Kent Hughes nous avait averti.
Il y a parfois des conférences de presse où un DG parle sans vraiment parler, où les phrases semblent banales mais leur construction, leur ton, leur précision, ou leur absence de précision, disent tout.
Celle livrée par Kent Hughes hier en fait partie. Et elle marque un tournant clair dans la hiérarchie des gardiens du Canadien de Montréal.
Car si Hughes voulait calmer la tempête, il n’a rien calmé du tout.
Au contraire : il a donné de l’oxygène aux rumeurs d’Elliotte Friedman, celles qui affirment que le CH « tente peut-être de faire briller Samuel Montembeault pour une transaction »… et que Jakub Dobes, lui aussi, serait désormais un nom à surveiller sur le marché.
« Tu peux régler ton problème ou tu peux échanger ton problème. Mais si tu échanges un problème comme celui-là, tu pars avec un désavantage. Est-ce que le Canadien essaie de le faire briller pour mieux le déplacer ailleurs? »
Pendant ce temps, un fait cinglant s’impose :
Pour la deuxième fois en trois matchs, c’est Jacob Fowler qui obtient le départ.
Et tout ce que Hughes a dit hier va exactement dans le même sens.
Les propos de Hughes étaient plus qu’un vote de confiance… on parle d'un couronnement discret
Voici ce que le DG a déclaré à propos de Fowler :
« Cet été, le plan était que Fowler passe la majeure partie de la saison dans la Ligue américaine. Dans un marché aussi difficile, nous allons être prudents et protéger un jeune gardien comme lui. Mais en même temps, il possède une maturité mentale rare pour quelqu’un de son âge. Dans son approche, il ne ressemble pas à un jeune joueur. Il est très mature et il rebondit rapidement. »
Puis :
« Quand il a fait son erreur derrière le filet contre Philadelphie, il a répondu parfaitement. Il a dit qu’il n’avait pas fait cette erreur souvent et qu’il ne s’attendait pas à la refaire. Il est mentalement très fort. »
Et enfin :
« Le gardien qui joue le mieux va jouer le plus. C’est ce qui est arrivé quand Montembeault est arrivé ici : il a gagné le poste. »
« Idéalement, nous n’aurons pas trois gardiens à long terme. »
À première vue, ce sont des phrases prudentes.
En réalité, c’est la description exacte d’un gardien numéro un.
Car on le sait :
Un DG ne répète pas publiquement qu’un jeune est « mature », « solide mentalement », « capable de rebondir », « prudent à protéger »… sauf si ce jeune prend une place centrale dans son organigramme.
Et c’est précisément ce qui se passe.
Les faits appuient la déclaration de Kent Hughes. Fowler est déjà traité comme un numéro un
Il est impossible d’ignorer la réalité sportive :
Fowler est le seul gardien du CH au-dessus de 90% d’efficacité (.903).
Il affiche une meilleure moyenne que Montembeault et Dobes (2.57).
Il est calmement installé comme partant pour un deuxième match en trois.
Il vient de disputer 7 matchs en 28 jours, un rythme d’adjoint solide… ou d’aspirant numéro un.
Et surtout : Hughes a vanté son mental longuement, ce que les dirigeants ne font jamais pour un gardien appelé à retourner dans la AHL.
Pendant ce temps :
Montembeault, pourtant auteur de deux belles victoires, n’a reçu aucune confirmation de statut.
Dobes a été complètement ignoré.
Et Hughes n’a fait absolument rien pour éteindre les rumeurs circulant depuis l’extrait explosif d’Elliotte Friedman.
Friedman a lancé la rumeur. Hughes, lui, ne l’a même pas corrigée.
Normalement, un DG sort rapidement éteindre ça.
Hughes?
Pas un mot. Pas une réfutation. Pas un démenti. Rien.
Au contraire, lorsque questionné sur Montembeault, il s’est contenté de dire :
« Il a eu deux très bons matchs. Nous n’avons jamais pensé qu’il avait oublié comment jouer. »
C’est poli.
C’est diplomatique.
Mais ce n’est pas une confirmation de rôle.
Ce n’est pas une protection publique.
Ce n’est pas la déclaration d’un numéro un.
Surtout quand il enchaîne avec :
« Le ménage à trois ne sera pas là à long terme. »
Quelqu’un s’en va. Et ce quelqu’un n’est pas Fowler.
La hiérarchie implicite après la conférence de presse
Voici ce qui ressort objectivement :
1) Fowler est le plus valorisé.
Maturité, mental, rebond, protection, constance… Hughes a déroulé un tapis rouge.
2) Montembeault est… évalué.
Deux bons matchs, oui. Mais aucune garantie. Aucun titre. Et Friedman qui flotte au-dessus comme un vautour du marché.
3) Dobes est fragilisé.
Cinq buts sur 25 tirs en Caroline.
Une confiance ébranlée.
Et la possibilité, pour le Canadien, de le renvoyer à Laval sans ballottage.
Et pendant ce temps, toutes les équipes qui cherchent un gardien regardent Montréal
Les Rangers, terrifiés par la perte de Shesterkin.
La Caroline, incapable de survivre avec Andersen.
Utah, instable devant le filet.
Ottawa, en panique avec le départ de Linus Ullmark pour des raisons personnelles.
Edmonton qui doit gérer la blessure de Tristan Jarry.
Tous voient le même tableau :
Montréal a trois gardiens. Montréal devra bouger. Montréal peut être un partenaire.
Et hier, Kent Hughes n’a rien fait pour s’en cacher.
Il ne l’a pas dit, mais tout le monde l’a compris
Hier, Kent Hughes n’a pas dit que Jacob Fowler était son numéro un.
Il a dit pire.
Il a dit tout ce que dit un DG quand il ne veut pas encore assumer publiquement que son numéro un… est déjà devant lui.
Et pour Montembeault comme pour Dobes, une vérité glaciale s’installe : rien de ce que Hughes a dit n’exclut une transaction.
Rien.
Friedman a soufflé sur la braise.
Hughes a laissé brûler.
Et Fowler, lui, prend le filet.
Encore.
