Il suffit parfois d’un match pour définir un mois entier. Et ce soir, contre Vegas, tout repose sur les épaules de Jakub Dobes.
C’est brutal, c’est cruel, mais c’est la réalité : s’il ne gagne pas, la paperasse est déjà prête. Le Canadien n’aura pas d’autre choix que d’enclencher le processus visant à l’envoyer à Laval pendant la pause olympique… même si le principal intéressé refuse catégoriquement cette idée depuis le premier jour.
Car Dobes ne s’en est jamais caché : pour lui, retourner dans la Ligue américaine « n’aurait aucun sens ». Il l’a dit, répété et assumé.
Et derrière cette phrase, on sent tout le stress d’un jeune gardien qui sait qu’il joue gros. Personne n’a oublié comment il s’était laissé atteindre par les critiques il y a quelques semaines.
Personne n’a oublié ses larmes, son désarroi et l’impression qu’il tenait à bout de bras une pression devenue trop lourde. Aujourd’hui, tout cela revient. Et il le sait.
Le problème, c’est que cette fois, ce n’est pas juste une question sportive. C’est une question administrative, contractuelle, réglementaire.
Une machine complexe qui rend son cas presque impossible à gérer. Comme l’a expliqué en détail le journaliste Nicolas Cloutier de TVA Sports, rétrograder Dobes durant la pause olympique relève littéralement du casse-tête.
D’abord, un règlement implacable : tout joueur qui a passé 80 jours sur le roster d’une équipe de la LNH avant le 21 janvier ne peut plus être rétrogradé durant le gel des transactions.
Ce gel entre en vigueur le 4 février à 15 h et bloque pratiquement toutes les manoeuvres jusqu’au 23 février. Résultat : si Montréal veut envoyer Dobes à Laval, cela doit se faire avant le 4 février. Problème majeur : le CH joue à Winnipeg… le 4 février au soir.
Il faudrait donc que Samuel Montembeault obtienne le départ contre les Jets et, en même temps, que le CH rappelle administrativement un autre gardien, Kaapo Kahkonen ou Jacob Fowler, pour occuper la chaise de deuxième gardien sur le banc.
Tout cela, en pleine journée de match, avec le maître de la gestion salariale du DG adjoint John Sedgwick qui fait de la haute voltige avec la convention collective sous les yeux.
Et ce n’est pas tout. Durant la pause olympique, même s’il n’y a aucun match, la LNH oblige toutes les équipes à maintenir 20 joueurs minimum, dont deux gardiens, sur leur formation active.
Ce qui veut dire que Dobes ne peut tout simplement pas « descendre » à Laval à moins qu’un autre gardien « monte » à Montréal.
Administrativement, Montréal devra jongler avec un ménage à trois inversé, alternant Fowler et Kahkonen pour garder une formation conforme. C’est le genre de gymnastique qui ferait rire si elle n’était pas aussi lourde à exécuter.
Bref : oui, c’est possible d’envoyer Dobes à Laval. Mais c’est un tour de magie juridique, un exercice de manipulation signé Sedgwick, et chaque geste doit être calculé au millimètre près.
Et pendant que la direction calcule… Dobes, lui, panique. Parce qu’il voit ce qui s’en vient. Parce qu’il sait que tout le monde, absolument tout le monde, pense qu’il a besoin de répétitions à Laval.
Parce qu’il entend les murmures qui montent : il n’est plus aussi stable, sa technique s’effrite, son style spectaculaire devient dangereux, et ses dernières performances montrent un gardien qui survit plus qu’il ne contrôle.
Mais il refuse. Il refuse l’idée même d’aller dans la Ligue américaine. Il refuse d’admettre qu’il traverse la pire période mentale de sa jeune carrière.
Il refuse parce qu’il sait que la pause olympique, ce pouvait être sa chance de respirer… mais ce sera peut-être trois semaines à Laval sous une pression encore plus lourde.
Ce soir, c’est donc un match à double enjeu : pour le classement, oui, mais surtout pour sa survie personnelle dans la LNH. Une victoire contre Vegas, et le CH pourra retarder le casse-tête. Une défaite… et Sedgwick commencera à imprimer les formulaires.
C’est cruel, mais c’est la réalité du métier. Dobes joue littéralement pour éviter la rétrogradation qu’il redoute plus que tout. Et pour la première fois, il n’affronte pas seulement Vegas.
Il affronte aussi l’administration, les règlements, la direction… et sa propre peur de descendre.
