Il faut commencer à se poser de sérieuses questions sur Noah Dobson. Le Canadien de Montréal lui verse 9,5 millions de dollars par saison, ce qui fait de lui le joueur le mieux payé de l’organisation, devant les attaquants comme les défenseurs.
À ce prix-là, on ne parle pas d’un défenseur de soutien qui doit simplement éviter les erreurs. On parle d’un joueur censé transformer une brigade défensive, prendre les commandes et faire la différence lorsque les matchs deviennent difficiles.
Or, depuis le début de la saison, Dobson est loin de répondre à ces attentes. Son match contre les Sharks de San Jose a encore alimenté les critiques : quatre tirs au but, 21 minutes et 44 secondes de jeu, mais aussi des erreurs coûteuses et une impression persistante de mollesse dans les moments où le Canadien avait besoin de caractère.
À 9,5 millions par année, on ne peut pas se contenter de regarder sa feuille de statistiques et prétendre que tout va bien.
Le problème avec Dobson, c’est qu’il ne s’agit pas uniquement d’une question de production offensive. Oui, il n’a récolté que deux mentions d’aide en huit matchs et son différentiel de -4 donne mal au coeur.
Son rendement défensif laisse aussi à désirer, alors qu'il était mêlé comme un jeu de cartes dans sa zone hier soir.
Mais ce qui irrite surtout, c’est cette impression qu’il ne veut pas payer le prix physiquement, qu’il évite les situations difficiles et qu’il ne joue pas avec l’urgence qu’on devrait retrouver chez le défenseur le mieux rémunéré de l’équipe.
Il n’a pas besoin de se jeter devant chaque lancer pour prouver sa valeur, mais il doit être capable d’imposer sa présence, de gagner ses batailles et de fermer le jeu lorsque la situation l’exige.
On dirait qu'il a peur de se casser un ongle. La saison dernière, il avait terminé au deuxième rang de la LNH pour les tirs bloqués. Cette saison, il joue avec la peur au ventre.
Une blessure en bloquant un lancer peut expliquer certaines hésitations, mais elle ne peut pas devenir une excuse permanente pour un joueur dont le contrat exige une contribution de premier plan.
Martin St-Louis a raison de réclamer davantage de Dobson. Le Canadien a besoin de lui, particulièrement dans une défense qui cherche encore son équilibre et qui dépend énormément de Lane Hutson pour créer de l’offensive.
Le problème, c’est que Dobson s'enfonce.
La combinaison Dobson-Hutson avait pourtant produit d’excellentes statistiques offensives et défensives la saison dernière. Avec Hutson, Dobson pouvait profiter d’un partenaire capable de faire avancer le jeu, de transporter la rondelle et de créer des ouvertures.
Cette saison, même avec Hutson, Dobson est nuisible sur la glace.
Un défenseur payé 9,5 millions ne devrait pas avoir besoin d’un partenaire exceptionnel pour simplement rester fonctionnel. Il doit aussi être capable de stabiliser son côté de la patinoire, de protéger son gardien et de prendre de bonnes décisions sous pression.
Surtout, on veut qu'il montre du courage.
Pour une organisation qui a sacrifié deux choix de première ronde (et Emil Heineman) afin de l’acquérir, la situation est loin d’être idéale.
La question de la transaction devient donc impossible à éviter. Kent Hughes a envoyé ses 16e et 17e au total, aux Islanders de New York pour mettre la main sur Dobson.
Sur le coup, l’idée était compréhensible : le Canadien voulait un défenseur droitier établi, capable d’aider immédiatement une équipe en progression.
Hughes ne cherchait pas simplement un autre espoir à développer pendant plusieurs années. Il voulait un joueur prêt à contribuer, un défenseur suffisamment talentueux pour occuper une place importante dans la brigade pendant longtemps.
Mais lorsqu’un joueur acquis à un tel prix connaît un début de saison aussi décevant, il faut aussi regarder ce que l’autre organisation a obtenu en retour.
Les Islanders ont transformé ces deux choix 2025 en Victor Eklund, sélectionné au 16e rang, et Kashawn Aitcheson, choisi au 17e. Eklund commence déjà à attirer l’attention dans la LNH.
L'attaquant a marqué deux buts et une passe en 9 matchs. Mais il impressionne avec son jeu dans les deux sens de la patinoire.
Kashawn Aitcheson a de la difficulté à ses débuts professionnels avec une maigre passe en 6 matchs et un différentiel de -5, mais tout le monde sait qu'un défenseur physique prend du temps à se développer,
Imaginez. À Montréal, on dit qu'il faut être patient avec David Reinbacher qui va avoir 22 ans le 25 octobre.
Aitcheson vient d'avoir 20 ans (21 septembre). Il est le joueur le plus jeune de sa cuvée alors que Reinbacher est le plus vieux.
Mathieu Darche, le directeur général des Islanders, apprécie la tournure des événements. Il a obtenu deux choix de première ronde en échange d’un défenseur dont l’ancien entraîneur, Patrick Roy, avait déjà remis en question certaines facettes du jeu.
Le DG a même eu l'arrogance d'annoncer publiquement que selon lui, il avait gagné la transaction haut la main.
Un peu plus et il avouait avoir passé un citron à Kent Hughes.
Ouch.
Darche en doit une à son ancien coach, qu'il a congédié sans aucune classe.
Roy avait notamment pris des décisions qui avaient enfoncé Dobson, allant jusqu’à le laisser de côté pendant les séries éliminatoires.
Roy le trouvait trop soft et il avait même clamé qu'il "chokait" lorsque la pression montait. Aujourd’hui, alors que Montréal cherche encore comment tirer le meilleur de lui, les décisions de Roy prennent une autre dimension.
On peut imaginer Roy regarder les difficultés de Dobson avec un sourire en coin, lui qui l'a toujours méprisé.
Le Canadien doit donc se regarder dans le miroir. Un défenseur à 9,5 millions doit inspirer confiance, imposer son jeu et aider son équipe à traverser les moments difficiles. Il ne peut pas être le joueur autour duquel on doit constamment ajuster les combinaisons pour tenter de masquer ses faiblesses.
Mathieu Darche a rajouté de l'huile sur le feu en clamant qu'il avait donné une leçon à Kent Hughes.
Cette transaction risque de devenir l’un des dossiers les plus embarrassants du mandat de Kent Hughes.
Dire qu'il est le joueur le mieux payé de cette équipe. On a mal au coeur.
