Descente aux enfers pour Trevor Zegras: Martin St-Louis avait raison
Trevor Zegras. NHLPA

Descente aux enfers pour Trevor Zegras: Martin St-Louis avait raison

David Garel
Le 2026-10-12

Martin St-Louis ne voulait rien savoir de Trevor Zegras. Et il avait raison.

À Montréal, plusieurs rêvaient pourtant de voir débarquer le meilleur ami de Cole Caufield, un attaquant spectaculaire capable de faire lever les partisans de leur siège avec une feinte ou un jeu sorti de nulle part.

Le Canadien avait besoin de talent offensif et Zegras représentait une occasion de mettre la main sur un joueur encore jeune, doté d’un potentiel immense.

Mais St-Louis ne semblait pas convaincu. Aujourd’hui, alors que l’Américain connaît un début de saison extrêmement difficile à Philadelphie, la décision de Montréal revient dans le débat.

Deux maigres passes en sept matchs, un différentiel de moins-7 et un contrat de quatre ans à 9,125 millions de dollars par saison : Zegras est loin de justifier les attentes placées en lui.

Le plus intéressant dans cette histoire, c’est le prix auquel les Ducks d’Anaheim ont finalement accepté de le laisser partir.

Philadelphie a obtenu Zegras en échange de Ryan Poehling, d’un choix de deuxième ronde et d’un choix de quatrième ronde.

Montréal aurait pu l'obtenir les yeux fermés, mais les discussions auraient achoppé sur la volonté des Ducks d’obtenir Jake Evans, un choix de 2e ronde et un choix de 4e ronde.

Le Canadien n’était pas prêt à céder son centre défensif pour conclure l’opération. Avec le recul, cette décision pourrait bien avoir évité à Kent Hughes de prendre un risque majeur sur un joueur dont les lacunes défensives et l’engagement physique sont critiqués de partout.

Zegras possède des mains extraordinaires. Il est capable de réaliser des jeux spectaculaires et de créer des occasions que peu d’attaquants peuvent imaginer. Mais le hockey professionnel ne se résume pas aux feintes spectaculaires et aux séquences qui font le tour des réseaux sociaux.

Il faut gagner ses batailles, récupérer les rondelles libres et accepter de se salir les mains dans les coins de patinoire.

C’est précisément sur ces aspects que les critiques envers Zegras reviennent régulièrement. Lorsqu’il ne produit pas offensivement, son apport devient beaucoup plus difficile à défendre. Il a peur de se casser un ongle le pauvre.

Et avec un salaire annuel de plus de neuf millions de dollars, les Flyers ne peuvent pas se contenter de quelques éclairs de génie.

Martin St-Louis voulait-il éviter ce problème à Montréal? Poser la question, c'est y répondre.

L’entraîneur-chef insiste sur l’engagement, le travail sans la rondelle et la responsabilité défensive. Il veut des joueurs capables de respecter la structure collective, même lorsque leur production offensive traverse une période difficile.

Zegras aurait pu apporter une dose de créativité à une attaque qui en a parfois besoin, mais il aurait aussi fallu trouver la bonne façon de l’intégrer au système de St-Louis. Si l’entraîneur ne croyait pas que l’Américain pouvait répondre à ses exigences, refuser la transaction peut se défendre aujourd'hui, alors que tout le monde était enragé contre le coach du CH.

Zegras a connu une bonne saison offensive en 2025-2026, avec 26 buts et 67 points en 81 rencontres. Il a démontré qu’il pouvait produire... lorsqu'il doit signer un nouveau contrat.

Le problème, c’est qu'avex l'argent assuré dans son compte en banque, le gars semble se contre-ficher de ses performances honteuses.

Le dossier de Matvei Michkov soulève une question semblable. Le jeune attaquant des Flyers connaît lui aussi un début de saison difficile, avec deux buts en sept matchs. Son talent offensif est indéniable, mais Philadelphie traverse une période catastrophique et peine à trouver des solutions.

Les Flyers n’ont toujours pas gagné après sept rencontres et n’ont marqué que huit buts. Dans une équipe qui fonctionne aussi mal, il est difficile d’isoler les responsabilités individuelles. Michkov ne peut pas régler à lui seul tous les problèmes de son club, pas plus que Zegras ne peut porter l’attaque sur ses épaules.

Néanmoins, les deux joueurs représentent le type de talent offensif que le Canadien rejette les yeux fermés. Les partisans imaginaient déjà Zegras aux côtés de Caufield, ou Michkov devenant une vedette capable de transformer une attaque.

Montréal a choisi une autre voie. Garder Jake Evans et sélectionner David Reinbacher. Ouch.

L’organisation privilégie des joueurs dont elle estime que le profil correspond à sa culture et à ses exigences. Cette stratégie comporte des risques : refuser un talent exceptionnel peut coûter cher si le joueur explose ailleurs.

Mais acquérir un joueur pour son potentiel sans être convaincu qu’il s’intégrera au groupe peut également devenir une erreur coûteuse et St-Louis a convaincu son DG de snober les deux talents bruts.

À Montréal, St-Louis n'est pas blanc comme neige, surtout avec un avantage numérique au fond du trou.

Parions que Zegras et Michkov à la place de Slafkovsky et Kreider ferait de la magie.

Mais le coach du CH est cinglant: le talent seul ne garantit pas le succès. Un joueur doit aussi répondre aux attentes de son entraîneur, accepter son rôle et accepter de se sacrifier pour l'équipe.

Les Flyers vont rapidement se demander si leur investissement envers un joueur qualifié par certains de "pomme pourrie" était justifié.

Le Canadien a réellement refusé de sacrifier Jake Evans parce que St-Louis ne croyait pas au profil de l’Américain.

On peut admirer la mentalité de St-Louis... ou trouver qu'il a perdu la tête...