Ivan Demidov est blessé, il doit déjà composer avec les attentes immenses qui accompagnent son arrivée à Montréal et voilà maintenant que ses problèmes de conduite font les manchettes partout au Canada.
Mais dans cette histoire, le jeune attaquant n’est pas le seul à sortir avec une réputation égratignée. Le directeur de la sécurité des joueurs du Canadien, Mitchell Janhevich, un ancien policier du Service de police de la Ville de Montréal, se retrouve lui aussi au centre de cette controverse qui soulève de sérieuses questions sur la gestion du dossier à l’interne.
Le reportage de François-David Rouleau, du Journal de Montréal, est particulièrement embarrassant pour l’organisation montréalaise.
On y apprend que Janhevich a payé une contravention de 328 $ au nom de Demidov, sans que le joueur lui ait donné le mandat de le faire, selon les déclarations présentées au tribunal.
Cette intervention a entraîné l’inscription de points d’inaptitude supplémentaires au dossier du jeune Russe, qui possède un permis probatoire limité à quatre points. Or, il avait déjà reçu une contravention pour avoir roulé à 145 kilomètres à l’heure dans une zone de 100, en février dernier, à Trois-Rivières.
Le deuxième constat, reçu durant l’été sur l’autoroute Bonaventure à Montréal, concernait une vitesse de 111 kilomètres à l’heure dans une zone de 70.
En payant cette nouvelle amende, Demidov risquait de dépasser le seuil autorisé et de perdre son permis. Son avocat a donc demandé à la Cour supérieure du Québec de retirer le plaidoyer de culpabilité associé à cette contravention.
La juge Éliane B. Perreault a accepté la demande, permettant au joueur de reprendre le volant jusqu’à ce que le dossier soit réglé devant la cour municipale.
Le problème n’est pas que Demidov ait eu accès à un recours judiciaire. Le problème, c’est la manière dont son dossier a été géré par une personne dont le rôle consiste justement à veiller à la sécurité des joueurs du Canadien.
L’avocat criminaliste Philippe Cloutier estime que la rétractation d’un plaidoyer est une procédure courante et qu’il n’y a pas lieu de conclure à un traitement de faveur.
Me Patrick Davis, pour sa part, critique la façon dont la situation a été administrée à l’interne. Sa lecture est particulièrement dure : « Au départ, quelqu’un n’a pas fait son travail, l’a fait croche ou machinalement. »
Difficile de trouver une formule plus embarrassante pour un membre du personnel du Canadien. Janhevich aurait décrit son intervention comme une « erreur » et une « formalité administrative », expliquant qu’il ne savait pas que le paiement entraînerait l’inscription de points d’inaptitude susceptibles de provoquer la révocation du permis de Demidov.
Or, comme le souligne Me Davis, la vérification du dossier de conduite aurait dû faire partie des premières démarches. Il ne s’agissait pas d’une première contravention, et le permis probatoire du jeune attaquant ne lui laissait pratiquement aucune marge de manœuvre.
Le Canadien se retrouve donc avec une histoire dont il se serait volontiers passé.
Janhevich n’est pas un simple employé chargé de remplir des formulaires. Il est le directeur de la sécurité des joueurs et un ancien policier.
Dans ces circonstances, les questions sur son jugement et sur les procédures internes du Canadien créent un malaise. Clairement, ses patrons sont en furie.
Pendant que les questions s’accumulent à Montréal, Sid Seixeiro, animateur torontois qui n’a pas peur de s’attaquer aux grandes figures du sport, a consacré une longue intervention à l’affaire. Et il n’a pas cherché à ménager le jeune Russe.
D’entrée de jeu, Seixeiro a rappelé que Demidov n’avait que 20 ans. Il a même pris le temps de vérifier son âge en direct, avant d’expliquer pourquoi cette histoire l’avait particulièrement interpellé.
« Je n’aime pas cette histoire. Je dois être honnête avec vous. Je n’aime pas cette histoire pour un jeune aussi peu âgé, dans une ville comme Montréal où le hockey occupe une place aussi importante. »
L’animateur s’est ensuite étonné que le Journal de Montréal ait décidé de publier l’information, se demandant pourquoi le quotidien n’avait pas choisi de protéger le jeune joueur en passant l’histoire sous silence.
« Il y a des moments où les journaux décident de fermer les yeux sur certaines choses. Je suis un peu surpris qu’ils ne l’aient pas fait dans ce cas-ci. Je ne sais pas pourquoi ces décisions sont prises. Je n’ai jamais travaillé dans un journal comme celui-là, mais je suis certain que le Journal de Montréal avait le choix. »
Seixeiro a toutefois reconnu que les démarches judiciaires avaient rendu l’affaire publique. Il a également insisté sur le fait que de nombreux athlètes ont bénéficié, au fil des années, d’une certaine discrétion médiatique.
« Beaucoup d’athlètes ont vu des gens fermer les yeux sur toutes sortes de choses au fil des ans. Beaucoup. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé ici avec l’un des plus jeunes joueurs du Canadien de Montréal, et j’ai trouvé ça intéressant. »
« Pour un jeune aussi peu âgé, ce n’est peut-être pas la pire leçon à apprendre en ce qui concerne les médias. Il a 20 ans. C’est un joueur important de cette équipe. »
« Je ne comprendrai jamais les gens qui ont le pied pesant. Je ne l’ai jamais compris. Vous connaissez cette personne dont je parle : l’idiot qui se faufile entre les voitures sur l’autoroute, qui zigzague dans la circulation. Vous savez exactement de qui je parle. »
Le message est clair : ce n’est pas parce que Demidov est un joueur de hockey talentueux qu’il peut se permettre de mettre sa sécurité et celle des autres en danger. Seixeiro ne s’est pas contenté de critiquer le comportement du Russe. Il a aussi proposé une solution cinglante au Canadien.
« Si j’étais le Canadien, je le ferais asseoir et je lui dirais deux choses. Premièrement, ralentis. Deuxièmement, si tu as de la difficulté à ralentir, nous, le Canadien de Montréal, avons les moyens de te trouver quelque chose qui s’appelle un chauffeur. Est-ce que tu en veux un? »
Seixeiro est même allé jusqu’à qualifier de profondément stupide le fait de rouler à des vitesses aussi élevées sans raison valable.
« C’est idiot au-delà des mots. C’est idiot au-delà des mots. » a-t-il répété.
« Vous avez tellement à perdre. C’est fou. Rien de bon ne peut sortir de ça. »
« Je suppose que le Canadien va avoir une conversation avec lui et que nous n’entendrons plus jamais parler de cette histoire. Parce que si nous en entendons encore parler, c’est qu’il est idiot. »
« Vous vous mettez en danger, et vous mettez les autres en danger. Je n’aime pas ça. »
Enfin, Seixeiro a rappelé que le Canadien avait largement les moyens de fournir un chauffeur à son attaquant. Il a même lancé une pointe à Geoff Molson en affirmant que cette dépense entrait certainement dans le budget du propriétaire.
La sortie de Seixeiro est cinglante.
Ivan Demidov doit apprendre à lever le pied... avant que quelque chose de plus grave arrive.
