Changement majeur à Montréal: Zachary Bolduc écarte Chris Kreider
Chris Kreider et Zachary Bolduc. NHL.com, Canadiens de Montréal

Changement majeur à Montréal: Zachary Bolduc écarte Chris Kreider

David Garel
Le 2026-10-18

Martin St-Louis voulait Chris Kreider. Il connaissait Chris Kreider. Il était même son ami proche avant de devenir son entraîneur. Le Canadien lui a fait une place dans son alignement, lui a confié des responsabilités importantes et lui a donné toutes les occasions de justifier son arrivée à Montréal.

Huit matchs plus tard, le résultat est gênant : Kreider perd ses responsabilités, Zachary Bolduc lui passe devant et l’entraîneur-chef doit trouver les bons mots pour expliquer pourquoi son vieil ami ne livre pas la marchandise.

Bienvenue dans le malaise Chris Kreider.

Le Canadien a remporté une victoire de 4-3 contre les Sabres de Buffalo samedi, mais cette rencontre a surtout exposé une réalité que Martin St-Louis ne peut plus contourner.

Kreider ne répond pas aux attentes. Son passage sur le premier trio a été de courte durée, ses responsabilités en avantage numérique ont été réduites et le voilà maintenant relégué à la deuxième unité.

Pendant ce temps, Bolduc a saisi sa chance dès sa première présence avec le premier groupe en faisant dévier un tir de Nick Suzuki pour marquer un but en supériorité numérique.

Bolduc produit, comprend ce qu’on attend de lui et vient de récupérer une affectation que Kreider avait obtenue dès le début de la saison.

Le Canadien avait pourtant déjà le jeune Québécois dans son organisation. Il n’avait pas besoin de dépenser une place dans son alignement pour un vétéran dont les meilleures années pourraient bien être derrière lui.

Kreider est-il devenu une erreur de recrutement? La question se pose sérieusement.

Au départ, Kreider avait obtenu une occasion en or. Il a commencé la saison aux côtés de Cole Caufield et de Nick Suzuki, sur le premier trio du Canadien. Lorsque Ivan Demidov s’est blessé, dès le troisième match, l’Américain a également été appelé en renfort sur la première unité de l’avantage numérique.

Martin St-Louis lui a donc confié deux des rôles offensifs les plus convoités de son équipe. L’audition sur le premier trio n’a toutefois duré que trois matchs. Après huit rencontres, Kreider avait aussi perdu sa place sur le premier avantage numérique au profit de Bolduc.

Il faut comprendre ce que cela signifie. Le Canadien n’a pas simplement déplacé un joueur pour faire changement. L’organisation a commencé la saison en donnant à Kreider les responsabilités d’un attaquant censé avoir un impact immédiat. Elle se retrouve maintenant à redistribuer ces responsabilités parce que le rendement ne suit pas.

St-Louis a tenté d’expliquer la décision après la victoire contre Buffalo. Selon lui, la deuxième unité de l’avantage numérique mise davantage sur le volume, ce qui permettrait à Kreider d’exploiter ses forces autour du filet. La première unité, a-t-il expliqué, repose davantage sur le mouvement et Bolduc comprend mieux la façon dont l’équipe veut fonctionner dans cette configuration.

« Je sais que Zach est capable », a fait valoir l’entraîneur.

Quelle excuse bidon!

La question devient embarrassante : si Bolduc comprend mieux le fonctionnement de la première unité et si Kreider est plus à l’aise dans la deuxième, pourquoi avoir accordé autant de responsabilités à l’Américain au départ?

La réponse est assez simple : le Canadien espérait obtenir davantage de Kreider. L’entraîneur l’a traité comme un chouchou.

Les résultats ont forcé une réorganisation. Bolduc a maintenant l’occasion de prouver qu’il mérite de conserver cette place, tandis que Kreider doit tenter de sauver ce qui reste de son début de saison.

Et de sa dernière année dans la LNH? Il est fini à la corde.

Le problème pour St-Louis, c’est que Kreider n’est pas un joueur comme les autres dans cette histoire. Les deux hommes ont parlé ouvertement de leur amitié lors du tournoi de golf du Canadien. Ils se connaissent, se respectent et entretiennent une relation personnelle qui dépasse le simple rapport entre un entraîneur et un joueur.

St-Louis a toujours évité de démolir publiquement ses vétérans. Il n’allait certainement pas commencer avec un ami qu’il connaissait bien avant son arrivée à Montréal. Il doit cependant composer avec une équipe qui cherche à progresser et avec des joueurs qui méritent leurs responsabilités en fonction de ce qu’ils montrent sur la glace.

À un moment donné, les liens personnels ne peuvent pas devenir un passe-droit. Le Canadien n’a pas recruté Kreider pour lui offrir une dernière tournée d’honneur dans la LNH. Il l’a fait venir pour qu’il contribue à gagner des matchs.

Et, jusqu’ici, il est bel et bien en train de s’effondrer.

Les chiffres avancés par Natural Stat Trick montrent que le problème ne se limite pas à quelques occasions ratées ou à une adaptation qui prend plus de temps que prévu.

À cinq contre cinq, le Canadien contrôle 51,72 % des tentatives de tir lorsque Kreider se trouve sur la patinoire. Ce chiffre reste légèrement favorable à Montréal, mais il place l’Américain parmi les attaquants permanents les moins convaincants de l’équipe dans cette catégorie. Seuls Jake Evans et Kirby Dach affichent un ratio inférieur.

Le portrait devient beaucoup plus préoccupant lorsqu’on examine les buts anticipés. Avec Kreider sur la glace, le Canadien ne contrôle que 41,92 % de cette mesure de la qualité des occasions de marquer. Seul Dach fait pire parmi les attaquants réguliers.

On ne parle donc pas simplement d’un joueur qui n’a pas encore accumulé suffisamment de points pour satisfaire les attentes.

Les données indiquent que Montréal ne domine pas les occasions de qualité lorsqu’il est sur la glace à cinq contre cinq. C’est une réalité qui contredit l’idée selon laquelle sa seule présence devrait améliorer l’attaque du Canadien.

Kreider a bâti sa réputation sur sa capacité à attaquer le filet, à gagner des batailles devant le gardien et à transformer les rondelles qui traînent dans l’enclave. Il a longtemps été une menace en avantage numérique grâce à son positionnement et à son efficacité dans les zones dangereuses.

Le problème, c’est que la réputation d’un joueur ne marque pas de buts à sa place.

Vous voulez des stats?

À cinq contre cinq, Montréal contrôle 67 % des tentatives de tir lorsque Bolduc est sur la patinoire. Le Canadien contrôle également 70 % des buts anticipés dans ces circonstances. Ces chiffres sont nettement supérieurs à ceux de Kreider et témoignent d’une contribution qui dépasse la simple feuille de pointage.

Bolduc sait aussi que son passage sur le premier avantage numérique pourrait être temporaire. Ses deux occasions de se retrouver sur cette unité ont été liées à l’absence d’Ivan Demidov.

L’an dernier, le Canadien avait laissé le jeune Russe mûrir sur la deuxième unité en début de saison. Son retour est attendu dans les deux prochaines semaines, selon l’échéancier annoncé initialement.

Reste que le résultat est embarrassant pour la direction et pour St-Louis. L’entraîneur doit maintenant expliquer pourquoi son ami a perdu sa place.

C’est le genre de décision qui peut rapidement devenir toxique dans un vestiaire.

St-Louis ne peut pas demander à ses jeunes joueurs de progresser, de travailler et de se battre pour leurs minutes tout en accordant une longue période de grâce à un vétéran parce qu’il le connaît depuis des années.

L’entraîneur a défendu son changement en parlant des forces de chaque joueur et du fonctionnement des deux unités. C’est son rôle. Il doit gérer son groupe et expliquer ses décisions sans détruire la confiance d’un vétéran.

Reste que Kreider est fini à la corde. Tout le monde le sait maintenant.