Hier, le hockey est devenu cruel. Pour Jacob Fowler, le 3 novembre 2026 risque de rester longtemps gravé dans sa mémoire.
Le jeune gardien du Canadien avait tout pour passer une soirée mémorable. Il venait d’être nommé recrue du mois dans la LNH, avait remporté la coupe Molson pour ses performances en octobre et s’apprêtait à lancer sa propre collection de vêtements avec une entreprise québécoise (voir tous les détails plus loin dans l'article).
À 21 ans, sa carrière prenait une tournure extraordinaire.
Puis les Jets de Winnipeg sont débarqués au Centre Bell.
Fowler a arrêté 42 rondelles. Il a multiplié les arrêts spectaculaires, notamment en deuxième période, lorsqu’il a repoussé 19 tirs des visiteurs. Pendant de longues minutes, il a été le seul obstacle entre Winnipeg et une défaite encore plus embarrassante pour Montréal.
Mais son équipe l’a complètement abandonné.
Le Canadien menait 4-0 avec moins de trois minutes à jouer. Les Jets ont marqué quatre fois en seulement 2 minutes et 6 secondes avant de compléter leur remontée en prolongation. Une défaite de 5-4 qui constitue la remontée de quatre buts la plus tardive de l’histoire de la LNH.
Et Fowler a dû regarder tout ça se produire devant lui.
Le jeune gardien n’était pas responsable de cette catastrophe. Martin St-Louis l’a reconnu après la rencontre, tout comme plusieurs de ses joueurs. Pourtant, il a encaissé quatre buts dans une séquence complètement folle, alors qu’il avait jusque-là livré une performance remarquable.
« On ne peut pas penser gagner en accordant près de 50 lancers. Si ça n’avait pas été de Fowler, le pointage aurait été serré plus tôt », a lancé Kaiden Guhle.
Cole Caufield, lui, était tellement en furie qu'il voulait tout casser;
Phillip Danault a également reconnu que le jeune homme avait fait son travail.
« On ne jouait pas notre meilleur hockey, on donnait beaucoup de chances de qualité. Jake a été formidable, mais ils en ont profité à la fin. C’est sûr que c’est très décevant pour nous, mais on ne dominait pas le match », a-t-il expliqué.
Josh Anderson, lui, n’en revenait tout simplement pas.
« Nous avons manqué de rythme. Nous menions 4 à 0. Ça ne peut pas arriver. C’est inacceptable », a déclaré l’attaquant.
Lorsqu’on lui a demandé si les deux combats des frères Xhekaj avaient pu donner de l’énergie aux Jets, Anderson a répondu :
« Nous avions encore l’avantage après les bagarres. J’essaie juste de comprendre ce qui vient de se passer. »
Martin St-Louis était lui aussi complètement sous le choc.
« On a eu ce qu’on méritait », a lancé l’entraîneur, avant d’ajouter que Winnipeg avait été la meilleure équipe pendant l’ensemble de la rencontre.
« On a marqué deux buts en supériorité numérique, mais ce fut l’un de nos pires matchs à forces égales. »
Et concernant cette remontée historique, St-Louis n’a pas caché son incrédulité :
« Je n’ai jamais fait partie d’une situation comme celle-là. C’est difficile à expliquer. »
« C’est un choc », a-t-il ajouté.
Le plus difficile pour Fowler, c’est qu’il n’a même pas eu l’occasion de profiter de cette soirée pour célébrer les bonnes nouvelles qui entourent sa jeune carrière. Le gardien a refusé de rencontrer les journalistes après la rencontre. Il était trop furieux et trop déçu pour se présenter devant les médias après une telle débâcle.
On peut comprendre.
Quelques heures à peine avant cette catastrophe, Fowler avait pourtant une raison immense de sourire. Le jeune Américain lançait officiellement sa collaboration avec Quartz Co., une entreprise québécoise spécialisée dans les vêtements d’extérieur.

Il avait même expliqué à quel point cette association représentait quelque chose de spécial pour lui.
« C’était important pour moi de collaborer avec une compagnie francophone d’ici », avait-il confié au Journal.

Il avait également parlé de son attachement grandissant à Montréal et au Québec.
« La ville m’a accueilli à bras ouverts et j’ai de la famille près de Montréal et ailleurs au Québec. Tisser des liens ici est un de mes objectifs personnels. Les gens de Quartz m’ont accueilli de la même manière que les Montréalais. »
Le partenariat avait commencé à prendre forme plusieurs mois auparavant. Fowler connaissait déjà les vêtements de Quartz Co. puisqu’il les portait lorsqu’il évoluait avec le Rocket de Laval. C’est même lui qui avait eu l’idée de proposer cette collaboration.
« J’ai reçu des compliments. J’ai adoré les designs et la qualité des produits. C’est confortable et je trouve ça élégant, propre, pur », avait-il expliqué.

Sa réaction devant sa propre collection était vraiment touchante. Le manteau qu’il préférait, le modèle Labrador bleu foncé, portait une petite étiquette avec sa signature et son numéro 32.
« C’est vraiment spécial de voir ma signature et mon numéro. C’est irréel et vraiment cool ! »
Jean-Philippe Robert, président et copropriétaire de Quartz Co., était lui aussi ravi de voir cette collaboration se concrétiser.
« Le timing est excellent ! On ne pouvait pas demander mieux », avait-il déclaré.
Il avait également décrit Fowler comme un gardien qui recherche l’excellence et porte attention aux détails, des qualités qui correspondent à l’identité de l’entreprise montréalaise.
Ironiquement, le timing était effectivement parfait pour le lancement commercial. Beaucoup moins pour le jeune homme qui devait ensuite retourner devant son filet et vivre l’une des pires déconfitures de l’histoire du Canadien.
Fowler avait même parlé de l’importance de son apparence lorsqu’il se présente à l’aréna, lui qui n’a jamais été le joueur le plus extravagant.
« La saison dernière, je ne m’en faisais pas trop avec ça. Je voulais seulement arrêter les rondelles. Cette saison, j’ai réalisé que si j’arrivais bien habillé à l’aréna, ça n’affectait pas mes performances. Peut-être même que si tu as fière allure, tu vas mieux jouer ! »
Mardi soir, il avait pourtant fière allure, mais ses coéquipiers lui ont offert un véritable cauchemar.
Il faut aussi souligner que Fowler venait de recevoir deux distinctions importantes. Il avait été nommé recrue du mois dans la LNH et avait remporté la coupe Molson pour le mois d’octobre. Son début de carrière à Montréal était tout simplement exceptionnel.
Cette défaite ne change rien à son potentiel. Elle ne change rien à ses qualités. Et elle ne devrait certainement pas faire oublier les 42 arrêts qu’il a réalisés dans une rencontre où ses coéquipiers ont complètement perdu le contrôle.
Mais quelle cruauté!
Un jeune gardien qui gagne la confiance de toute une ville, qui lance sa première collection de vêtements, qui reçoit des honneurs dans la LNH et qui veut s’enraciner au Québec se retrouve soudainement au milieu d’un effondrement historique.
Quel fiasco!
Fowler voulait probablement se souvenir du 3 novembre comme d’une journée exceptionnelle dans sa jeune carrière. Il se souviendra plutôt d’avoir arrêté 42 rondelles dans une défaite de 5-4 après avoir vu son équipe gaspiller une avance de quatre buts.
Et le plus injuste dans cette histoire, c’est que Jacob Fowler était probablement le dernier joueur du Canadien qui méritait de vivre une telle soirée.
