Ego démesuré: Kent Hughes et Jeff Gorton visent Martin St-Louis

Ego démesuré: Kent Hughes et Jeff Gorton visent Martin St-Louis

David Garel
Le 2026-06-02

Pendant une bonne partie de l’année, les critiques visaient les gardiens (surtout Samuel Montembeault). Ensuite, elles ont visé le manque de robustesse. Puis le besoin d’un deuxième centre.

Aujourd’hui, la conversation change complètement.

La cible, c’est le système défensif.

Et quand Jeff Gorton affirme publiquement que le Canadien doit devenir meilleur défensivement, plusieurs y voient beaucoup plus qu’un simple commentaire de fin de saison.

Car que les chiffres racontent une histoire qui dérange.

Oui, les Canadiens de Montréal ont atteint la finale de l’Association de l’Est, a récolté 106 points et continue de progresser.

Mais derrière ces résultats encourageants, les indicateurs défensifs demeurent inquiétants.

À cinq contre cinq, le Canadien a terminé au 23e rang de la LNH pour les buts anticipés accordés et au 22e rang pour les chances de marquer concédées.

Autrement dit, les adversaires obtenaient beaucoup trop d’occasions de qualité.

Beaucoup trop souvent.

Et lorsque le niveau de compétition a augmenté contre les Hurricanes de la Caroline, toutes ces faiblesses ont explosé au grand jour.

La Caroline semblait toujours avoir une solution.

Toujours un bâton dans la ligne de passe.

Toujours un joueur disponible pour fermer l’espace.

Toujours une structure parfaitement synchronisée.

Pendant ce temps, le Canadien donnait parfois l’impression de courir après le jeu.

C’est là que le débat sur le système “man-to-man” revient avec force.

Depuis plusieurs années, plusieurs observateurs critiquent l’approche défensive utilisée par Martin St-Louis et son personnel.

Un système où les joueurs poursuivent davantage leur homme que leur territoire.

Un système qui peut être très agressif lorsqu’il est parfaitement exécuté, mais qui peut aussi créer d’immenses ouvertures lorsqu’une couverture est ratée.

Et quand un joueur perd sa bataille pendant une seconde…

Tout s’effondre.

Les partisans le voient constamment.

Un défenseur se retrouve derrière le filet.

Un attaquant suit son homme jusqu’au coin de la patinoire.

Puis soudainement, l’enclave est complètement abandonnée.

La question devient alors inévitable.

Le problème est-il le système?

Ou son exécution?

Jeff Gorton n’a évidemment pas répondu directement.

Mais lorsqu’il affirme que l’organisation a déjà discuté de ces lacunes avec Martin St-Louis et qu’ils reconnaissent tous la nécessité de s’améliorer défensivement, il envoie tout de même un message très clair.

Le statu quo n’est pas acceptable.

Et cela amène une autre question extrêmement délicate.

Martin St-Louis est-il suffisamment ouvert pour ajouter davantage d’expérience derrière son banc?

Lorsqu’on regarde le personnel d’entraîneurs, plusieurs partisans soulignent la même réalité.

Stéphane Robidas est arrivé directement du Midget AAA à la LNH. (on ne compte pas son bref passage comme coach adjoint avec le Phoenix de Sherbrooke).

Martin St-Louis apprend lui-même le métier d’entraîneur, alors que Trevor Letowski ne fait frémir personne en terme de tactiques.

Depuis son arrivée derrière le banc, Martin St-Louis a toujours privilégié un cercle de confiance très restreint, mais surtout avec aucune expérience tellement il a trop d'ego pour avoir un vrai coach à ses côtés.

Martin St-Louis n'est pas prêt à écouter une voix capables de remettre certaines de ses idées en question. Les grandes équipes évoluent constamment. Les grands entraîneurs aussi. Mais pas Martin "Napoléon" St-Louis, qui a le complexe dans le tapis.

Pendant ce temps, plusieurs puissances de la LNH s’entourent d’anciens entraîneurs-chefs, de spécialistes défensifs et de vétérans ayant passé des décennies derrière un banc.

Est-ce qu’un entraîneur défensif d’expérience pourrait aider?

Est-ce qu’un spécialiste capable de challenger certaines idées pourrait apporter quelque chose?

Est-ce qu’un regard extérieur pourrait accélérer l’évolution de cette équipe?

Ce sont des questions parfaitement légitimes.

Personne ne demande aux Canadiens de Montréal de devenir les Devils du New Jersey de l’époque ou une équipe qui refuse d’attaquer.

Kent Hughes lui-même a rappelé que Tampa Bay a conservé son identité offensive tout en apprenant à mieux défendre.

C’est probablement là que se trouve la vraie réponse.

Le Canadien n’a pas besoin de changer complètement son ADN.

Le Canadien a besoin d’apprendre à gagner les batailles défensives qui séparent une bonne équipe d’une équipe championne.

Et lorsque Jeff Gorton parle aussi ouvertement du besoin de progresser dans ce secteur précis, il devient difficile de croire que la réflexion ne touche que les joueurs.

À un certain moment, les systèmes, les méthodes d’enseignement et la composition du personnel d’entraîneurs font aussi partie de l’équation.

L’été qui s’en vient ne servira peut-être pas seulement à trouver un deuxième centre ou un défenseur droitier.

Il pourrait aussi servir à déterminer si Martin St-Louis possède tous les outils nécessaires autour de lui pour franchir la prochaine étape.

Et après ce que la Caroline a infligé aux Canadiens de Montréal, cette question n’a jamais été aussi pertinente.