions et tout pointait vers Sunrise.
Mais Arber, lui, demandait simplement qu’on attende quelques jours. Il avait un pressentiment. Il savait que Montréal finirait par appeler.
Et c’est exactement ce qui est arrivé.
Le Canadien lui a promis une chance réelle de gagner sa place. « Fais un bon camp et de bonnes choses vont arriver », lui aurait-on dit. Montréal représentait son équipe favorite depuis toujours. Son rêve d’enfant. Il a choisi le Tricolore plutôt que Toronto. Il a choisi le chandail bleu-blanc-rouge alors qu’il aurait très bien pu devenir un Maple Leaf dès le départ.
Imaginer aujourd’hui Kent Hughes l’envoyer chez le plus grand rival du Canadien aurait quelque chose de complètement surréaliste.
Surtout lorsqu’on connaît la relation entre Xhekaj et Toronto.
Il n’a jamais caché son mépris sportif envers les Maple Leafs. Chaque affrontement entre les deux équipes semblait personnel.
Chaque mise en échec, chaque bataille, chaque déclaration respirait cette rivalité. Voilà pourquoi une transaction dans la même division provoquerait une onde de choc immense.
Les partisans auraient énormément de difficulté à comprendre pourquoi on accepte de renforcer précisément l’équipe que Montréal rêve de battre chaque printemps.
Mais en même temps…
Peut-on vraiment blâmer Toronto de s’intéresser à lui?
Quand on regarde la façon dont Martin St-Louis l’utilise, on comprend pourquoi plusieurs directeurs généraux sentent qu’il existe peut-être une occasion d’affaires.
Xhekaj sort d’une saison où il n’a disputé que 65 matchs, avec une moyenne de seulement 11 minutes 25 secondes par rencontre, la plus basse de sa carrière. En séries éliminatoires, son temps de glace est descendu à huit minutes par match avant d’être complètement laissé de côté contre la Caroline.
On l’a même essayé comme attaquant de quatrième trio à un certain moment tellement son rôle devenait flou. Lorsqu’un entraîneur envoie constamment ce genre de messages, les autres organisations prennent des notes.
Et c’est là tout le paradoxe.
À Montréal, plusieurs le voient comme un joueur sous-utilisé. Ailleurs, plusieurs le voient comme un joueur qui pourrait exploser si on lui confiait enfin un rôle clair.
Toronto pourrait très bien penser exactement cela.
D’autant plus que Xhekaj est un gars de Hamilton. Il a grandi en Ontario. Il connaît parfaitement ce marché. Il n’aurait aucun problème à évoluer sous cette pression médiatique. Les Leafs pourraient facilement vendre son arrivée comme celle du défenseur intimidant qui leur manque depuis des années.
Pendant ce temps, Kent Hughes se retrouve devant une décision extrêmement délicate.
S’il garde Xhekaj, il devra convaincre Martin St-Louis de lui offrir enfin un rôle cohérent, sans quoi toute cette histoire recommencera dans quelques mois. S’il l’échange… il devra vivre avec les conséquences.
Et si cette transaction se fait avec Toronto, les conséquences pourraient être encore plus lourdes. Car si Xhekaj devient exactement le joueur que plusieurs imaginent sous un autre uniforme, surtout dans celui des Maple Leafs, Montréal risque d’entendre parler de cette décision pendant très longtemps.
Est-ce que le Canadien croit encore en lui autant que ses partisans? Ou est-ce que, tranquillement, l’organisation est en train d’accepter que son avenir s’écrive peut-être ailleurs?
À la lumière des derniers développements, cette question paraît plus pertinente que jamais.
Et si un jour, il se retrouver à Toronto, Kent Hughes sera reconnu comme le grand méchant de l'histoire.
