Coaching de perdant: Martin St-Louis exposé devant le Québec

Coaching de perdant: Martin St-Louis exposé devant le Québec

David Garel
Le 2026-05-26

Martin St-Louis commence à manquer de réponses.

C'est le plus inquiétant en ce moment autour des Canadiens de Montréal.

La défaite de 3-2 en prolongation face aux Hurricanes de la Caroline fait mal pour toutes sortes de raisons. Le revirement de Lane Hutson. Le but refusé de Noah Dobson. Les occasions ratées. L’impression que le match aurait pu tourner d’un bord comme de l’autre.

Mais au-delà du résultat, une question commence sérieusement à chauffer à Montréal : Martin St-Louis est-il en train de se faire complètement manger tactiquement par Rod Brind’Amour?

C’est la conversation qui tourne en ce moment au Québec.

Depuis deux matchs, les Hurricanes de la Caroline imposent leur rythme, leur structure, leur identité, pendant que les Canadiens de Montréal donnent surtout l’impression de survivre grâce à Jakub Dobeš et à quelques éclairs de talent individuel.

Lundi soir au Centre Bell, le portrait était difficile à ignorer.

12 maigres tirs. Un seul tir en troisième période. Un seul autre en prolongation.

Pendant ce temps, la Caroline bombardait sans arrêt, étouffait les sorties de zone, imposait son échec avant et faisait jouer Montréal sur les talons pendant de longues séquences.

Malgré tout ça, Martin St-Louis arrivait devant les médias avec un ton presque détaché.

« On s’est tiré dans le pied. »

« Il va falloir faire mieux. »

« J’aimerais ça qu’on lance plus de rondelles au filet. »

Oui, mais comment Martin?

Tout le monde s’entend sur le diagnostic. Les joueurs le disent. Les journalistes le disent. Les partisans le voient. Même Lane Hutson, blême comme un drap après le match, répétait qu’il fallait mieux sortir la rondelle et envoyer plus de disques profondément en territoire adverse.

Le problème, c’est la solution. On ne la voit pas encore.

Rod Brind’Amour, lui, a complètement changé la dynamique de cette série après la correction de 6-2 du premier match.

Son équipe est revenue agressive, disciplinée, méthique, avec une pression constante sur les défenseurs montréalais.

Les Hurricanes collent littéralement le nez du Canadien dans la baie vitrée. Chaque récupération de rondelle devient une bataille. Chaque sortie de zone ressemble à un examen de survie.

Martin St-Louis, de son côté, donne parfois l’impression de chercher encore la réponse.

La question devient inconfortable.

Est-ce qu’il est un motivateur exceptionnel… mais un tacticien encore limité quand vient le temps de s’ajuster dans une longue série?

Personne ne remet en question ce qu’il a bâti ici. Il a transformé une culture. Il a redonné confiance à des jeunes joueurs. Il a permis à Lane Hutson, Ivan Demidov, Nick Suzuki et Cole Caufield de jouer avec créativité et liberté.

Mais une finale d’association, c’est autre chose.

À ce niveau, les ajustements deviennent presque plus importants que le talent brut. Et pour l’instant, Rod Brind’Amour mange Matin St-Louis au petit déjeuner.

Pendant ce temps, le cas Kirby Dach résume parfaitement le problème.

Le pauvre raverse un cauchemar. Sa couverture défensive sur le premier but de Shayne Gostisbehere était catastrophique. Il finit encore une soirée à huit minutes de temps de glace. Il ralentit des séquences offensives, perd des batailles importantes et est incapable de suivre le rythme imposé par la Caroline.

Alors pourquoi reste-t-il dans l’alignement?

Pourquoi Martin St-Louis continue-t-il de s’accrocher à cette formule?

Phillip Danault s’est fait complètement neutraliser lundi.

Martin St-Louis nous énerve avec son incapacité apparente à casser un match-up qui était en train de tuer son équipe en direct.

Le trio de Jordan Staal a complètement avalé celui de Phillip Danault lundi soir.

Ça se voyait présence après présence.

Josh Anderson avait l’air de patiner dans le sable. Alexandre Texier ne trouvait aucun espace. Danault, lui, pourtant reconnu comme un des meilleurs centres défensifs de la ligue, se faisait constamment enfermer profondément dans sa zone.

Incapables de sortir avec contrôle, incapables d’installer quoi que ce soit offensivement, incapables même de ralentir le rythme infernal imposé par la Caroline.

Les chiffres nous lève le coeur.

À cinq contre cinq, le trio Danault-Anderson-Texier a terminé la soirée avec un différentiel de 0-8 au chapitre des tirs cadrés lorsqu’il était sur la glace.

Encore pire : seulement 0,12 but attendu offensivement contre 1,21 accordé défensivement. Pour un trio supposé être la conscience défensive des Canadiens de Montréal, c’est un massacre.

Et pourtant, Martin St-Louis n’a jamais vraiment changé le casse-tête.

Rod Brind’Amour, lui, faisait exactement ce qu’un entraîneur vétéran fait en séries : il contrôlait ses confrontations comme un chirurgien. Chaque fois qu'il envoyait Jordan Staal, St-Louis mettait le trio de Danault.

St-Louis a perdu la tête? Il ne voyait pas un trio montréalais épuisé, incapable de gérer le cycle, incapable de relancer rapidement, écrasé shift après shift?

Personne ne demande à Martin St-Louis de devenir Scotty Bowman du jour au lendemain, mais une finale d’association se gagne aussi avec des ajustements rapides.

Quand un trio se fait manger vivant par un autre pendant une soirée complète, il faut casser le pattern.

Montréal avait l’avantage du dernier changement au Centre Bell… mais c’est Rod Brind’Amour qui a quand même dicté le match-up qu’il voulait.

La fatigue que plusieurs évoquaient avant le début de la série n’est plus une théorie. Elle saute aux yeux. Lane Hutson a terminé sa soirée plié en deux après son revirement fatal. Et le reste de l'équipe avait la langue pendue au sol.

Martin St-Louis répète qu’il faut « trouver une façon ».

C'est à toi de la trouver coach.

Martin St-Louis peut-il vraiment ramener une Coupe Stanley à Montréal comme tacticien en séries… ou est-il en train d’apprendre, en direct, à quel point le dernier carré de la LNH est un monde complètement différent?

Misère.