Honte à Gilbert Delorme: des propos inacceptables

Honte à Gilbert Delorme: des propos inacceptables

Par David Garel le 2026-01-14

Honte à Gilbert Delorme.

Sa coche incompréhensible est quand les médias dépassés du Québec préfèrent protéger le coach plutôt que défendre le journalisme

Il y a des moments où l’on comprend immédiatement pourquoi le débat sportif québécois tourne souvent en rond depuis vingt ans.

Pourquoi l’écosystème médiatique, figé dans ses réflexes des années 90, peine à affronter la modernité de l’analyse, de la transparence et du journalisme d’enquête.

La sortie complètement disproportionnée et incompréhensible de Gilbert Delorme, hier sur les ondes de BPM Sports, appartient précisément à cette catégorie.

Alors qu’un journaliste anglophone, Herb Zurkowsky, de The Gazette, a simplement fait son travail, posé une question essentielle, pertinente, légitime à Jakub Dobeš, on a assisté à une scène ahurissante : un ancien joueur devenu commentateur, dépassé par les standards actuels du métier, l’a littéralement insulté en direct.

Voici la citation exacte, sans filtre :

« Ça, c’est le cas d’un journaliste d’expérience puis là il l’a sucké in puis là il a caliqué le kid dans la mer... C’est exactement ce qu’il a fait : Crisser le kid dans la mer...

Au détriment de mettre le kid dans la mer..., mais c’est pas grave, vous faites votre job, vous avez des clics, vous avez un gros papier et tout ça! Un journaliste d’expérience, pourquoi tu fais ça? Un moment donné, t’as une relation avec le joueur, faut que tu protèges un peu le joueur aussi. »

Un moment de radio qui aurait pu être simplement grotesque…

S’il ne révélait pas à quel point une partie de l’ancien écosystème médiatique du Québec ne comprend plus la base, l’essence, le rôle même du journalisme.

Pour bien comprendre l’absurdité de la sortie de Gilbert Delorme, il faut revenir à la scène exacte qui a mis le feu aux poudres.

Le journaliste anglophone Herb Zurkowsky, de The Gazette, a posé à Jakub Dobeš une question simple, essentielle et parfaitement légitime, compte tenu du ménage à trois et du fait que tout Montréal savait qu’un des gardiens serait rétrogradé sous peu.

La question était : « Comment vivrais-tu le fait d’être renvoyé à Laval? »

Rien d’hostile. Rien de personnel. Juste du journalisme.

Et c’est précisément cette question qui a déclenché une réponse sidérante de Dobeš, un moment télévisuel qui aurait dû provoquer une réflexion sérieuse au sein de l’organisation.

Le jeune gardien, visiblement épuisé et totalement déstabilisé par sa situation, a lâché une série de déclarations qui ont fait l’effet d’un tremblement de terre :

« Je ne sais pas. J’ai gagné il y a deux semaines, et je n’ai pas joué. J’ai gagné encore. Merci. Je ne sais vraiment pas. Je ne parle jamais à la direction.

J’ai parlé à Marty for the first time ever.

Je ne comprends rien à ce qui se passe.

Je n’ai que mes coéquipiers et mes fans dans la vie.

J’ai tout laissé sur la glace ce soir, au cas où ce serait mon dernier match. »

Une bombe émotionnelle. Une franchise brutale. Une preuve que le ménage à trois détruit un jeune espoir.

Et pourtant, au lieu de s’interroger sur l’état psychologique du gardien ou sur la gestion catastrophique du dossier par le Canadien, Delorme a choisi d’attaquer… le journaliste, l’accusant faussement de « mettre le kid dans la m*rde », alors que Zurkowsky n’avait fait que poser une question évidente que tous les journalistes responsables auraient posée.

Parce que non, un journaliste n’a pas à “protéger un joueur”.

Un journaliste n’a pas à protéger le club.

Un journaliste n’a pas à protéger l’entraîneur.

Un journaliste n’a pas à se coucher devant Martin St-Louis comme le font trop souvent certains médias francophones.

Un journaliste pose des questions.

Des vraies questions.

Des questions que les fans se posent, que l’organisation devrait affronter, que les autres marchés poseraient sans trembler.

Ce que Zurkowsky a demandé était exactement cela :

« Comment vivrais-tu un renvoi à Laval? »

Dans un contexte où Dobeš n’avait pas joué depuis le 21 décembre, où il savait qu’il risquait la rétrogradation, où tout Montréal en parlait, cette question n’était pas un piège : c’était du journalisme.

Or, dans un renversement absurde, Delorme, qui, rappelons-le, ne couvre pas le CH, ne suit pas le vestiaire, ne collecte pas d’informations et ne pratique pas le métier, s’est permis de l’attaquer violemment, au nom d’une vision du sport où tout doit se décider en coulisses, dans le silence, sans jamais déranger l’organisation.

Le Québec médiatique des années 90, dans toute sa splendeur.

L’ironie la plus forte?

C’est précisément ce manque de journalisme critique qui étouffe le marché montréalais depuis 10 ans.

Pendant que la presse anglophone pose des questions franches, directes, pertinentes, les radios sportives francophones se comportent trop souvent comme des clubs sociaux dépendants de l’accès au vestiaire.

On a vu quoi hier?

Un journaliste fait son travail.

Un joueur répond en toute transparence.

Le coach, irrité, fatigué, pète une coche.

Et au lieu de défendre la profession, Delorme attaque… le journaliste?

C’est littéralement l’opposé de ce que représente un média crédible.

Le plus scandaleux : Delorme ment sur le rôle d’un journaliste.

Ce passage restera dans les annales pour les mauvaises raisons :

« Un moment donné, t’as une relation avec le joueur, faut que tu protèges un peu le joueur aussi. »

C’est FAUX.

Grave.

Dangereux comme conception.

Un journaliste n’est PAS un ami, n’est pas un porte-parole, n’est PAS un “grand frère”.

Un journaliste : doit poser les vraies questions, doit obtenir la vérité, pas la version édulcorée, doit informer le public, pas protéger des millionnaires, doit rapporter les faits, même si l’athlète est mal à l’aise.

Cette mentalité de vieille garde — celle qui pense qu’on doit servir la soupe tiède, éviter de déplaire, ne jamais confronter un entraîneur — est précisément ce qui affaiblit le débat sportif québécois depuis trop longtemps.

Gilbert Delorme n’a pas défendu un joueur.

Il a défendu une culture dépassée.

Une culture où :

Les questions difficiles sont “malaisantes”.

Les joueurs et coachs ne doivent jamais être challengés.

Les journalistes doivent protéger l’organisation.

Les médias doivent rester “amis” avec le club.

Le CH fait la pluie et le beau temps dans les studios.

Pendant ce temps :

La presse anglophone pose les vraies questions.

La presse anglophone ne se couche jamais devant le coach.

La presse anglophone documente, questionne, critique.

La presse anglophone fait le travail.

Et c’est D’AILLEURS que viennent les scoops, les analyses, les révélations.

Pas des has beens qui pensent encore que poser une vraie question, c’est “calssr un kid dans la m*rde”.

Zurkowsky a fait du journalisme.

Delorme a fait un monologue nostalgique.

Ce que le Québec sportif a entendu hier n’était pas une analyse.

C’était un aveu brutal : une partie du paysage médiatique n’a plus les standards, plus les réflexes, plus la colonne vertébrale pour couvrir un marché aussi intense que Montréal.

Le public mérite mieux.

Le vestiaire mérite mieux.

Et le métier mérite infiniment mieux que ce que Delorme a livré.