Un détail frappe énormément lorsqu’on compare les dossiers d’Arber Xhekaj et de Kirby Dach.
Les deux étaient admissibles à l’arbitrage.
Mais un seul a décidé d’y avoir recours.
Kirby Dach.
Arber Xhekaj, lui, ne l’a pas fait.
Et ce geste en dit probablement beaucoup plus long qu’on le pense.
Pourquoi?
Parce que si Xhekaj s’était présenté devant un arbitre, son dossier aurait été extrêmement fragile.
Comment réclamer une augmentation importante lorsque ton propre entraîneur refuse presque constamment de te faire jouer?
Comment convaincre un arbitre que tu mérites davantage alors que Martin St-Louis t’a laissé dans les gradins pendant les matchs les plus importants de la saison?
S'il n'était pas sur la galerie de presse à mange des hot-dogs, il pouvait jouer parfois... une minute...
Ouch.
Le Canadien n’aurait eu qu’à déposer les feuilles de temps de glace.
Les matchs comme réserviste.
Les séries éliminatoires passées presque entièrement dans les estrades.
Tous les vidéos de ses "erreurs niaiseuses" comme le répétait Martin St-Louis pour rabaisser publiquement son défenseur.
Le dossier aurait été très difficile à défendre.
Voilà pourquoi plusieurs croient que le clan Xhekaj a préféré éviter cette bataille perdue d’avance.
Au lieu de créer un conflit avec l’organisation, le Shérif a envoyé un tout autre message.
Il veut rester à Montréal.
Il veut simplement obtenir une véritable chance.
Son clan viserait maintenant une entente à plus long terme, dans les environs de 2,5 à 3 millions de dollars par saison, un contrat qui permettrait au joueur de tourner la page sur les dernières années et de retrouver une certaine stabilité.
Évidemment, cela ne veut pas dire qu’il ne sera pas échangé.
Au contraire.
Son nom circule toujours énormément sur le marché.
Mais contrairement à Kirby Dach, il n’a pas choisi de mettre de la pression sur l’organisation en utilisant l’arbitrage comme levier de négociation.
D’un côté, Dach accélère les négociations et alimente les rumeurs de transaction.
De l’autre, Xhekaj demeure discret malgré tout ce qu’il a vécu.
Après avoir été écarté et humilié par Martin St-Louis, après avoir regardé son équipe souffrir physiquement des gradins et après avoir encaissé des mois de frustration, plusieurs auraient compris qu’il demande lui aussi l’arbitrage.
Depuis deux ans, Martin St-Louis ne lui a jamais vraiment accordé sa confiance.
Même lorsqu’il connaissait de bons matchs, même lorsqu’il amenait exactement l’élément physique qui manquait au Canadien, il retournait dans la niche du coach.
Le message de l’entraîneur a toujours été le même : il estimait que Xhekaj devait améliorer son positionnement défensif, sa prise de décision avec la rondelle, sa discipline et sa constance dans son jeu. Bref, Martin St-Louis voulait un défenseur plus fiable avant de lui offrir un rôle régulier.
Mais il y avait aussi tout ce qui se passait à l’extérieur de la patinoire.
Le fameux "Shérif Burger", ses campagnes publicitaires, son immense popularité auprès des partisans, les commandites, les séances photos… tout ce qui transformait Arber Xhekaj en véritable phénomène médiatique semblait irriter profondément Martin St-Louis.
On se souvient encore du malaise lorsque Xhekaj est devenu le visage du Shérif Burger chez La Belle et La Bœuf, alors que le Canadien est partenaire de La Cage... le rival du resto représenté par Xhekaj.
St-Louis n’a jamais semblé apprécier que son défenseur devienne une marque à lui seul. Il a même déjà refroidi les journalistes en rappelant que personne, selon lui, ne surnommait Xhekaj « le Shérif » dans le vestiaire.
Puis, cet été, voilà que toute la planète hockey parle encore de lui.
Cette fois, ce n’est plus un hamburger.
C’est son impressionnante transformation physique, son régime alimentaire, les déjeuners préparés par sa mère Simona, les photos devenues virales, les nutritionnistes qui analysent son alimentation et les entreprises qui flairent déjà une occasion marketing.
Encore une fois, Xhekaj attire toute la lumière.
Et pourtant…
Malgré tout cela, malgré un entraîneur qui lui a souvent préféré d’autres défenseurs, malgré les nombreux faux espoirs et malgré toutes les frustrations accumulées, Xhekaj n’a jamais cherché à provoquer un bras de fer avec l’organisation.
Il n’a jamais publiquement manifesté son mécontentement.
Au contraire.
Tout ce qui filtre de son entourage laisse croire qu’il souhaite encore réussir à Montréal, malgré les innombrables déceptions qu’il a vécues.
C’est ce qui rend la comparaison avec Kirby Dach si honteuse.
Dach, lui, a reçu toutes les occasions imaginables.
Le Canadien l’a acquis en sacrifiant un choix de première ronde.
On lui a confié un poste au sein du top-6.
On lui a donné du temps en avantage numérique.
L’organisation a attendu son retour après chacune de ses blessures.
Elle a continué de croire en lui malgré une production de seulement 77 maigres points en 154 maigres matchs et 4 années de misère à Montréal.
Et pourtant, c’est lui qui choisit aujourd’hui l’arbitrage pour accentuer la pression dans les négociations.
Pendant ce temps, Xhekaj, le mal-aimé, choisit la voie complètement opposée.
Deux dossiers.
Deux mentalités.
Et c’est peut-être ce qui frappe le plus dans toute cette histoire.
Le joueur qui aurait eu le plus de raisons d’être amer est celui qui semble vouloir rester.
Celui à qui l’organisation a donné le plus de chances est celui qui vient de jeter de l’huile sur le feu en déposant sa demande d’arbitrage.
Chapeau à Xhekaj.
Il envoie vraiment le message qu'il veut demeurer à Montréal.
Ou tout simplement qu'il comprend que l'arbitre l'aurait défoncé...
